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ForainsLe Luna Park, c'est un voyage dans un temps immobile

A Lausanne, profitez du dernier jour du Luna Park. Entre voltigeurs et autos tamponneuses, on s’immerge dans une expérience plus complexe qu’il y paraît. Petit éloge de cette fête foraine.

par
Michel Audétat
Le charme désuet du Luna Park.

Le charme désuet du Luna Park.

Yvain Genevay/LMD

Un sentiment curieux s’insinue tandis qu’on déambule à travers le Luna Park installé sur la place de Bellerive, à Lausanne. Le sentiment de connaître tout cela par coeur, intimement. Le sentiment de s’être glissé dans un monde dont on possède les clefs, dont on connaît les rituels de longue date. On a beau ne pas avoir mis les pieds dans une fête foraine depuis des lustres, tout est spontanément familier.

Rien n’a changé sur le carrousel où un carosse en forme de citrouille emporte un prince et une princesse de cinq ans. Un peu plus loin, la Pieuvre n’a pas fini d’agiter ses tentacules d’acier. Les voltigeurs continuent de tourner dans les airs. Les autos tamponneuses restent l’épicentre de la drague. Devant le punching ball à sous, on n’est pas surpris de retrouver le faraud qui bande ses muscles pour épater les filles. Mêmes cris d’effroi tombant du Grand huit. Mêmes débauche de couleurs tapageuses. Mêmes stands de tire-pipes, mêmes barbes à papa, même confiseries... Et ce cheval blanc qui tourne, figé dans son galop, on l’a reconnu sans peine: ses grands yeux semblent avoir regardé l’enfant épris de manèges qu’on a été, jadis. Le Luna Park peut donner l’impression d’un temps immobile. Cela fait partie de son charme.

Bien sûr, il y a chaque année des nouveautés et le métier a changé. A deux pas de la Grande roue, dans le village forain où elle habite une caravane «de modèle américain», Chantal Brügger-Tissot ne manque pas de le souligner: «Avant, tout se faisait à la force des bras. Aujourd’hui, on a des manèges qui se déplient quand on presse sur un bouton. Ce qui était mécanique est devenu électronique. Et le public, lui aussi, a changé. Les gens veulent des sensations toujours plus fortes» Déléguée de l’Association des forains vaudois, elle parle en connaissance de cause et en bénéficiant d’une profondeur de vue: ses arrière-arrière-grands-parents pratiquaient déjà ce métier de forain qu’elle dit devenu «plus difficile», mais sans se départir de sa jovialité. Chantal Brügger-Tissot ne renoncerait pour rien au monde aux bonheurs de la vie vagabonde: «Chez nous, il n’y a pas beaucoup de retraités. On est comme les artistes: on s’arrête quand on meurt.»

Pour en savoir plus, consultez le site du Matin Dimanche, www.lematindimanche.ch, sur votre ordinateur personnel, votre tablette ou votre smartphone. L’application Le Matin Dimanche est toujours disponible sur iPad.

En dates

1897-New York

Ouverture du Steeple-chase à Coney Island: c’est le premier parc d’attractions moderne.

1904-Dreamland

Inauguration de Dreamland sur les décombres du Steeple-chase.

1908-Baptême

Dreamland propose une attraction faisant miroiter au visiteur un «voyage sur la lune»: de là vient le nom de Luna Park qui s’est imposé dans le monde entier.

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