Réchauffement: le manteau neigeux est le plus faible depuis 600 ans

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RéchauffementLe manteau neigeux est le plus faible depuis 600 ans

En étudiant les troncs de genévriers, les scientifiques ont constaté que les Alpes ont perdu 36 jours de couverture neigeuse par rapport à la moyenne, une baisse sans précédent.

par
Michel Pralong
Les deux dernières décennies enregistrent une durée moyenne de couverture de neige de 215 jours, la plus basse jamais constatée.

Les deux dernières décennies enregistrent une durée moyenne de couverture de neige de 215 jours, la plus basse jamais constatée.

AFP

Les Alpes ont l’une des plus anciennes traditions en matière de collecte d’enregistrements météorologiques, avec des mesures de pression, de température et de précipitations qui remontent au milieu du XVIIIe siècle. Mais ce n’est pas le cas pour le manteau neigeux, dont les mesures de sa durée ne remontent qu’à un siècle au maximum. Pour connaître l’évolution sur le long terme, il faut donc trouver d’autres moyens. C’est ce qu’ont fait des scientifiques italiens, qui ont analysé les troncs de genévriers pour savoir quand et combien de neige il y avait au cours des siècles.

Cet arbre présente plusieurs avantages. Il est courant dans les Alpes, même en haute altitude, il vit longtemps et, surtout, il s’agit d’un arbuste prostré. Cela signifie qu’il se développe surtout horizontalement. Sa croissance cesse dès qu’il est sous la neige et, vu qu’il ne pousse que peu en hauteur, il suffit de peu de neige pour qu’il se mette en sommeil, ce qui peut se lire sur la largeur de ses cernes. Les scientifiques ont ainsi étudié 572 arbres, vivants ou séchés, remontant le temps jusqu’à 600 ans. L’étude a été menée à haute altitude, dans le Val Ventina, en Italie, comme l’a signalé France info.

Les résultats, publiés dans «Nature», sont inquiétants. Dans les Alpes, l’épaisseur moyenne saisonnière (entre novembre et mai) de la neige, a connu une baisse de 8,4% par décennie entre 1971 et 2019, avec une réduction parallèle de 5,6% par décennie de la durée de l’enneigement. En gros, nous perdons une semaine de neige par décennie. Mais en élargissant l’échelle, grâce à cette étude, on constate que la couverture neigeuse actuelle est de 36 jours plus courte que la moyenne à long terme, ce qui représente une baisse sans précédent au cours des six derniers siècles.

Pire depuis le début du XXIe siècle

Durant ces 600 ans, il y a eu de fortes variations d’une année à l’autre, allant d’un manteau neigeux tardif, durant presque toute l’année (comme en 1431, 1541 ou 1705), à des années comptant 2 mois de moins de neige que la moyenne (par exemple 1532, 1875 ou 2012). «Le rétrécissement de la durée de la couverture de neige, à partir de la fin du XIXe siècle apparaît comme un événement prééminent au cours des 600 dernières années et les deux premières décennies de ce siècle enregistrent le point le plus bas avec une durée moyenne de couverture de neige de 215 jours, 36 jours de moins par rapport à la moyenne à long terme», écrivent les chercheurs.

Une baisse à long terme du manteau neigeux n’exclut pas des années connaissant de fortes précipitations, comme cela fut le cas ces dernières décennies en 1977, 1983 et 2001, la quantité de neige ayant marqué les esprits. Cela «réduit la perception des résidents locaux, des touristes et des autorités, de la remarquable réduction à long terme de la persistance du manteau neigeux des dernières décennies, selon l’étude. Cependant, ces événements extrêmes d’accumulation de neige ne se sont pas transformés en un manteau neigeux exceptionnel de longue durée, car les températures plus élevées actuelles induisent toujours une fonte plus rapide».

Besoin urgent de s’adapter

Tout ceci aura des effets à long terme, notamment sur les cours d’eau alimentés par les neiges des Alpes ou sur les espèces dépendant de la neige ou adaptées au froid. Mais cela a également des effets à beaucoup plus court terme, notamment sur les stations de ski. «Ces résultats soulignent le besoin urgent de développer des stratégies d’adaptation pour certains des secteurs environnementaux et socio-économiques les plus sensibles de cette région», concluent les chercheurs.

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