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Affaire VatileaksLe majordome du pape admet une trahison

Paolo Gabriele s’est déclaré mercredi «innocent», mais «coupable» vis-à-vis de Benoît XVI, au cours de la deuxième audience du retentissant procès Vatileaks. Il a aussi dénoncé ses conditions de détention.

Paole Gabriele, tout à droite, se dit innocent du délit de «vol aggravé».

Paole Gabriele, tout à droite, se dit innocent du délit de «vol aggravé».

L’ex-majordome du pape, poursuivi pour «vol aggravé», s’est déclaré mardi «innocent» de ce délit, mais «coupable» vis-à-vis de Benoît XVI, ont constaté les journalistes. Il a également dénoncé ses conditions de détention, au cours de cette deuxième audience du retentissant procès «Vatileaks».

«Pour ce qui concerne le vol aggravé, je me déclare innocent. Je me sens coupable d’avoir trahi la confiance qu’avait placée en moi le Saint-Père que j’aime comme si j’étais son fils», a déclaré devant ses juges Paolo Gabriele.

«Ce qui m’a vraiment scandalisé est que lorsque je me retrouvais à la table du Saint-Père pour déjeuner il lui arrivait de me poser des questions sur des choses dont il aurait dû être informé», a dit l’ex-employé modèle, surnommé «Paoletto» au Vatican. «C’est là que j’ai acquis la conviction qu’il était facile de manipuler une personne qui a entre ses mains un pouvoir aussi énorme», a-t-il ajouté.

«Pensiez-vous que le pape était mal informé?», lui a demandé son avocate. «Oui, certainement», a répondu le majordome. Une question rejetée aussitôt par le juge qui a interrompu à plusieurs reprises l’accusé lorsqu’il commençait à évoquer ses contacts au sein du Vatican et ses motivations personnelles.

Pas de complice, mais des «contacts»

Ce dernier a également affirmé avoir agi seul, «sans complice», mais reconnu avoir de nombreux «contacts» au Vatican, où il sentait un «mécontentement vaste et diffus». «Depuis 1997, tous me connaissaient au Vatican, me faisaient confiance», a-t-il ajouté. Interrogé sur le nombre de personnes avec lesquelles il s’entretenait, M. Gabriele a répondu «un nombre énorme», mentionnant parmi ses contacts des cardinaux.

«Je ne suis pas le seul au cours des années à avoir fourni des informations confidentielles à la presse», a-t-il aussi ajouté. Des «pressions psychologiques» L’accusé a également dénoncé mardi ses conditions de détention après son arrestation en mai. Il a affirmé avoir été détenu pendant 15-20 jours dans une pièce minuscule où il ne pouvait même pas étendre les bras, avec la lumière allumée vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce qui aurait occasionné des problèmes ophtalmologiques.

L’ex-majordome a également évoqué des «pressions psychologiques». Le Vatican a décidé l’ouverture d’une enquête. Mais aussitôt après l’audience, son porte-parole, le père Lombardi, a précisé que le Saint-Siège respectait les conventions internationales auxquelles il adhère en matière de conditions de détention.

Paolo Gabriele, 43 ans, est accusé de s’être emparé de centaines de documents confidentiels du pape pour les transmettre au journaliste Gianluigi Nuzzi. Ce dernier les a ensuite publiés dans un livre, «Sua santità» (»Sa Sainteté»), qui révèle intrigues et violentes animosités, en particulier à l’encontre du numéro deux du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone.

Pas de rémunération

La somme des documents saisis dans les appartements du majordome - au Vatican et à Castel Gandolfo - remplit pas moins de 82 cartons. Deux des gendarmes qui ont mené la perquisition ont indiqué qu’y figuraient de nombreux livres et coupures de presse sur la franc- maçonnerie et les services secrets.

Au cours de l’audience, M. Gabriele a précisé qu’il n’avait pas reçu d’argent en échange des documents. «C’était une condition essentielle», a-t-il insisté.

Outre l’accusé, plusieurs témoins sont venus à la barre, dont le secrétaire particulier du pape, Mgr Georg Gänswein. «J’avais une confiance totale. Pendant les années de son service, je n’ai jamais eu une seule occasion de douter de M. Gabriele», a assuré celui qui était son supérieur hiérarchique direct.

(AFP)

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