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AllemagneLe néonazi devenu pasteur

Après avoir causé la mort d’un homme à 17 ans, Johannes Kneifel s’est tourné vers Dieu. Dans un livre témoignage, il raconte son étonnante «conversion».

par
Christophe Bourdoiseau
Thorsten Wulff/LDD

A 17 ans, Johannes Kneifel avait frappé si fort un homme à la tête que le malheureux est décédé. Pour son geste, la justice l’a condamné à 5 ans de prison pour coups et blessures ayant entraîné la mort. Pour lui, c’est le résultat d’une «enfance de merde» avec des parents malades qui le traitaient de «loser» à longueur de journée. Johannes Kneifel a commencé à boire dès l’âge de 14 ans, le plus souvent jusqu’à perdre connaissance. Il s’est enfui plusieurs fois de sa maison et a manqué l’école. Repéré par les services sociaux, il a passé plusieurs mois en psychiatrie à cause de son comportement violent. Une adolescence sans repères à Eschede, une bourgade de Basse-Saxe de 4000 habitants, qui le mène tout droit dans les milieux néonazis. «Ma biographie explique, entre autres, comment le désespoir transforme des jeunes en violents militants d’extrême droite», explique-t-il.

En août 1999, après un long séjour dans un camp de jeunesse au Danemark, il retrouve un camarade néonazi à Eschede pour une «expédition punitive». Ils veulent corriger Peter Deutschmann, qu’on appelle aussi dans le quartier «le hippie», parce qu’il a critiqué un «camarade». Kneifel est complètement saoul en faisant irruption dans le logement social de ce père de famille de 44 ans. Il défonce la porte et le frappe avec ses lourdes Doc Martens à bouts renforcés, les chaussures préférées des néonazis. Avant de disparaître, il détruit le téléphone. Peter Deutschmann succombera à ses blessures quelques heures plus tard à l’hôpital.

Le meurtrier passera cinq années de prison à se battre avec la vérité. «Après quatre années, je n’arrivais toujours pas à reconnaître mon geste. J’ai constamment rejeté la faute sur les autres», écrit-il dans sa biographie. A bout de forces, il n’a vu d’autre issue que de se tourner vers Dieu. «J’ai pu ainsi reconnaître ma faute», raconte-t-il.

Paroisses prêtes à l’accueillir

Après sa libération, il y a huit ans, il se décide à passer son baccalauréat puis à suivre des études de théologie à l’université. «Je vais devenir pasteur, dit-il. Malgré ma peine de prison, je peux célébrer l’office dans une église.» Plusieurs paroisses évangéliques sont d’ailleurs prêtes à l’accueillir.

Mais son livre est d’abord un témoignage pour tous ceux qui se trouvent dans son cas. «Je ne suis pas le seul condamné, mais je suis le seul qui parle, souligne-t-il. Je veux leur dire: on peut s’en sortir quand on a fait des conneries. On a le droit à une seconde chance! C’est écrit dans la Bible: chacun a droit au pardon.»

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