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RugbyLe Pakistan mise sur le "kabaddi" pour faire mousser le rugby (REPORTAGE)

Par Damon WAKE LAHORE (Pakistan), 03 avr 2013 (AFP) - Pour tenter d'améliorer ses performances en rugby, le Pakistan mise sur le kabaddi, un sport inconnu en Europe mais très populaire sur le sous-continent indien, qui requiert des aptitudes nécessaires au ballon ovale: force, vitesse et technique impeccable de plaquage.

Au pays du cricket et du hockey sur gazon, il est encore rare de voir des jeunes s'amuser avec un ballon de rugby. Pourtant ce sport y est en progression. La Fédération nationale, fondée il y a une décennie, compte aujourd'hui 3000 membres. Et un championnat national, la "Super League", a été inauguré en début d'année avec seulement quatre clubs. Dans un stade presque vide de Lahore, la deuxième ville du pays, près de la frontière indienne, des employés traçaient les lignes du terrain dix minutes avant le coup d'envoi et des tiges de bambou accrochées à des buts de football faisaient office de poteaux pour la transformation. L'équipe de l'armée pakistanaise a défait celle de Lahore 12-8 dans un match serré, marqué par des plaquages virils, des tacles sanglants et une certaine naïveté tactique. Le Pakistan, géant musulman de 180 millions d'habitants, croupit actuellement au 79e rang du classement mondial de rugby mais gage sur ses propres atouts pour espérer s'imposer un jour dans un univers dominé par la Nouvelle-Zélande, l'Australie, l'Afrique du Sud, l'Angleterre et la France. Cette carte cachée, c'est le kabaddi! Dans ce sport, un joueur de l'équipe A doit tenter de "casser" la mêlée de l'équipe B en "luttant" contre les joueurs adverses, pour ensuite rentrer à la course dans le territoire de sa formation en retenant son souffle. Le Pakistan a remporté l'an dernier le championnat asiatique de kabaddi et s'est incliné en finale du championnat mondial contre l'Inde. Des joueurs professionnels de kabaddi s'adonnent aussi au rugby, mais il demeure difficile de les attirer au ballon ovale, faute d'incitation financière. "Lorsque nous serons en mesure de payer nos joueurs (de rugby), je suis certain que nous pourrons alors attirer de nombreux joueurs de kabaddi", a expliqué à l'AFP Fawzi Khawaja, président de la Fédération pakistanaise de rugby. Pour Fiaz Ahmed, troisième ligne centre dans la sélection de l'armée, nombre de joueurs ont déjà réussi la transition entre le kabaddi et le rugby. "Le plaquage et les techniques de grappling , de prises au corps, sont presque identiques... Les aspects physiques des deux sports se ressemblent énormément", les joueurs de kabaddi étant aussi bien charpentés, dit-il. Le Pakistan compte actuellement 25 clubs de rugby, dont quatre dans la "Super League", et souhaite avant tout bonifier la qualité de cette cohorte pour se démarquer à l'échelle internationale. "3.000 joueurs, c'est suffisant si nous parvenons à améliorer leur niveau", estime Fawzi Khawaja. Mais le financement pour le rugby demeure encore rare. Et il est difficile d'attirer des entraîneurs étrangers pour relever la compétition nationale, dans un pays miné par les attentats réguliers perpétrés par les talibans et d'autres groupes liés à Al-Qaïda. Deux entraîneurs étrangers ont travaillé en 2011 et 2012 avec la sélection pakistanaise, mais ils ne sont restés que quelques mois au "pays des purs". La Fédération nationale tente maintenant de dégoter un entraîneur qui pourrait rester plus longtemps. D'ici là, le rugby commence à faire des adeptes parmi les fans de sport. "C'est un sport sympa. Avant, tout le monde regardait la lutte à la télévision, je pense que ces téléspectateurs vont un jour se tourner vers le rugby", espérait Mohammed Javed Iqbal, un chauffeur de taxi venu assister aux premières mêlées de la "Super League". pdw/gl/ol/es

(AFP)

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