Covid-19: Le Paléo annule totalement son édition 2021
Publié

Covid-19Le Paléo annule totalement son édition 2021

Malgré le projet d’un festival à taille réduite, les organisateurs renoncent finalement à tenir un événement cet été. Interview de son directeur, Daniel Rossellat.

par
Fabio Dell'Anna
Le Paléo Festival n’aura pas lieu pour la deuxième année consécutive.

Le Paléo Festival n’aura pas lieu pour la deuxième année consécutive.

AFP

On y a cru. Malheureusement, cette année 2021 continue avec son lot de mauvaises nouvelles. Le Paléo communique aujourd’hui que sa prochaine édition n’aura pas lieu. «Nous sommes dans une situation kafkaïenne. Quand bien même les autorités nous annonceraient de bonnes nouvelles au sujet de la capacité d’accueil par exemple, nous n’avons aucune certitude quant à l’autorisation qui nous serait donnée ou non, ni dans quel délai», nous explique Daniel Rossellat.

Le boss du festival avait présenté il y a un mois un événement musical Covid-compatible à taille réduite et à durée allongée, du 8 juillet au 8 août prochain, baptisé le «45e Parallèle». «En quelques semaines plusieurs facteurs sont passés du vert à l’orange puis au rouge. Si nous devions lancer le chantier et que l’événement nous était finalement interdit, le risque de déficit pourrait alors être insupportable», dit-il avant de préciser que, malgré la situation, il garde le moral. «C’est triste de devoir y renoncer. Mais on a le sentiment d’avoir été jusqu’au bout de la démarche. Il faut désormais regarder de l’avant.»

Pourquoi ne pas organiser un Paléo Covid-compatible comme annoncé il y a quelques semaines?

Nous avions fait un tableau de bord avec un certain nombre de conditions impératives pour organiser ce «45 parallèle». Pour commencer, il fallait que les autorités acceptent une capacité de 5000 personnes pour cet été. Il est possible que le Conseil fédéral annonce des nouveautés à ce sujet, mais quand on voit qu’on est passé de 5 à 10 personnes en trois mois, on a de la peine à imaginer que l’on atteindra ce nombre rapidement. Ensuite, nous avions demandé en septembre une sorte d’assurance annulation si, pour des raisons sanitaires, la manifestation n’était pas autorisée ou réduite. Les Chambres fédérales ont accepté la requête avec pas mal de conditions strictes qui limitent le soutien. Celle qui nous pose problème est l’autorisation cantonale. À ce jour, si nous en demandons une, nous ne l’aurons pas car nous n’avons pas le droit de nous réunir à plus que 15 personnes. La disponibilité des artistes devient aussi de plus en plus compliquée. Plusieurs gros festivals en France et en Belgique ont annulé, ce qui pousse les chanteurs à renoncer à partir en tournée. Pour finir, on a pris en compte l’adhésion de notre public aux contraintes sanitaires imposées. Les gens étaient assez d’accord de se faire vacciner et de faire des tests. Mais si, en plus, il fallait assister à un concert avec des places numérotées cela commençait à faire beaucoup trop de conditions.

Pourquoi ne pas avoir repoussé le Paléo plus tard dans l’année?

C’est très difficile. On l’avait calé entre le 8 juillet le 8 août car ce sont les vacances. Nous avons aussi besoin de collaborateurs bénévoles et rien ne laisse prévoir que les conditions seront meilleures un mois plus tard. La météo est aussi un facteur important. Au mois de septembre la journée est agréable, mais les soirées risquent d’être plus fraîches. Sans oublier qu’il s’agit de vivre dans l’incertitude encore plus longtemps. Au bout d’un moment, cela devient encore plus pénible qu’une triste décision.

Est-ce que l’avenir du Paléo est en danger?

Non, au contraire. Nous nous serions mis en danger si nous avions décidé de nous lancer dans le projet. Nous sommes à 100 jours du 8 juillet. Nous devions confirmer des artistes, des mandataires, des commandes… Nous allions inévitablement engager des frais qui allaient être non récupérables. Aujourd’hui, nous voulons éviter la casse.

À combien se chiffreront les pertes en 2021?

Jusqu’à maintenant, nous avons réussi à les limiter à des frais fixes, c’est-à-dire les salaires, les locaux, les terrains…

L’État n’aurait-il pas pu vous venir en aide?

Il nous a déjà bien aidés l’année passée. Pour la précédente édition, on a réussi à limiter le déficit à quelques centaines de milliers de francs. Je ne peux pas vous dire le montant exact, car nous faisons en ce moment la révision de nos comptes. Je ne pense pas qu’il aurait pu faire plus, mais il aurait pu prendre des décisions plus rapidement. Comme, se positionner sur cette assurance en cas d’annulation que l’on a demandée depuis le mois septembre.

Êtes-vous toujours persuadé que les grands open air ont un avenir?

Oui. Via notre sondage, nous avons remarqué que les gens sont demandeurs et qu’ils souhaitent revivre ce genre de moment. Peut-être qu’à l’avenir les événements seront un peu différents de ce qu’ils étaient en 2019. Mais le public, les artistes et tous les corps de métier en relation avec le monde du spectacle ont envie de ressentir de nouveau ces sensations le plus rapidement possible.

Pensez-vous que l’édition 2022 pourra être similaire à celle de 2019?

C’est une grande question. Bien sûr que nous allons travailler dès demain avec les artistes que nous avions imaginés cet été afin qu’ils viennent en 2022. Nous avons eu beaucoup de discussions avec d’autres festivals, des managers et des artistes pour savoir à quoi ressemblerait l’an prochain. Il y a des questionnements. Mais nous allons tout faire pour organiser un événement similaire. Par exemple, nous sommes en discussion avec l’équipe de Céline Dion pour trouver une nouvelle date.

Est-ce qu’un événement en ligne sera tout de même mis en place cet été pour faire vivre le festival?

Cela ne correspond pas vraiment à notre ADN. Je ne pense pas qu’il y a un immense intérêt de notre côté. L’essence du Paléo est de partager un moment de convivialité et de ressentir une ambiance. Ce n’est pas certain que l’on peut vivre tout cela à distance. Il y a des limites. (Rires.)

Montreux décide cette semaine, Sion attend le mois de mai

Après les annulations de Festi’neuch, Caribana et maintenant le Paléo, on attend la décision finale de deux grands festivals romands: le Montreux Jazz et Sion sous les étoiles.

«Nous en dirons plus sur lorganisation de l’édition 2021 cette semaine», nous répond-on du côté de la Riviera vaudoise. En Valais, on se laisse encore plus d’un mois. «La date butoir est début mai après que le Conseil fédéral a statué sur les conditions-cadres en ce qui concerne les festivals. La grande majorité des festivals en Suisse n’ont toujours pas annulé, insiste au Matin.ch Michaël Drieberg, qui nous renvoie au communiqué de presse de l’Association suisse des organisateurs professionnels de concerts, spectacles et festivals de musique la (SMPA) du 25 mars à ce sujet. Le directeur de Sion sous les étoiles précise que «les tests rapides étant distribués gratuitement dès la fin du mois nous ne laisserons entrer au festival que le public présentant un test négatif ou un vaccin». L.F.

Votre opinion