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AllemagneLe ménage a commencé chez Deutsche Bank

Le nouveau patron de la banque allemande, le Britannique John Cryan, promet des temps difficiles aux salariés.

Le quartier général de la Deutsche Bank, à Francfort.

Le quartier général de la Deutsche Bank, à Francfort.

AFP

Fonte des bonus, possible suppression du dividende, vaste remaniement interne: le grand ménage a commencé au sein de la banque allemande Deutsche Bank sous l'impulsion de John Cryan.

Mercredi soir, le groupe de Francfort a créé la surprise en annonçant «une possible suppression» de son dividende pour 2015. Une telle décision serait inédite pour ce géant du secteur qui, même au plus fort de la crise financière de 2008-2009, n'avait pas renoncé à rémunérer ses actionnaires. Pour 2014, il avait versé un dividende 0,75 euro par action, comme en 2013.

En cause, une très lourde perte de 6,2 milliards d'euros (6,8 milliards de francs) attendue au troisième trimestre, liée à de fortes dépréciations - 5,8 milliards - dans sa banque d'affaires et de détail, sur fond de durcissement à venir de la réglementation sur le capital et de la cession de sa filiale de détail Postbank, destinée à une introduction en Bourse.

Le groupe va également passer une nouvelle provision de 1,2 milliard d'euros pour faire face aux quelque 6000 litiges juridiques dans lesquels son nom est cité, du scandale de manipulation des taux interbancaires du Libor aux soupçons de manipulation du marché des métaux précieux, en passant par de possibles actes de blanchiment d'argent en Russie.

Mauvaise surprise

Ces annonces constituent «clairement une surprise négative», estime Philipp Hässler, analyste marché chez Equinet. A la Bourse de Francfort, l'action Deutsche Bank n'en prenait toutefois pas ombrage. Après une ouverture en repli de plus de 2%, le titre évoluait dans le vert en début d'après-midi.

«Les nouvelles ne sont pas bonnes et je m'attends à ce que nombre d'entre vous soient très déçus», a annoncé le nouveau patron John Cryan, en poste depuis juillet, dans une lettre aux salariés publiée sur le site de la banque.

Les pertes risquent notamment de peser sur «les rémunérations variables cette année. (...) Nos actionnaires vont attendre avec raison que les salariés prennent leur part au fardeau», prévient le Britannique, ancien d'UBS qu'il avait contribué à redresser après la crise financière au prix de coupes sévères dans les dépenses.

Depuis sa nomination, les changements de personnel se sont multipliés, notamment au sein de la banque d'investissement à l'origine de nombre de scandales. Récemment, le groupe a également nommé deux nouveaux chefs à la tête de la banque de détail et de financement des PME en Allemagne.

Tiraillement

Deutsche Bank, qui emploie plus de 98'000 personnes pour 32 milliards d'euros de chiffre d'affaires, est tiraillée entre ses aspirations internationales dans la banque d'investissement - où elle revendique une place dans le «top 5» mondial - et son enracinement dans la banque de détail en Allemagne.

Le groupe avait dévoilé en mai un vaste plan de restructuration d'ici 2020 passant entre autres par la vente de Postbank et une réduction drastique de la voilure dans sa banque d'investissement. Ce plan, conçu sous l'égide de l'ancien patron, Anshu Jain, n'avait toutefois guère convaincu investisseurs et actionnaires, poussant au remplacement de M. Jain.

Dès sa prise de fonction, M. Cryan avait fustigé des coûts «inacceptables» et une structure trop complexe, laissant présager un grand coup de balai au sein de la première banque allemande.

(ats)

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