Tunisie: Le mouvement islamiste Ennahda acte sa mue
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TunisieLe mouvement islamiste Ennahda acte sa mue

Le parti, vainqueur des élections de l'après-révolution en 2011, a officialisé la séparation entre activités politiques et religieuses.

Le leader historique du parti Ennahda, Rached Ghannouchi.

Le leader historique du parti Ennahda, Rached Ghannouchi.

Mohamed Messara, Keystone

Le parti islamiste tunisien Ennahda a voté dimanche la séparation entre ses activités politiques et religieuses. Un quota de femmes a également été discuté.

La décision a été officialisée au cours du dixième congrès d'Ennahda dans un hôtel d'Hammamet, à 60 km au sud de Tunis. Les 1200 congressistes du parti ont débattu jusqu'à tard dans la nuit de samedi puis dimanche matin des différentes priorités de la stratégie de leur formation sur les plans politique, économique et social.

Celle concernant la séparation entre la prédication et la politique a été votée à plus de 80%, a indiqué le porte-parole du congrès, Oussama Sghaier. Des discussions se poursuivaient par ailleurs sur la charte interne et le règlement intérieur du parti, qui pourraient «redistribuer l'équilibre du pouvoir qui existe au sein du leadership d'Ennahda aujourd'hui», selon la députée Sayida Ounissi.

En débat aussi, l'établissement d'un quota de 10% de femmes au sein du Conseil de la Choura, le parlement interne du parti. Ce seuil est jugé trop bas par certains congressistes. Les délégués devaient aussi élire le président d'Ennahda - sauf surprise le leader historique Rached Ghannouchi - et une partie du Conseil de la Choura.

«Démocratie musulmane»

Rached Ghannouchi, 74 ans, avait récemment expliqué dans un entretien au quotidien français Le Monde que son parti voulait une activité politique «totalement indépendante» de l'activité religieuse. «On sort de l'islam politique pour entrer dans la démocratie musulmane», avait-il assuré.

Cette mue, en gestation depuis quelques années, a été présentée par les responsables comme le résultat de l'expérience du pouvoir et du passage de la Tunisie de la dictature à la démocratie. Réprimé sous la dictature de Zine El Abidine Ben Ali, Ennahda avait été le grand vainqueur des premières élections de l'après-révolution en 2011. Mais après deux années mouvementées au pouvoir, il avait dû se résoudre à céder la place sur fond de crise politique majeure.

(ats)

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