01.05.2013 à 08:36

France-AllemagneLe «Merkollande» reste à inventer

Un an après l'élection de François Hollande, la relation semble grippée entre Angela Merkel, puissante mais isolée dans son rigorisme budgétaire, et un président français affaibli, mais proche des Européens anti-austérité.

«Merkel crée les rapports de force, Hollande les évalue», analyse le chef de file des députés européens Verts, Daniel Cohn-Bendit.

«Merkel crée les rapports de force, Hollande les évalue», analyse le chef de file des députés européens Verts, Daniel Cohn-Bendit.

Keystone

«Lors des célébrations du cinquantenaire du Traité d'amitié franco-allemande, en janvier à Berlin, on avait le sentiment d'une certaine complicité entre François Hollande et Angela Merkel, le courant passait, ils riaient ensemble...», commentait Claire Demesmay, de la Société allemande de politique étrangère (DGAP).

Les personnalités semblaient pourtant devoir s'accorder, tous deux ayant la réputation d'analyser méthodiquement toutes les données et de prendre des avis nombreux avant une décision, à laquelle ils se tiennent. Et très éloignées du «bling bling» attribué à Nicolas Sarkozy. «Mais je sens que cela a changé, cela s'est refroidi», selon elle.

«En matière de performance économique, le fossé se creuse, et du coup les analyses divergent un peu plus».

Document commun en attente

Les deux pays avaient alors annoncé un document commun sur l'intégration européenne, que l'on attend encore. Pour le chef de file des députés européens Verts, Daniel Cohn-Bendit, «En Europe, Merkel est toujours très active, elle intervient beaucoup, en coulisses (...), alors que Hollande est très prudent. Merkel crée les rapports de force, Hollande les évalue», analyse-t-il. Mais pour tempérer tout de suite: «Certes, le moteur franco-allemand a des ratés, mais cela a toujours été comme ça». Il assure que la chancelière et Nicolas Sarkozy avaient mis longtemps pour trouver leur intérêt commun.

Le dernier en date de ces ratés, vendredi, a pris la forme d'un virulent projet de texte du Parti socialiste qualifiant Angela Merkel de «chancelière de l'austérité» et l'accusant d'«intransigeance égoïste».

Aucune réponse convaincante des socialistes

Le gouvernement a pris ses distances, et à Berlin on a souligné qu'il émanait d'un parti. Mais les conservateurs de Angela Merkel ont répliqué de manière cinglante en évoquant «le désespoir dans lequel se trouvent les socialistes français du fait que, même un an après leur arrivée au pouvoir, ils ne trouvent aucune réponse convaincante aux problèmes financiers et économiques de leur pays».

Pourtant, plusieurs analystes estiment que François Hollande et Angela Merkel se ménagent, notamment en raison de leur situation politique intérieure respective.

Après avoir fait campagne sur la relance de l'économie et de l'emploi par la stimulation de la croissance, qui n'est pas là, François Hollande applique une politique de rigueur et de soutien aux entreprises contestée par une bonne partie de la gauche.

Ce qui plairait plutôt à Berlin, où l'on apprécie également que cette politique ne dise pas son nom. «Angela Merkel n'a qu'une peur, c'est que François Hollande dise publiquement : On laisse filer les déficits, prenant la tête d'une sorte d'alliance des pays du sud, ce qui achèverait de l'isoler en Europe», analysait un diplomate européen.

Après le Portugal, ou l'Espagne, c'est d'Italie que sont venus de nouveaux appels à la relance, qui menacent d'isoler Berlin. Le nouveau chef du gouvernement Enrico Letta, qui avait réservé à Angela Merkel sa première visite à l'étranger, mardi soir, a critiqué dès son entrée en fonction les politiques d'austérité.

Mais Angela Merkel a beau passer pour la femme la plus puissante du monde, elle n'en est pas moins en campagne pour un troisième mandat et ne veut pas d'agitation européenne.

«Le message de Merkel aux Allemands, c'est: le modèle fonctionne, pourquoi en changer», explique Claire Demesmay.

Pas de débat avant les élections allemandes

«L'avantage de l'Allemagne, c'est qu'elle a une position: la responsabilité budgétaire. On la partage ou pas», analyse Daniel-Cohn Bendit. «Hollande, on ne sait pas. Et tous deux ont une sainte trouille de ce débat avant les élections allemandes» du 22 septembre, risquées pour la coalition conservateurs-libéraux de la chancelière.

Pour autant, «jouer la carte du SPD, comme semble le faire Hollande, est risqué», explique Claire Demesmay, puisque le Parti social-démocrate pourrait à nouveau gouverner, avec les conservateurs de Angela Merkel ou avec les Verts.

Déjà le candidat Hollande était venu à Berlin fin 2011 appeler à battre la chancelière. Celle-ci s'était ensuite rendue en France pour soutenir le candidat Sarkozy. Tous deux devraient se retrouver à Leipzig le 23 mai, pour les 150 ans du SPD.

(AFP)

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