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FranceLe nouveau film de Polanski sort sur fond de polémique

«D'après une histoire vraie» sort mercredi dans les salles francophones sur fond de polémique ravivée par l'affaire Weinstein.

AFP

«D'après une histoire vraie», le nouveau film de Roman Polanski aux airs de thriller, entre fiction et réalité, sort mercredi dans les salles francophones, sur fond de polémique ravivée par l'affaire Weinstein.

Une rétrospective de l'oeuvre du cinéaste franco-polonais, programmée au même moment à la Cinémathèque de Paris, a déclenché la colère d'une association féministe qui a rappelé l'accusation de viol dont il fait l'objet.

Avec cette adaptation franco-belge du best-seller de Delphine de Vigan, présenté hors compétition au dernier festival de Cannes, Polanski retrouve des thèmes familiers de son oeuvre.

Comment ne pas penser à «Répulsion» (1965) ou au «Locataire» (1976) devant cette histoire de romancière, en panne d'inspiration, et qui laisse une lectrice s'insinuer dans sa vie, jusqu'à prendre sa place?

Emmanuelle Seigner, épouse de Polanski à la ville, tient le rôle de l'écrivaine, face à un ange gardien, bientôt démoniaque, incarné par Eva Green («Casino Royale», «Miss Peregrine et les enfants particuliers»).

Comme dans la vie, le livre et le film, l'héroïne se prénomme Delphine. Son mauvais génie tout simplement «Elle». Cette histoire d'emprise d'une lectrice névrosée sur un écrivain en crise, louche du côté de «Misery» de Stephen King et avait tout pour plaire au cinéaste de «Rosemary's Baby». Elle «fait écho à mes premiers films», «je me sentais un peu sur mon terrain», avait déclaré le réalisateur à Cannes.

Autre motif d'intérêt du cinéaste multi-récompensé pour «Le Pianiste»: «Je n'avais jamais fait un film où deux femmes s'opposent. C'était deux hommes ou un homme et une femme».

Le film est porté par le duo d'actrices qui jouent la carte du mimétisme, l'une allant jusqu'à se faire passer pour l'autre. Du moins, c'est ce que la romancière croit. Mais «Elle» est-elle une fiction ou la réalité? «On se pose constamment la question. Est-ce qu' Elle existe vraiment ? C'est très intéressant pour un acteur», avait confié Eva Green à Cannes.

Une rétrospective contestée

Le réalisateur (84 ans) déploie tout son savoir-faire pour distiller l'ambiguïté des relations entre les deux femmes, puis l'angoisse dans des couleurs grises et des jeux d'ombres. Sans retrouver cependant l'intensité et le vertige de ses premiers films. Des premières oeuvres que l'on pourra voir ou revoir lors de la rétrospective Polanski, programmée à la Cinémathèque de Paris à partir de lundi et jusqu'au 3 décembre. Une initiative dénoncée par Osez le féminisme qui accuse l'institution de «participer à la culture de l'impunité des violences masculines».

Accusé de viol il y a 40 ans par une adolescente de 13 ans, Roman Polanski a reconnu devant la justice une relation sexuelle avec une mineure mais nié le viol. Un juge de Los Angeles a refusé en août dernier de clore les poursuites contre le réalisateur.

Depuis l'affaire Weinstein, plusieurs femmes sont sorties de l'ombre pour accuser le cinéaste d'agression sexuelle, des accusations «sans fondement», a contesté son avocat. «N'avons-nous donc rien retenu de ces dernières semaines?», s'insurge l'association, évoquant «la vague de libération de la parole» actuelle.

Elle a appelé à un rassemblement devant la Cinémathèque lundi soir pour la soirée de lancement, qui doit se dérouler en présence du cinéaste.

Une pétition sur change.org, lancée par une militante féministe, demande à la Cinémathèque d'annuler la rétrospective des films du cinéaste. «C'est de culture que nous avons soif, pas de culture du viol», peut-on lire dans cette pétition lancée par Laure Salmona, qui avait recueilli plus de 22'200 signatures vendredi en fin de journée. Sous la pression de féministes, Polanski avait dû en début d'année renoncer à présider la cérémonie des César.

La Cinémathèque, présidée par le réalisateur Costa-Gavras, a défendu son choix, n'entendant «se substituer à aucune justice», et affichant son «ambition»: «montrer la totalité des oeuvres des cinéastes et les replacer ainsi dans le flux d'une histoire permanente du cinéma».

«La rétrospective Polanski est prévue depuis très longtemps», a déclaré pour sa part la ministre française de la Culture Françoise Nyssen. «Il s'agit d'une oeuvre, il ne s'agit pas d'un homme, je n'ai pas à condamner une oeuvre».

(AFP)

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