Arc jurassien: Le marginal de l’abribus a passé Noël sous zéro

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Arc jurassienLe marginal de l’abribus a passé Noël sous zéro

«Markus Jura Suisse» a reçu de la visite et des pralinés qu’une copine a mangés d’un trait. La nuit dernière, le thermomètre est descendu à -11°.

par
Vincent Donzé
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Markus Jura Suisse a passé Noël dans l’abribus de l’arrêt «Marché», à La Chaux-de-Fonds. Depuis la soirée du 24 décembre, la température est constamment négative sur les hauteurs neuchâteloises.

Markus Jura Suisse a passé Noël dans l’abribus de l’arrêt «Marché», à La Chaux-de-Fonds. Depuis la soirée du 24 décembre, la température est constamment négative sur les hauteurs neuchâteloises.

Lematin.ch/Sébastien Anex
En tout, cela fait quatre mois que «l’artiste» y vit.

En tout, cela fait quatre mois que «l’artiste» y vit.

Lematin.ch/Sébastien Anex
Markus Jura Suisse raconte sa vie à qui veut bien l’entendre.

Markus Jura Suisse raconte sa vie à qui veut bien l’entendre.

Lematin.ch/Sébastien Anex

Sujet du film «Le fils prodigue» tourné en 1996 par le cinéaste bâlois Edgar Hagen, l’artiste «Markus Jura Suisse» ne dessine plus de cercles concentriques dans l’espace public. À 82 ans, dans l’abribus qu’il occupe depuis quatre mois à La Chaux-de-Fonds, on dirait qu’il veut faire de sa vie un manifeste. «L’image qu’il renvoie a quelque chose de biblique. il y a en lui l’esprit de Jésus… et de Joseph Beuys!», commente Edgar Hagen.

«Dans son abribus, il est exposé comme dans une galerie», remarque le cinéaste bâlois, encore marqué par sa rencontre avec Markus Jura Suisse, il y a un quart de siècle. «Sa vitalité est remarquable», dit-il. Leurs chemins ne se sont plus croisés depuis longtemps. Edgar Hagen prépare la sortie le 10 février prochain du documentaire «Qui sommes-nous?» tourné avec Helena et Jonas, deux handicapés de 19 ans et 11 ans.

Discours décousu

Markus Jura Suisse se souvient très bien du cinéaste bâlois. Son discours est parfois décousu, mais ses souvenirs des noms, des lieux et des dates sont intacts. Marginal épris de liberté, il raconte volontiers sa vie depuis le jour où, comme dit, «j’ai tout donné à l’État: ma ferme, ma femme et mes enfants».

À Noël, il a reçu «110 balles pour manger» et des pralinés «Ferrero Rocher» qu’une copine a avalé d’un trait, ce qui l’a mis hors de lui, même s’il préfère manger des patates râpées et des aliments qu’il laisse fermenter pour renforcer sa défense immunitaire.

Sac de couchage

Samedi soir, il faisait -4° quand les lumières des bars se sont éteintes, à 19 heures. Emmitouflé dans un sac de couchage plus protecteur que celui porté avant les fêtes, Markus prétendait ne pas craindre le froid: «Il fait 38° dans mon sac!», a-t-il répété.

Ce soir-là, Markus a renoncé à passer un coup de torchon sur les vitres embuées. Deux cartons de bananes sont scotchés au bas de la porte vitrée, en guise d’isolation. Un chauffage portatif est posé là, au pied d’une garde-robe faite de palettes, mais il ne fonctionne pas.

«Je viens de recevoir la visite de trois personnes, dont une Japonaise», souffle-t-il. Parfois, son propos s’interrompt par un râle: «Tu fais trop à la fois, je peine à trouver les mots!», dit-il, comme si s’il ne pouvait capter qu’une information à la fois.

À La Chaux-de-Fonds, vu qu’il jure en suisse allemand, son origine bâloise prime sur son parcours jurassien, alors que l’identité de Markus Jura Suisse est née à La Chaux-des-Breuleux.

Présence tolérée

Sa présence est tolérée par les autorités: «Comme il est inoffensif, réside là par choix, est âgé et manifestement quand même un peu perdu, je ne veux pas recourir à la force publique dans la mesure du possible», indiquait avant Noël le conseiller communal Patrick Herrmann.

Les passants sont parfois choqués: «L’autre jour, quand un papa est entré avec ses enfants dans l’abribus, Markus était en train de pisser dans une bouteille», rapporte le gérant du kiosque.

Rien à cirer

«La commune n’en a rien à cirer», dit une dame. «S’ils veulent le faire partir, il faut qu’ils le logent. Mais il ne veut pas…», reprend son mari. Tout juste: «Ce n’est pas la société qui l’abandonne, c’est lui qui refuse le système», comme l’indiquait à «ArcInfo» le juge Fabio Moric, de la Protection de l’adulte et de l’enfant (APEA).

De son vrai nom Markus Schneider, Markus Jura Suisse ne laisse pas indifférent: «Il y a assez de gens dans le besoin qui sont dans la rue. Quand ce sont des gens comme lui qui ont choisi leur vie, il ne faut pas qu’il em… la société. Moi, ça me révolte, mais je lui dis bonjour», dit la gérante, en fermant son kiosque.

Quand il était artiste de rue, sa signature se constituait de trois cercles concentriques entourés d’une date.

Quand il était artiste de rue, sa signature se constituait de trois cercles concentriques entourés d’une date.

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