29.10.2020 à 14:47

AntisémitismeLe Labour suspend son ancien chef Jeremy Corbyn

Le Parti travailliste britannique reproche à son ancien leader ses réserves au sujet d’un rapport accablant sur la réponse du parti face à l’antisémitisme sous sa direction.

Jeremy Corbyn est accusé d’avoir laisser prospérer l’antisémitisme dans ses rangs, une affaire qui empoisonne le parti de longue date et a entraîné de nombreuses démissions.

Jeremy Corbyn est accusé d’avoir laisser prospérer l’antisémitisme dans ses rangs, une affaire qui empoisonne le parti de longue date et a entraîné de nombreuses démissions.

KEYSTONE

Harcèlement, discrimination et manque de volonté de lutter contre l’antisémitisme: étrillé dans un rapport accablant sur son échec à lutter contre ce fléau, le Parti travailliste britannique a reconnu jeudi un «jour de honte» et suspendu son ancien chef Jeremy Corbyn.

Secoué depuis des années par des incidents à répétition et une foule de démissions, le Labour a fait l’objet d’une enquête menée par le Comité pour l’égalité et les droits humains (EHRC), un organisme indépendant du parti.

Les faits visés remontent aux années où le Labour était dirigé par le très à gauche Jeremy Corbyn, balayé par les conservateurs du Premier ministre Boris Johnson lors des élections de décembre 2019.

«Ce rapport est dur à lire et c’est un jour de honte pour le parti travailliste», a déclaré son successeur depuis avril, Keir Starmer, présentant de nouveau ses excuses pour l’attitude du parti. «Plus jamais le Labour ne vous laissera tomber, plus jamais nous n’échouerons à nous attaquer à l’antisémitisme et plus jamais nous ne perdrons votre confiance», a-t-il promis, promettant de mettre en oeuvre l’intégralité des recommandations.

Dans sa présentation du rapport, la présidente par intérim du Comité pour l’égalité et les droits humains (EHRC) a étrillé des défaillances «inexcusables» résultant d’un «manque de volonté de s’attaquer à l’antisémitisme plutôt qu’une inaptitude à le faire». Dans son texte de 130 pages, le Comité conclut que le parti travailliste a «commis des actes illicites». Le Labour a maintenant l’obligation légale de mettre sur pied, en accord avec la commission, un plan d’action pour y remédier d’ici au 10 décembre, faute de quoi il risque des poursuites.

Jeremy Corbyn, 71 ans, a écrit sur Facebook qu’il n’acceptait pas «toutes» les conclusions du rapport et qu’il écartait tout échec personnel dans la lutte contre ce fléau.

«A la lumière de ses commentaires», le parti a «suspendu Jeremy Corbyn» et a ouvert une enquête, a annoncé un porte-parole du Labour. Sans aller jusqu’à l’exclusion, le Parti prend cependant le risque de raviver ses divisions en sanctionnant son ancien chef (de 2015 à 2020), toujours député, qui avait transformé le Labour en premier parti d’Europe en nombre de membres avec une forte popularité dans la base militante.

Plaintes sans suite

«Nous avons découvert des exemples de harcèlement, de discriminations et d’interférences politiques» durant l’enquête, souligne le comité dans son rapport, étrillant les carences de la direction du parti. L’enquête a mis en évidence qu’un «nombre significatif de plaintes relatives à l’antisémitisme n’ont pas du tout fait l’objet d’une enquête», particulièrement sur les réseaux sociaux.

Le parti «doit à présent produire un plan d’action pour mettre en oeuvre nos recommandations», souligne le Comité, rappelant les engagements de l’équipe de Keir Starmer à cet égard. «Les recommandations sont claires, justes et réalisables» et visent à ce que le parti tienne son engagement d’une «tolérance zéro» face à l’antisémitisme.

Dans un communiqué commun, plusieurs organisations juives ont estimé que le rapport représente un «verdict accablant sur ce que le Labour a fait aux Juifs sous Jeremy Corbyn et ses alliés».

Le parti conservateur, secoué récemment par des affaires de messages islamophobes sur les réseaux sociaux, a quant à lui accusé Keir Starmer d’être resté aux côtés de Jeremy Corbyn «quand les rênes» du Labour ont été laissées aux «racistes anti-juifs». «Si Starmer est sérieux», il doit «exclure Jeremy Corbyn», a déclaré Amanda Milling, co-présidente des Tories.

Déjà une éviction

Depuis son arrivée à la tête du parti, Keir Starmer, plus centriste et europhile que son prédécesseur, s’est attaché à solder l’héritage de son prédécesseur Jeremy Corbyn. Fin juin, Starmer avait évincé Rebecca Long-Bailey – désignée comme l’héritière de Corbyn – de la direction du parti, pour avoir partagé sur les réseaux sociaux un article contenant «une théorie du complot antisémite».

Puis en juillet, la nouvelle direction a accepté de verser d’importants dommages et intérêts à d’anciens salariés qui avaient critiqué la réponse du parti face à l’antisémitisme. Décision alors qualifiée de «politique» et «décevante» par Jeremy Corbyn.

(ATS/NXP)

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5 commentaires
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Muhammad Khan

30.10.2020 à 19:05

L'antisémitisme était déjà à la mode chez les socialistes allemands il y a une centaine d'années. Peut-être que le socialisme est un terreau favorable à certaines idées nauséabondes. Le socialiste Bachar Al Assad ne nous contredira certainement pas.

Christiane Debrabant

30.10.2020 à 12:45

Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage. Le politiquement correct fait beaucoup de victimes. Par contre le traitement infligé aux Palestiniens est totalement absent de la MSM.

Domi

29.10.2020 à 17:55

Mélenchon est le Corbyn français. Cette incapacité de l’extrême-gauche à juguler son anti-sémitisme du fait de sa défense des palestiniens est patente.