Energie – Le nucléaire en voie d’intégrer le label vert européen, mais sous bonne garde
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ÉnergieLe nucléaire en voie d’intégrer le label vert européen, mais sous bonne garde

La probable inclusion du nucléaire dans la liste des investissements «verts» européens représente une victoire pour la France, notamment. Toutefois, les conditions sont très strictes.

L’inclusion du nucléaire dans la liste verte est symbolique pour une industrie qui cherche à faire valoir sa contribution à la lutte contre le changement climatique.

L’inclusion du nucléaire dans la liste verte est symbolique pour une industrie qui cherche à faire valoir sa contribution à la lutte contre le changement climatique.

AFP

Juste avant la fin de l’année 2021, la Commission européenne avait proposé d’inclure du nucléaire dans sa «taxonomie», sa liste des activités pouvant bénéficier des avantages de la finance verte. Ce label serait accordé, comme pour le gaz, à titre transitoire. Le texte est maintenant en consultation auprès des États, jusqu’au 21 janvier. Si des modifications peuvent encore être apportées, un rejet apparaît désormais improbable.

L’inclusion du nucléaire dans la liste est symbolique pour une industrie qui cherche à faire valoir sa contribution à la lutte contre le changement climatique. Mais c’est aussi bien plus que ça: «La taxonomie n’est pas là pour envoyer des messages symboliques ou politiques, elle va être structurante dans les investissements réels qui vont être faits dans la transition écologique», souligne Cécile Maisonneuve, de l’Institut français des relations internationales.

Le label vert européen permettra d’attirer plus facilement des capitaux et de financer de nouveaux projets à meilleur prix, à l’heure où les investisseurs veulent de plus en plus s’assurer de respecter des critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance.

Dépenser des milliards en capitaux initiaux

L’inclusion dans la taxonomie a un impact direct sur «la profondeur des financements disponibles et le coût des financements», juge Jean-Bernard Lévy, le PDG du géant français EDF, qui devrait prochainement lancer la construction de nouveaux réacteurs en France et lorgne de nouveaux contrats à l’étranger. Or, ces projets sont «très gourmands en capitaux initiaux», insiste Cécile Maisonneuve: il faut d’abord dépenser des dizaines de milliards d’euros sur des années avant que le moindre électron ne soit produit.

La taxonomie va aussi venir en appui des politiques énergétiques de certains pays. La France notamment, où le président Emmanuel Macron a annoncé le projet de construire de nouveaux réacteurs de type EPR, mais aussi d’autres pays européens qui veulent engager des chantiers nucléaires, souvent pour limiter une dépendance au charbon (Pologne, République tchèque). Le nouveau gouvernement néerlandais veut aussi se lancer.

Un enjeu géopolitique

Les centrales européennes de nouvelle génération nécessiteront un investissement de «500 milliards d’ici à 2050», selon le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton. La possibilité d’accéder à des fonds européens revêt également un enjeu géopolitique. «Quand vous êtes polonais ou tchèque, vous n’avez pas du tout envie que ce soient des Russes qui vous prêtent de l’argent», résume Cécile Maisonneuve.

Reste que l’obtention du label est assortie de nombreuses conditions, notamment concernant le calendrier: les projets nucléaires doivent par exemple obtenir leur permis de construire d’ici 2045. «Le texte est très positif, mais avec des dispositions qui sont parfois un peu entravantes», regrette Ludovic Dupin, de la Société française d’énergie nucléaire. Le secteur voudrait ajouter à la taxonomie les activités du cycle du combustible (extraction de l’uranium, retraitement des déchets nucléaires) ou les opérations de maintenance des centrales.

Combustibles «tolérants aux accidents» pas «complètement prêts»

Le cas des combustibles dits «tolérants aux accidents» – censés mieux résister à la chaleur pour éviter une fusion du cœur, et dont Bruxelles propose de rendre l’utilisation obligatoire – illustre le genre de détail qui pourrait gâcher la fête pour l’industrie nucléaire. «Ils ne sont pas encore complètement prêts industriellement», donc, «les exiger immédiatement n’est pas possible techniquement», s’inquiète Ludovic Dupin, de la Société française d’énergie nucléaire.

La classification comme «énergie de transition» – à l’instar du gaz fossile – «est une déconvenue pour la France», juge aussi l’ONG Greenpeace. Interpellé sur ces limites après la publication du projet de Bruxelles, le gouvernement français préférait toutefois voir le verre à moitié plein, saluant une «étape décisive».

(AFP)

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