Politique : Le Kosovo se dote d'un nouveau gouvernement
Actualisé

Politique Le Kosovo se dote d'un nouveau gouvernement

L’exécutif d'Avdullah Hoti a été validé par le parlement kosovar mercredi, au terme de plusieurs mois de crise dans le pays.

«Je me sens responsable devant les députés, les citoyens et la Constitution», a déclaré le nouveau Premier ministre

«Je me sens responsable devant les députés, les citoyens et la Constitution», a déclaré le nouveau Premier ministre

AFP

Le Kosovo s'est doté mercredi d'un nouveau gouvernement dirigé par la LDK de centre-droit, après des mois de soubresauts politiques dans l'ancienne province serbe, aggravant les tensions avec les partisans du Premier ministre sortant de gauche Albin Kurti.

Le gouvernement d'Avdullah Hoti, un professeur d'économie de 44 ans, a été validé par 61 députés sur 120. La LDK était l'ancien partenaire gouvernemental d'Albin Kurti mais avait provoqué sa chute en mars en pleine pandémie de nouveau coronavirus.

«Je me sens responsable devant les députés, les citoyens et la Constitution», a déclaré le nouveau Premier ministre, promettant de «normaliser» les relations avec la Serbie. Celle-ci ne reconnaît toujours pas l'indépendance du Kosovo proclamée en 2008.

Les députés de Vetevendosje (VV), le parti nationaliste de gauche d'Albin Kurti qui réclamait de nouvelles élections, ont boycotté la séance.

Les partisans de VV, dont le nom signifie autodétermination, ont organisé ces derniers jours des manifestations de «répétition» contre le nouveau cabinet, avertissant que des mouvements de plus grande ampleur devenaient «inévitables».

VV était arrivé en tête des législatives d'octobre, juste devant la LDK. Ce scrutin avait consacré la défaite historique des anciens combattants qui dominaient la vie politique depuis l'indépendance du Kosovo.

«Voix volées»

Des manifestants se sont rassemblés devant le Parlement pour dénoncer «une manipulation». «Nos voix ont été volées», a accusé Flutura Zymi, une actrice de 44 ans. «Pourquoi avons-nous voté? Pourquoi notre vote n'est-il pas respecté?".

Mais VV n'avait obtenu qu'un siège d'avance sur la LDK et l'alliance de ces deux partis n'ayant pas grand chose en commun avait fait long feu.

La LDK avait pris elle-même l'initiative d'une motion de censure, motivée en partie par les pressions exercées par les Etats-Unis, principal allié du Kosovo, mécontents de la politique d'Albin Kurti envers la Serbie.

Le Premier ministre sortant accuse Washington et le président kosovar Hashim Thaci, son ennemi juré, d'avoir orchestré sa chute de façon à pouvoir passer un accord avec la Serbie sur un échange de territoires, ce que les Etats-Unis comme le chef de l'Etat kosovar démentent.

Le parti du président Thaci a perdu aux élections d'octobre mais le mandat de l'ancien guérillero, figure centrale de la politique kosovare depuis la guerre d'indépendance de 1998-99, ne s'achève qu'en 2021.

Il est apparu comme l'interlocuteur privilégié par l'administration du président américain Donald Trump dans ses efforts pour relancer le dialogue avec Belgrade.

«Normalisation avec la Serbie»

Le chef du nouveau gouvernement --alliance hétéroclite entre la LDK, deux partis qui étaient dans l'opposition et des représentants des minorités-- a promis d'avancer sur cette voie.

«Le dialogue avec la Serbie de façon à parvenir à un accord global sur la normalisation des relations est d'un intérêt vital pour le Kosovo», a déclaré M. Hoti. Cet accord sera fondé sur une «reconnaissance mutuelle» qui permettrait au Kosovo de devenir membre de l'ONU, a-t-il ajouté.

L'Union européenne a immédiatement salué la formation du gouvernement, réclamant une «reprise rapide» des discussions avec Belgrade.

Cependant, de l'avis d'Arben Hajrullahu, professeur de sciences politiques à l'université de Pristina, le Kosovo n'en a pas fini avec les tensions intérieures.

«Tous les indicateurs montrent que l'instabilité et la crise politique, ainsi que la crise économique, vont s'approfondir. Les élites politiques manipulatrices qui dirigent le Kosovo depuis des décennies ne vont pas changer d'un coup et s'attaquer aux vrais problèmes, comme la bonne gouvernance ou le vrai combat contre la corruption».

D'après une enquête réalisée en avril par le Programme des Nations unies pour le développement, Albin Kurti bénéficiait d'une cote de popularité confortable, 65% des sondés se déclarant satisfait de son action.

ih-ev/avz

(AFPE/NXP)

Votre opinion