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SuisseLe National va trancher les détails de la réforme de l'armée

Gauche et droite croisent jeudi le fer au National sur l'avenir de l'armée.

La réforme mise à nouveau sur un ancrage territorial. Elle doit combler les lacunes observées.

La réforme mise à nouveau sur un ancrage territorial. Elle doit combler les lacunes observées.

Keystone

Les députés sont entrés par 157 voix contre 23 en matière sur le projet de réforme. Principaux enjeux: le nombre de soldats, le budget, la durée du service et le poste de chef de l'armée.

Seuls les Verts et quelques socialistes, qui ne veulent pas voir l'armée prêter main forte aux autorités civiles, refusaient en bloc toute la révision de loi. Celle-ci ne propose aucun progrès, a critiqué la Bernoise Aline Trede. «On ne va pas en direction d'une armée moderne et de petite taille».

Au contraire, on ne fait qu'augmenter les crédits militaires. Egalement scandalisés par les milliards dépensés même après le refus de l'avion de combat Gripen, le PS veut quant à lui convaincre la majorité bourgeoise de corriger le projet.

Quelle menace ?

Entourée de pays amis, la Suisse n'a pas à craindre des troupes ennemies à ses frontières, selon Pierre-Alain Fridez (PS/JU). Les attentats à Paris, les succès de Daech en Syrie mais aussi l'afflux de réfugiés, la crise économique en Europe et la crise ukrainienne sonnent le glas de ces rêves de paix éternelle, a répliqué Adrian Amstutz (UDC/BE).

«Il faut se réveiller» et ne pas attendre la première décapitation en Suisse. Les soldats ne doivent plus s'entraîner dans des bacs à sable ou sur un ordinateur, a-t-il lancé. Le ton des autres orateurs bourgeois était plus modéré.

Dans un contexte de menaces qui évolue vite, l'armée doit être capable de protéger le pays, sa population et ses infrastructures, a fait valoir Marco Romano (PDC/TI) au nom de la commission. Il sera désormais explicitement tenu compte de la cyberguerre.

Réagir plus vite

La réforme mise à nouveau sur un ancrage territorial. Elle doit combler les lacunes observées, par exemple dans l'instruction, depuis le dernier bouleversement intervenu en 2004 avec Armée XXI, a-t-il poursuivi.

Autre objectif: améliorer la disponibilité opérationnelle de l'armée. Ainsi, il devrait être possible de mobiliser 35'000 soldats en dix jours, a ajouté Thomas Hurter (UDC/SH). Et l'ensemble de l'armée pourrait être sur pied en 20 jours, a précisé le ministre de la défense Ueli Maurer.

Cours de répétition

Les députés sont amenés à trancher sur plusieurs points. Le Conseil fédéral souhaitait raccourcir à 13 jours la durée des cours de répétition, suivis six fois après une école de recrues de 18 semaines. Mais l'idée a très mal passé.

Cela n'arrange pas l'économie qui doit s'organiser pour libérer et remplacer ses employés masculins. Treize jours ne suffisent en outre pas pour assurer la mise à niveau de l'instruction de militaires, a souligné Corina Eichenberger (PLR/AG).

Le Conseil des Etats a préféré un concept de cinq cours de trois semaines. Le nombre de jours de service ne passerait alors plus de 260 à 225 mais à environ 240 jours. Si le National suit sa commission, favorable à six cours de trois semaines, on devrait toutefois en rester plus ou moins au statu quo.

Service long

Les Vert'libéraux, soutenus par la gauche, souhaitent régler le problème par une réforme plus profonde: un service long de six mois généralisé. Cette option a l'avantage non seulement d'être moins coûteuse et plus efficace, mais aussi plus supportable pour l'économie, selon Roland Fischer (PVL/LU).

Pour la droite, cela signerait l'arrêt de mort du système de milice, un pas qu'elle n'est pas prête à franchir. Pas question non plus de renoncer aux tirs obligatoires, a affirmé Jakob Büchler (PDC/SG).

100'000 soldats

Autre décision attendue: la réduction des effectifs de 200'000 à 100'000 militaires (avec un effectif réel de 140'000 pour disposer de la marche de manoeuvre nécessaire). Le nombre proposé est celui que peut accueillir le stade de Camp Nou à Barcelone, a illustré Ueli Maurer. La droite dure refuse d'aller en dessous de 140'000 alors que le camp rose-vert veut descendre jusqu'à 80'000.

Certaines institutions pourraient vaciller. Une partie de la droite voudrait voir le poste de chef de l'armée disparaître. Et la création d'un service de médiateur risque d'être refusée.

Armée à 5 milliards

Se posera enfin la question de l'argent à attribuer à l'armée. La majorité bourgeoise a déjà imposé au Conseil fédéral un budget annuel de quelque 5 milliards. Certains aimeraient graver dans le marbre de la loi ce montant en tant que somme minimale. Pour des raisons formelles, le PLR n'est toutefois pas chaud. La gauche veut en rester à 4,4 milliards et la droite dure passer à 5,4 milliards.

(ats)

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