06.08.2020 à 02:26

Explosions à BeyrouthEmmanuel Macron: «Le Liban n’est pas seul»

Le président français est le premier chef d’Etat à rendre visite aux Libanais meurtris, deux jours après les terribles explosions qui ont dévasté la capitale.

Arrivé ce jeudi matin à Beyrouth, deux jours après les violentes explosions qui ont réduit la capitale libanaise à une ville en état d’urgence et en proie au chaos, le chef de l’Etat français a déclaré vouloir «organiser l’aide internationale». «Nous aiderons à organiser dans les prochains jours des soutiens supplémentaires au niveau français, au niveau européen», a précisé Emmanuel Macron. «Je souhaite organiser la coopération européenne et plus largement la coopération internationale», a-t-il ajouté. Son compte Twitter a diffusé «Le Liban n’est pas seul» en français et en arabe, pour l’occasion.

Premier chef d’État à se rendre au Liban depuis la catastrophe de mardi, il y est confronté à une situation «apocalyptique», des centaines de milliers de personnes brutalement privées de toit et de ressources et un bilan encore provisoire d’au moins 137 morts et 5000 blessés. Emmanuel Macron visitera le lieu de la catastrophe, s’entretiendra avec les principaux responsables libanais et donnera une conférence de presse vers 18h30 locales avant de rentrer en France.

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Le Premier ministre Moustapha Adib a annoncé ne pouvoir former un nouveau gouvernement. Le précédent avait démissionné après l'explosion meurtrière qui avait secoué Beyrouth, le 4 août. (Samedi 26 septembre 2020)

Le Premier ministre Moustapha Adib a annoncé ne pouvoir former un nouveau gouvernement. Le précédent avait démissionné après l'explosion meurtrière qui avait secoué Beyrouth, le 4 août. (Samedi 26 septembre 2020)

Keystone
L’armée libanaise a annoncé samedi avoir recensé 85'744 «unités» endommagées, dont des maisons, des hôpitaux et des écoles, après l'explosion au port. (Samedi 19 septembre 2020)

L’armée libanaise a annoncé samedi avoir recensé 85'744 «unités» endommagées, dont des maisons, des hôpitaux et des écoles, après l'explosion au port. (Samedi 19 septembre 2020)

AFP
Des secouristes fouillent les débris d'un immeuble effondré après avoir reçu des signaux qu'un survivant pourrait se trouver sous les décombres. (Samedi 5 septembre 2020)

Des secouristes fouillent les débris d'un immeuble effondré après avoir reçu des signaux qu'un survivant pourrait se trouver sous les décombres. (Samedi 5 septembre 2020)

KEYSTONE

Plusieurs pays, dont la France, ont déjà dépêché des équipes de secouristes et du matériel pour faire face à l’urgence après la double explosion présentée comme accidentelle par les autorités qui a ravagé le port et une grande partie de la capitale.

«La situation est apocalyptique, Beyrouth n’a jamais connu ça de son histoire», a lancé le gouverneur de la ville, Marwan Abboud, qui avait éclaté en sanglots mardi devant les caméras face au port dévasté. Jusqu’à 300’000 personnes sont sans domicile selon lui. L'état d'urgence a été décrété pendant deux semaines.

Manque de farine

Les énormes déflagrations, les pires vécues par le Liban, ont été déclenchées par un incendie qui s’est déclaré dans un entrepôt abritant depuis six ans quelque 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, «sans mesures de précaution», selon les autorités. Elles ont pratiquement détruit le port et dévasté des quartiers entiers de Beyrouth, soufflant les vitres des kilomètres à la ronde.

Attendu à Beyrouth à midi, Emmanuel Macron visitera le lieu de la catastrophe, s’entretiendra avec les principaux responsables libanais et donnera une conférence de presse vers 18h30 locales avant de rentrer en France. (Photo JOSEPH EID / AFP)

Attendu à Beyrouth à midi, Emmanuel Macron visitera le lieu de la catastrophe, s’entretiendra avec les principaux responsables libanais et donnera une conférence de presse vers 18h30 locales avant de rentrer en France. (Photo JOSEPH EID / AFP)

AFP

Des dizaines de personnes restaient portées disparues mercredi selon le gouvernement, tandis que les secouristes poursuivaient leurs recherches dans l’espoir de retrouver des survivants.

Cette tragédie frappe un pays plongé depuis des mois dans une très grave crise économique, marquée par une dépréciation inédite de sa monnaie, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires drastiques.

Ses effets ont été encore aggravés par la pandémie de coronavirus, qui a contraint ces derniers mois les autorités à confiner pendant plus de trois mois sa population.

L’Agence de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation, la FAO, dit à présent craindre à brève échéance un problème de disponibilité de farine pour le Liban, des silos de céréales installés près du port ayant été éventrés.

Catastrophe de trop

Sous le choc, les Libanais ont crié leur colère face à cette catastrophe de trop.

«Partez tous! (…) Vous êtes corrompus, négligents, destructeurs, immoraux. Vous êtes des lâches. C’est votre lâcheté et votre négligence qui ont tué les gens», a lancé un journaliste libanais connu, Marcel Ghanem, dont l’émission télévisée jouit d’une grande audience. Le hashtag «Pendez-les» circulait sur Twitter.

«Même avec le coronavirus, et tout ce qui est arrivé dans le pays, j’ai toujours gardé espoir. Mais maintenant c’est fini, je n’ai plus aucun espoir», dit Tala Masri, une bénévole, en dégageant le trottoir des bris de verre d’un quartier proche du port.

L’importante diaspora libanaise a elle aussi réclamé des comptes. «Cette tragédie est une preuve de plus de l’incompétence de la classe politique qui a gouverné le Liban depuis plusieurs décennies», s’est indigné Antoine Fleyfel, philosophe et théologien franco-libanais, vivant en France.

Selon des sources de sécurité, les autorités du port, les services des douanes et des services de sécurité étaient tous au courant que des matières chimiques dangereuses étaient entreposées au port mais se sont rejeté mutuellement la responsabilité du dossier.

Le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) a de son côté annoncé mercredi reporter la lecture du jugement, prévue pour vendredi, dans le procès de quatre hommes accusés d’avoir participé en 2005 à l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, «par respect pour les innombrables victimes» des explosions.

4 jours pour établir les responsabilités

Les autorités libanaises ont donné quatre jours à un «comité d'investigation» pour établir les responsabilités dans les explosions qui ont provoqué mardi des scènes de dévastation à Beyrouth, a annoncé ce jeudi le chef de la diplomatie Charbel Wehbé.

«C'est grave et on prend ça au sérieux», a expliqué le ministre libanais des Affaires étrangères. «Les coupables de ce crime affreux de négligence seront punis par un comité de juges», a-t-il ajouté.

Mercredi, le gouvernement avait réclamé l'assignation à résidence des personnes responsables du stockage dans le port de la capitale libanaise d'une grande quantité de nitrate d'ammonium, une substance entrant dans la composition de certains engrais mais aussi d'explosifs.

(AFP/NXP)

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