Bande dessinée Le Marsupilami vient faire houba à Genève
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Bande dessinéeLe Marsupilami vient faire houba à Genève

Le génial animal créé par Franquin a 70 ans cette année. Batem, qui le fait vivre depuis 35 ans, est au Salon du livre pour des rencontres et dédicaces. Interview.

par
Michel Pralong
Le Marsupilami était l’un des personnages préféré de Franquin, qui l’a confié lui-même ensuite à Batem.

Le Marsupilami était l’un des personnages préféré de Franquin, qui l’a confié lui-même ensuite à Batem.

Batem/Dupuis-Champaka

Son pseudonyme, il le doit à Walthéry, le créateur de Natacha. Mais son personnage, il en a hérité d’André Franquin. Batem signe en effet les aventures du Marsupilami depuis 35 ans, après que le père de Gaston Lagaffe lui a confié le destin de son animal fabuleux.

De son vrai nom Luc Collin, le dessinateur belge, qui est ces trois jours au Salon du livre en Ville, à Genève, nous explique le choix de son pseudo. «Il y a une vieille tradition des Ardennes belges qui veut que lorsque deux personnes ayant le même prénom sont dans un groupe, le plus jeune est appelé «baptême», pour ne pas les confondre. Le Luc plus âgé que moi qui m’a donc appelé ainsi avait appris cette tradition de Walthéry, donc c’est un peu à cause de ce dernier que je signe Batem».

À 62 ans, Batem dessine toujours le Marsupilami avec le même bonheur.

À 62 ans, Batem dessine toujours le Marsupilami avec le même bonheur.

Daniel Fouss

Mais quand il reprend le Marsupilami, en 1987, son nom n’est pas du tout connu. À 27 ans, il travaille dans un studio spécialisé dans l’adaptation audiovisuelle et merchandising des bandes dessinées. Il a donc déjà croqué l’étonnant animal pour ce genre de productions. «Un jour, Jean-François Moyersoen me contacte. Il vient chez moi et m’explique qu’il a racheté les droits du Marsupilami à Franquin, avec l’accord de ce dernier, et qu’il veut qu’il ait sa propre série. Dessinée par moi! J’avais certes déjà rencontré Franquin, qui m’avait même proposé de dessiner Lagaffe pour illustrer un concours, mais je ne pouvais pas croire ce que l’on était en train de me confier. Je me suis échappé à la cuisine, suis revenu au bout d’un moment et j’ai dit oui».

«Franquin, c’est mon Mbappé à moi»

Cela a été un incroyable tournant dans la vie de Batem. «Je galérais souvent avant, venais de nulle part et là, voilà qu’on me proposait de reprendre un personnage de mon idole. Quand des gamins ne comprennent pas l’admiration que j’ai pour Franquin je leur explique, s’ils sont fans de foot, que c’était comme si non seulement Mbappé les rencontrait mais qu’il leur demandait de venir jouer dans son équipe. Franquin, c’est mon Mbappé à moi».

Batem n’aura pas trop le temps de douter: on ne lui laisse que trois mois pour dessiner son premier album «La queue du Marsupilami», sur un scénario de Greg. «Cela m’a donné l’occasion de passer souvent chez Franquin et mon bonheur, encore aujourd’hui, c’est de l’avoir vu, lui qui pouvait être tourmenté, aller de mieux en mieux au fil de nos rencontres. Car il faisait ce qu’il adorait faire: apprendre à un jeune. Il redessinait avec gourmandise car ce qu’il traçait, ce n’était que pour moi, pour me montrer comment le Marsupilami bouge, marche, rit».

35 ans plus tard, Batem a dessiné 33 tomes des aventures du génial animal, en veillant toujours à respecter l’esprit de Franquin. «Il y a eu la période où le Marsu est sorti de sa jungle avec les personnages de Rémi et Collin, ersatz de Spirou et Fantasio. C’était une volonté de l’éditeur, mais c’était une erreur. J’ai ramené l’animal au cœur de la Palombie. D’autant que la jungle c’est une mine d’or à dessiner, cela se renouvelle sans cesse».

Un personnage toujours aussi fascinant

Franquin lui avait dit d’arrêter le Marsupilami le jour où il en aurait assez, «Mais je n’ai pas le temps de m’embêter, je me plonge chaque fois dans cet univers avec délices et je n’oublie pas que je vis un conte de fées en ayant la chance de faire vivre ce personnage. Les plus jeunes ne savent pas toujours que ce n’est pas moi qui ai créé le Marsupilami. J’ai à l’opposé vu des lecteurs d’un certain âge passer devant mon stand de dédicaces, hésiter et puis dire: non, cela ne peut pas être Franquin. Il y a aussi eu un gamin qui ne connaissait pas les BD mais qui voulait un dessin. Je lui ai demandé lequel, il a regardé un peu les albums et m’a dit, le bonhomme jaune, là, avec les taches. Même sans le connaître, le Marsupilami fascine au premier coup d’œil».

En 2014, Dupuis a racheté les droits du Marsupilami, qui peut donc réapparaître dans les aventures de Spirou. «J’aurais pu redouter cela, mais je crois que l’éditeur ne va pas en abuser et qu’il tient à distinguer les deux séries». Et que pense Batem, d’ailleurs, de la reprise si controversée d’un autre héros de Franquin, Gaston Lagaffe? «Vous comprendrez que je peux difficilement me prononcer sur la question. Mais je garde en mémoire que Franquin m’avait demandé de dessiner Gaston. Ce n’était évidemment pas pour reprendre la série, donc c’était très différent».

«Batem Le Marsupilami», Éd. Dupuis/Champaka, 256 pages.

«Batem Le Marsupilami», Éd. Dupuis/Champaka, 256 pages.

Pour les 70 ans du Marsupilami, un tome de la collection «Une vie en dessins» consacré à Batem et au personnage est sorti en janvier, magnifique ouvrage où l’on en apprend beaucoup sur cette œuvre. Quant au 34e tome de la série, il devrait sortir en 2023, toujours scénarisé par Colman, comme les 14 derniers. Son titre provisoire est «Adios Amigo!» Batem, lui dédicace vendredi, samedi et dimanche à l’hôtel Ibis dédié à la BD à Carouge. Il y donnera également une conférence suivie d’une crêpe party dimanche à 11 h 30 (c’est hélas déjà complet): «Je dois je crois dessiner le Marsupilami en crêpe, je n’ai aucune idée de ce que cela va donner».

La BD au Salon du livre en ville

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