03.05.2018 à 17:44

PatrioteLe nouvel hymne suisse s'incruste en 2018

Les communes vont bientôt recevoir la nouvelle mouture comme l’année dernière. Malgré les réticences, ses initiateurs persistent et signent. L’UDC s’insurge.

par
Eric Felley
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Chanter le nouvel hymne national ne séduit pas tout le monde.

Chanter le nouvel hymne national ne séduit pas tout le monde.

Keystone
La strophe de l'hymne national «officieux» fait l'objet de produits dérivés qui doivent séduire les patriotes les plus sceptiques...

La strophe de l'hymne national «officieux» fait l'objet de produits dérivés qui doivent séduire les patriotes les plus sceptiques...

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L'unique strophe de l'hymne «alternatif».

L'unique strophe de l'hymne «alternatif».

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Le 1er août n’est déjà plus très loin… Les défenseurs du nouvel hymne national ne ménagent pas leurs efforts pour créer autour de leurs paroles toute la suissitude possible pour convaincre les patriotes les plus endurcis. Dans un style qui ferait les joies de soirées UDC, ils proposent T-shirt à croix blanche, tasse et dessous de table…

La Société suisse d’utilité publique (SSUP), qui gère la prairie du Grütli, reconduit cette année la diffusion à large échelle de son nouvel hymne national auprès des communes. L’année dernière, cette opération avait causé des réticences, mais pas de quoi décourager Lukas Niederberger, directeur de la SSUP: «En Valais, le conseiller d’État Frédéric Favre avait quasi interdit aux communes de faire chanter les nouvelles paroles… Mais il n’existe aucune base légale qui imposerait de chanter les paroles du Cantique actuel.»

«Du n’importe quoi»

Hormis cet incident, il est difficile de savoir dans quelle proportion la nouvelle strophe – dépouillée de ses références religieuses – a été chantée. À l’UDC, il est clair qu’on ne change pas impunément l’hymne. Pour le conseiller national Michael Buffat (UDC/VD), «c’est du n’importe quoi et ça ne correspond à aucune volonté de la population. Si mes souvenirs sont bons, seuls une trentaine de communes a choisi ce texte en 2017». Pour Manfred Bühler (UDC/BE), «l’hymne national n’est pas quelque chose qui est appelé à évoluer au gré des modes. Même s’il est désuet sur la forme, il nous apprend quelque chose sur l’histoire du pays».

La SSUP se félicite cependant que la nouvelle strophe a été chantée en septembre, lors d’un événement majeur de la vie folklorique du pays: la Fête d’Unspunnen à Interlaken (BE). Les yodleurs, lutteurs, lanceurs de pierre et spectateurs l’ont entonnée en présence de Doris Leuthard, présidente de la Confédération.

Lancé en 2014, le concours de la SSUP pour le nouvel hymne avait couronné un texte du Zurichois Werner Widmer sur la mélodie existante. Pour Lukas Niederberger, le patriotisme helvétique peut bien s’accommoder pour l’instant de deux versions: «Ce n’est pas l’une ou l’autre, mais l’une et l’autre». Un avis qui fait bondir Michael Buffat (UDC/VD): «C’est absurde… Un pays doit avoir un seul hymne national, car il symbolise l’unité du pays.»

Edito

Il ne peut y avoir qu’un hymne

Ainsi, il y a donc deux hymnes suisses. Ou en tout cas deux versions des paroles, nous rappelle la Société suisse d’utilité publique (SSUP), gardienne du Grütli, qui s’est employée ces dernières années à réécrire sur le même air une seule strophe se voulant plus laïque et toujours très patriotique.

Car l’actuel chant officiel est bien le Cantique suisse, psaume du XIXe siècle dont la nature religieuse n’est certes peut-être pas tout à fait en phase avec notre époque et dont la validation par les autorités fédérales a suivi un parcours compliqué depuis les années 1960, passant notamment vingt ans en statut provisoire!

Il faut ici rappeler que l’hymne précédent avait la même mélodie que le «God save the Queen» britannique, ce qui n’était pas un gage d’identité nationale forte. Reste que depuis 1981 les choses sont claires, le Conseil fédéral ayant adoubé paroles et musiques que l’on est censé chanter aujourd’hui au 1er Août ou dans les stades.

Mais voilà, la SSUP veut faire cohabiter sa version avec le traditionnel morceau. Sachant combien le texte et la musique sont peu connus, sachant combien l’identification au pays, à la patrie, est chose fragile ou relative de nos jours, se mettre à jouer avec les hymnes paraît bien hasardeux. Réformer une référence poussiéreuse, pourquoi pas, mais cumuler une mise à jour avec la tradition, non. Il faut choisir, et c’est à la Confédération de trancher, que ce soit via son gouvernement, son Parlement, voire son peuple. S’agissant d’un tel fondement identitaire, ce serait la moindre des choses.

Grégoire Nappey Rédacteur en chef gregoire.nappey@lematin.ch

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