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EthologieLe mérou pratique le langage des signes

Comme les grands singes et les corbeaux, le mérou indique à ses complices la cachette de ses proies à l'aide d'une sorte de langage des signes. C'est une étude de l'Université de Neuchâtel qui le dit.

Les mérous chassent en compagnies d'espèces plus agiles qu'eux car ils sont bien souvent incapables de se faufiler dans certaines failles des rochers coralliens.

Les mérous chassent en compagnies d'espèces plus agiles qu'eux car ils sont bien souvent incapables de se faufiler dans certaines failles des rochers coralliens.

Wikimedia Commons

Lorsqu'il chasse avec des murènes, des labres Napoléon ou des pieuvres, le mérou indique à ses complices l'emplacement de proies qui lui sont inaccessibles avec une forme de geste, selon une étude de l'Université de Neuchâtel (UNINE). Jusqu'ici, de tels gestes n'ont été identifiés que chez les grands singes et les corbeaux.

C'est la première fois que l'existence de posture ou de gestes indicateurs est formellement identifiée chez des poissons, a indiqué l'UNINE mardi dans un communiqué. Ces résultats sont publiés dans la revue Nature Communications.

Ces comportements de chasse en équipe de différentes espèces de poissons ont été observés sur des récifs coralliens en Egypte et Australie par l'équipe de Redouan Bshary, professeur d'éco-éthologie à l'Université de Neuchâtel, avec des confrères de l'Université de Cambridge (GB).

Incapables de se faufiler dans certaines anfractuosités des rochers coralliens, les mérous ont souvent besoin d'aide pour atteindre leurs proies. C'est pourquoi ils chassent en compagnie d'autres espèces plus agiles.

Dès qu'il repère un repas potentiel, le mérou se dresse à la verticale de la cachette, la tête en bas. Pour les murènes, les labres ou d'autres pieuvres qui chassent en sa compagnie, c'est le signal d'une traque prometteuse. Fait intéressant: si les complices du mérou sont capables de comprendre son geste indicateur, ils ne savent pas en produire eux-mêmes.

Pas si «simplets»

Cela montre que des capacités de communication au sein d'une communauté comprenant plusieurs espèces peuvent être développées chez des organismes vivants assez simples, écrit l'UNINE. Les chercheurs ont identifié ce comportement chez deux espèces de mérous.

Si l'on ignore tout des processus cognitifs à la base de tels gestes, cela indique toutefois que les poissons ne sont pas aussi «simplets» que l'on pensait, écrivent les scientifiques. Le mérou de Mer Rouge est ainsi capable de rester 25 minutes à la verticale d'une proie avant de la signaler à un prédateur de passage, ce qui correspond à une tâche de mémoire du niveau des grands singes.

Au niveau neurophysiologique, il a été récemment démontré que les circuits de la récompense dans le cerveau des poissons sont similaires à ceux des mammifères. Les chercheurs soulignent donc la nécessité d'une approche plus évolutionnaire et écologique des processus cognitifs.

Cinq conditions

Chez les humains, ainsi que certains grands singes et corvidés les gestes référentiels attirent l'attention d'un partenaire sur un objet d'intérêt mutuel et sont considérés comme un élément-clé du développement du langage.

Un tel geste doit remplir cinq conditions: il est dirigé vers un objet, n'a pas d'utilité mécanique, s'adresse à un récipiendaire potentiel, reçoit une réponse volontaire et démontre des signes d'intentionnalité.

Les chercheurs soulignent dans leurs conclusions que l'usage de gestes indicateurs n'est probablement pas aussi rare que l'on pensait dans le règne animal. Parmi les prochains papables figurent en particulier le chien domestique et le dauphin en captivité.

A l'état sauvage, les candidats sont d'autres oiseaux ayant des comportements similaires aux corbeaux, ainsi que des insectes, notamment l'abeille et son langage symbolique.

(ats)

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