BD: Le nouveau «Spirou» est bouleversant

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BDLe nouveau «Spirou» est bouleversant

Dix ans après son sublime «Journal d'un ingénu», Emile Bravo prolonge son récit de pas moins de quatre tomes pour faire traverser au groom toute la Seconde Guerre Mondiale. Magistral!

par
Michel Pralong

La bande-annonce du nouveau Spirou d'Emile Bravo, «L'espoir malgré tout». Ed. Dupuis

En 2008, le troisième tome des «Spirou vu par...» sort, signé Emile Bravo. C'est un énorme succès public et critique, qui rafle une large moisson de prix. L'auteur y imagine Spirou vivant dans les années qui ont effectivement été celles de sa création en tant que personnage de BD, soit juste avant guerre. Pupille de la nation, le jeune garçon travaille comme groom à l'Hôtel Moustic à Bruxelles. C'est là notamment qu'il fait la connaissance d'un turbulent gaillard, journaliste médiocre mais gaffeur patenté, un grand échalas nommé Fantasio.

Dans cet album, Bravo réussit peut-être la meilleure BD mêlant gravité et légèreté. Les turpitudes de Spirou n'ont rien à envier à celles qu'il a vécues sous le crayon des multiples dessinateurs qui ont animé le personnage depuis 80 ans, mais elles se déroulent avec une toile de fonds plus réelle et dramatique que tout ce qu'il avait connu jusqu'ici.

Encore trois tomes d'ici 2020

Au vu du triomphe du «Journal d'un ingénu», les éditions Dupuis disent à Emile Bravo que s'il veut en faire un deuxième, c'est volontiers. Le dessinateur se met alors à penser à une suite, qu'il imagine d'abord comme un seul volume de 80 pages. Il a laissé Spirou et Fantasio aux portes de la guerre, il, va les y faire entrer. Mais la matière est telle qu'il se retrouve avec de quoi faire un récit de 340 pages. C'est pour cela qu'il a fallu attendre 10 ans pour ce nouvel album, premier volet d'une histoire en quatre tomes dont les trois suivant sortiront en septembre 2019, avril et enfin novembre 2020.

Une leçon d'histoire

Spirou l'ingénu l'est de moins en moins. Il apprend le monde, la vie, en conservant cette humanité qui fait sa force. Ce clown blanc (en moins solennel) côtoie toujours l'Auguste pétaradant Fantasio. Comme dans le «Journal d'un ingénu», Bravo donne un cours d'histoire brillamment vulgarisé. En partie par Spirou lui-même, qui explique aux enfants des rues (qui le voient comme un grand frère) ce qu'est la guerre. En partie, et c'est plus surprenant mais tellement malin, par un paysan, ancien de 14-18, qui analyse comment les vainqueurs d'hier ont créé le monstre nazi d'aujourd'hui et comment et pourquoi les juifs, depuis si longtemps, servent de boucs émissaires.

La compréhension de Spirou de la réalité qui l'entoure se situe entre celle des enfants et celle des adultes.

La compréhension de Spirou de la réalité qui l'entoure se situe entre celle des enfants et celle des adultes.

Spirou et Fantasio ne font rien de très héroïque dans cette histoire. Ils subissent, suivent le flot des Belges fuyant vers la France une fois l'armée du IIIe Reich entrée dans leur pays. Leurs aventures sont les mêmes que pour tous ceux vivent cette guerre: le froid, la faim, la peur. Mais l'héroïsme de Spirou, et même de Fantasio, viendra de leur humanité. L'album vous entraîne dans plus d'une heure de lecture, vous enchantant et bouleversant tour à tour. Le dessin de Bravo n'illumine pas le récit, il le sert. Avec une efficacité et une perfection rare. On attendait cette BD depuis longtemps. Elle aura trois suites. L'impatience est de retour.

Ecoutez l'interview d'Emile Bravo

Vidéo: Dupuis

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