Multisports: Le logo est un symbole sacré
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MultisportsLe logo est un symbole sacré

Modifier un logo peut provoquer des réactions extrêmement virulentes de la part des supporters. Il est question d’identité.

par
Cyrill Pasche

Toucher à un logo? Mauvaise idée. Les réactions des supporters peuvent être terribles: en football, le Lausanne-Sport a pu s’en rendre compte après avoir dévoilé avant-hier une identité visuelle légèrement modifiée faisant référence à son nouveau propriétaire depuis deux mois, la multinationale Ineos. En hockey sur glace, les dirigeants du HC Bienne ont été malmenés durant près de deux années par une frange de supporters particulièrement virulents après avoir changé les couleurs de l’emblème (lire l’encadré).

Patrimoine commun

«Le logo, c’est ce qui représente le club. Il évoque une histoire et un patrimoine communs, explique Fabien Ohl, professeur en sociologie du sport à l’Université de Lausanne. Lorsque l’on y touche et que le changement survient sans concertation, les supporters vont se sentir blessés. On s’en prend en quelque sorte à leur propre identité.»

Dans le cas du Lausanne-Sport, le nouveau propriétaire du club s’est subtilement invité sur l’emblème du club. La graphie - la lettre «O» que l’on retrouve dans «Lausanne-Sport» - est exactement la même que celle utilisée sur le logo de la société Ineos. «Pour les supporters, c’est comme si l’entreprise s’appropriait le club, alors que celui-ci représente à leurs yeux le bien commun, poursuit Fabien Ohl. Une équipe représente une ville. Une région. Elle est ancrée dans un territoire. Les fans vont percevoir le changement de la manière suivante: ce n’est pas parce qu’une entreprise a racheté un club et investit de l’argent qu’elle doit pour autant s’emparer du patrimoine. Les réactions sont parfois excessives, mais une bonne communication en amont permettrait de les atténuer…»

Beat Cattaruzza, designer et entrepreneur à Bienne, est d’avis que «les clubs sous-estiment trop souvent la réaction de leurs supporters lorsque l’on touche au logo ou aux couleurs de leur équipe». L’ancienne gloire du HCB dans les années 80 et 90 va plus loin: «Modifier l’identité visuelle d’un club est une manoeuvre extrêmement difficile car on touche à son histoire. Tout devient alors extrêmement émotionnel. Un logo, c’est comme des armoiries de famille…» Amertume, colère, rejet. Les dirigeants du HC Bienne en ont fait l’expérience en 2015 après avoir choisi de simplifier leur identité visuelle en abandonnant les couleurs rouge et jaune sur leur logo. «Nous n’aurions jamais imaginé que la réaction des fans serait aussi violente, se souvient Stéphanie Mérillat, vice-présidente du HCB. C’était comme si nous venions de leur arracher leur identité.» Que ce soit à Lausanne, à Bienne ou ailleurs dans le monde, le logo d’un club est sacré (lire en page suivante). Difficile d’y toucher sans s’y brûler les doigts...

Le précédent: les couleurs de la discorde

En emménageant dans sa nouvelle patinoire, la Tissot Arena, au début de la saison 2015-2016, le HC Bienne a uniformisé son identité visuelle. Les couleurs du logo original, soit rouge/jaune/bleu, sont passées à rouge/bleu/blanc tandis que l’ancien logo, qui remontait à la fin des années 80, a été légèrement modifié. Une transformation qui a suffi à mettre le feu aux poudres dans le Seeland et à engager un pénible et long bras de fer entre une frange de supporters virulents et la direction du club. Après de multiples boycotts (grève des encouragements au match notamment), mais aussi des dépravations à la peinture - rouge et jaune - sur le bâtiment du secrétariat, les dirigeants ont fait marche arrière et accepté, au début de la saison en cours, de revenir aux couleurs d’origine, soit le rouge et jaune, sur le maillot et le logo.

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