Afrique du Sud: Le ministre des finances poursuivi pour fraude
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Afrique du SudLe ministre des finances poursuivi pour fraude

Le chantre de la lutte contre la corruption est dans le viseur de la justice pour plusieurs affaires «douteuses».

Pravin Gordhan lors du Forum économique mondial de Davos en janvier 2016.

Pravin Gordhan lors du Forum économique mondial de Davos en janvier 2016.

Keystone

La justice sud-africaine a annoncé mardi qu'elle allait juger le ministre des Finances Pravin Gordhan pour fraude.

Cette décision illustre les tensions vives politiques au plus haut sommet de l'Etat.

Lors d'une conférence de presse, le procureur général Shaun Abrahams a accusé M. Gordhan d'avoir donné son feu vert au départ à la retraite, dans des conditions particulièrement avantageuses, d'un haut fonctionnaire. Selon les médias locaux, il est convoqué dès le 2 novembre prochain devant un tribunal de Pretoria.

Ministre des Finances de 2009 à 2014, Pravin Gordhan, 67 ans, a été rappelé en urgence fin 2015 à son poste pour apaiser les marchés, inquiets de la décision du président Jacob Zuma de renvoyer deux titulaires du portefeuille en quatre jours.

S'il est parvenu à rassurer les investisseurs, le grand argentier sud-africain s'est souvent opposé à M. Zuma et ses fidèles au sujet de la gestion des entreprises publiques, au coeur de plusieurs scandales impliquant le pouvoir.

Gordhan dénonce un «coup politique»

Pravin Gordhan est soupçonné depuis 2014 d'avoir mis en place, au sein du fisc sud-africain (SARS) qu'il a dirigé pendant dix ans jusqu'en 2009, une unité qui aurait espionné des hommes politiques, dont l'actuel chef de l'Etat. L'unité d'élite de la police sud-africaine, les fameux «Hawks» (Faucons), enquête depuis 2015 sur cette affaire.

Les poursuites annoncées mardi ne concernent toutefois pas les activités présumées de l'unité du fisc incriminée, selon le procureur général. Cette enquête est «toujours en cours», a-t-il dit.

Elles mettent en cause M. Gordhan lors de son premier mandat aux Finances. Lui et deux anciens responsables du fisc, Oupa Magashula et Ivan Pillay, sont accusés d'avoir «délibérément trompé» l'administration lors du départ à la retraite de M. Pillay, pour un préjudice de 1,1 million de rands (78'000 francs).

S'il a reconnu l'existence de l'unité du fisc incriminée, M. Gordhan a toujours réfuté avoir violé la loi et dénoncé un «coup politique».

Zuma sermonné en avril

«Les Sud-Africains doivent se demander qui les 'Hawks' servent-ils vraiment», a-t-il réagi mardi. «De qui les 'Hawks' reçoivent-ils leurs instructions ?», a lancé Pravin Gordhan. Le procureur général a, en écho, nié toute intervention politique.

De nombreux analystes ont toutefois souligné le caractère à leurs yeux éminemment politique des charges lancées contre Pravin Gordhan.

«Le montant des dépenses irrégulières se chiffre chaque année en milliards de rands en Afrique du Sud (...) il est choquant que des charges aussi stupides que ça soient retenues», a réagi le professeur Mcebisi Ndletyana, de l'université de Johannesburg. «A l'évidence, le président veut s'en débarrasser», a-t-il ajouté.

En avril, lorsque Jacob Zuma avait été condamné à rembourser l'argent public utilisé pour rénover sa propriété privée, Pravin Gordhan n'avait pas mâché ses mots. «Une fois que vos actions sont jugées contraires» à la Constitution, «on doit réaliser qu'on s'éloigne de son devoir de servir le peuple», avait-il lancé.

(ats)

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