06.10.2020 à 12:18

RécompenseLe Nobel de physique à un trio d’experts des «trous noirs»

Trois pionniers de la recherche de trous noirs, le Britannique Roger Penrose, l’Allemand Reinhard Genzel et l’Américaine Andrea Ghez, ont été récompensés mardi.

Roger Penrose, Reinhard Genzel et Andrea Ghez ont été sacrés mardi. 

Roger Penrose, Reinhard Genzel et Andrea Ghez ont été sacrés mardi.

AFP

Le Nobel de Physique a sacré mardi trois pionniers de la recherche sur les «trous noirs», des régions de l’Univers d’où rien ne peut s’échapper: le Britannique Roger Penrose, l’Allemand Reinhard Genzel et l’Américaine Andrea Ghez.

Roger Penrose, 89 ans, a remporté le prix pour avoir découvert «que la formation d’un trou noir est une prédiction solide de la théorie générale de la relativité». Reinhard Genzel, 68 ans, et Andrea Ghez, 55 ans, sont récompensés pour «la découverte d’un objet compact supermassif dans le centre de notre galaxie», a expliqué le jury Nobel en annonçant le prix à Stockholm.

Le lauréat britannique reçoit la moitié du prix doté d’environ un million de francs, tandis que les deux autres se partagent la seconde moitié, a précisé l’Académie royale des sciences à Stockholm.

l y a à peine un demi-siècle, l’existence même des trous noirs était encore controversée. L’an passé, ces objets gigantesques réputés invisibles ont pu être montrés pour la première fois sur une image révolutionnaire, signe des progrès accomplis pour percer leurs secrets galactiques.

«Je suis ravie de pouvoir servir de modèle pour les jeunes femmes qui envisagent d’aller vers ce domaine», a réagi Andrea Ghez, qui devient la quatrième femme à remporter un prix Nobel de physique, le plus masculin des six prix (moins de 2% de lauréates).

Le trou noir, «on ne sait pas ce qu’il contient, on n’en a aucune idée, c’est pourquoi c’est aussi exotique, ça fait partie de l’intrigue, ça pousse les limites de notre compréhension», s’est-elle enthousiasmée en conférence de presse.

Proche de Stephen Hawking

Roger Penrose a utilisé la modélisation mathématique pour prouver dès 1965 que les trous noirs peuvent se former, devenant ainsi une entité à laquelle rien, pas même la lumière, ne peut échapper. Le Britannique est un proche de son célèbre compatriote astrophysicien Stephen Hawking, décédé en 2018.

Ensemble ils ont «prouvé mathématiquement que lorsqu’une étoile très massive s’effondre, elle finit en trou noir (...), leurs travaux ont montré que l’état final de la matière se ramène à un seul point», explique à l’AFP Luc Blanchet, de l’Institut d’astrophysique de Paris. «C’est dommage de ne pas avoir donné le prix Nobel à Penrose et à Hawking avant son décès. Ce prix tombe deux ans après sa mort, alors que leurs travaux remontent aux années 60», regrette-t-il.

Depuis le début des années 1990, les colauréats Reinhard Genzel et Andrea Ghez ont eux mené des recherches sur une zone appelée Sagittaire A*, au centre de la Voie lactée. En utilisant les plus grands télescopes du monde, ils ont découvert un objet extrêmement lourd et invisible – environ 4 millions de fois plus grand que la masse de notre Soleil – qui tire sur les étoiles environnantes, donnant à notre galaxie son tourbillon caractéristique.

Enigme de l’astrophysique

«Le secret le plus obscur de la Voie lactée», a salué le jury Nobel. Les trous noirs supermassifs sont une énigme de l’astrophysique, notamment sur la façon dont ils deviennent aussi gros. Leur formation est au coeur des recherches en astrophysique moderne.

Les scientifiques pensent qu’ils dévorent, à une vitesse folle, tous les gaz émis par des galaxies très denses qui les entourent. Comme ils sont invisibles, on ne peut les voir que par contraste, en observant les phénomènes qu’ils suscitent dans leur proche environnement.

Une première image révolutionnaire d’un trou noir avait été révélée au monde en avril 2019 par une équipe internationale de l’Event Horizon Telescope, un exploit lui aussi jugé nobélisable. «C’est un âge d’or pour la recherche sur les trous noirs, avec des merveilles encore à venir», a déclaré Shep Doeleman, le directeur du projet.

Domination américaine

L’astrophysique était considérée, avec la physique quantique, comme favorite par les experts pour ce Nobel 2020. En 2019, le prix de physique avait déjà distingué trois cosmologues, le Canado-Américain James Peebles, qui a mis ses pas dans ceux d’Albert Einstein pour éclairer les origines de l’univers, et les Suisses Michel Mayor et Didier Queloz qui, les premiers, ont révélé l’existence d’une planète en dehors du système solaire, une «exoplanète».

Après la médecine lundi et la physique mardi, suivra mercredi la chimie, puis les très attendus prix de littérature jeudi et de la paix, vendredi à Oslo

Après la médecine lundi et la physique mardi, suivra mercredi la chimie, puis les très attendus prix de littérature jeudi et de la paix, vendredi à Oslo

KEYSTONE/AP/FERNANDO VERGARA

Si les prix Nobel vont bien être annoncés comme prévu cette semaine, le coronavirus a entraîné l’annulation de la cérémonie physique de remise des prix, le 10 décembre à Stockholm, une première depuis la guerre.

Lundi, le prix de médecine a confirmé l’écrasante domination des Américains dans le palmarès des Nobel scientifiques en primant Harvey Alter et Charles Rice, aux côtés du Britannique Michael Houghton, pour leur rôle dans la découverte du virus responsable de l’hépatite C.

Suivra mercredi la chimie, puis les très attendus prix de littérature jeudi et de la paix, vendredi à Oslo. Le prix d’économie, de création plus récente, clôturera la saison lundi.

(ATS/NXP)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!