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MystèreLe Loyon a décidé de «se suicider»

L’étrange personnage qui errait dans une forêt gruérienne avec un masque à gaz a abandonné son accoutrement et laissé un «testament».

par
Renaud Michiels
DR

Le Loyon a décidé de «se suicider». Ce mystérieux personnage qui était régulièrement croisé dans la forêt de Maules (FR) avec un masque à gaz sur le visage et une pèlerine militaire sur le dos a abandonné ses «oripeaux» dans la forêt. Accompagné de ce qu’il appelle l’«acte de décès et testament du Fantôme de Maules».

Cette lettre est publiée dans le bulletin communal de Sâles, diffusé la semaine dernière. Le Loyon y accuse «Le Matin» d’avoir assassiné un «être bien inoffensif» en révélant son existence. «Le risque d’une chasse à la Bête» était devenu trop grand, écrit-il. Cet «avis de décès» est accompagné de commentaires du syndic de Sâles, Jean-Marc Piguet. Depuis la médiatisation de l’étrange personnage, écrit-il, le «sentiment d’insécurité a grandi». Ce serait «Le Matin» et non le Loyon lui-même qui engendrerait un sentiment d’insécurité? «Depuis le début j’ai regretté qu’on parle de ce Loyon qui n’avait jamais fait de mal à personne», répond le syndic. «J’estime que la médiatisation n’a eu que deux effets: priver une personne de son exutoire inoffensif et désécuriser quelques-uns.»

Un avis que d’autres ne partagent pas. «C’est plutôt une bonne nouvelle!» nous glisse une habitante. «C’était tout sauf agréable de le croiser, surtout avec des enfants.» L’accoutrement et la lettre du Loyon ont été retrouvés en septembre, nous confirme la police cantonale fribourgeoise. Une copie de sa missive a alors été adressée au syndic. «J’ai décidé de la publier pour renseigner la population. Mais le bulletin communal ne paraît que deux fois par an, il a donc fallu attendre décembre», note-t-il.

Référence au masochisme

Mais pourquoi feu le mystérieux Loyon se promenait-il avec un masque à gaz? Nous ne le saurons peut-être jamais, mais il laisse une piste d’explication dans son «testament». Parlant d’une «véritable thérapie du bonheur», il glisse: «vous ne semblez pas connaître Sacher-Masoch; vous découvririez qu’il faut de tout pour faire un monde». Ecrivain autrichien du XIXe siècle, Leopold von Sacher-Masoch est à l’origine du terme «masochisme». 

COMMENTAIRE

Les points sur quelques i

Cher Loyon,

Comme vous vous êtes donné la peine d’écrire au «Matin» en général et à l’auteur de ces lignes en particulier nous nous permettons de vous répondre.

Vous nous traitez de «crétin». Sur ce point nous ne nous formalisons pas: on ne peut pas l’exclure et nous sommes tous le crétin de quelqu’un. Puis d’«assassin», ce que nous réfutons.

Si vous avez décidé de disparaître, dites-vous, c’est que nous aurions voulu votre éradication et engendré le risque d’une «chasse à la Bête». Faux. Une partie de la population souhaitait que nous vous fichions la paix. Nous l’avons écrit et réécrit. Une autre nous a alertés et trouvait votre présence inquiétante: voilà pourquoi nous avons rendu publique votre existence, en rappelant constamment que vous ne vous étiez jamais montré hostile.

Mais il n’y a jamais eu de chasse aux sorcières et jamais nous n’avons plaidé pour votre éradication. Bref, cette décision est la vôtre: c’est un suicide, pas un assassinat.

Sur ce, cher Fantôme, nous vous souhaitons une vie heureuse. Et de jolies balades dans la forêt de Maules, qui est magnifique même sans masque à gaz.

Renaud Michiels , journaliste

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