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Le pape à Lampedusa pour «pleurer» les migrants

Le pape François est arrivé lundi à Lampedusa où il vient «pleurer» la mort de centaines de migrants venus d'Afrique du Nord qui avaient tenté de traverser la Méditerranée en quête d'une vie meilleure.

Une affiche accueillant le pape à Lampedusa.

Une affiche accueillant le pape à Lampedusa.

AFP

L'avion de l'ex-archevêque de Buenos Aires a atterri sur la petite île sicilienne moins d'une heure après le débarquement de 166 migrants d'un bateau secouru par les garde-côtes italiens.

Cette visite sans précédent d'un pape à Lampedusa sera marquée par la sobriété: il est prévu qu'il jette une couronne de fleurs à la mer et préside une messe en hommage aux victimes.

Le pape se rendra sur le quai où les réfugiés sont conduits après des périples exténuants depuis la Libye ou la Tunisie, qui ont en fait souvent commencé dans des zones déshéritées ou ravagées par des conflits d'Afrique (Somalie, Ethiopie) et du Moyen Orient (Irak, Syrie, Afghanistan).

Lampedusa est plus proche des côtes nord-africaines situées à environ 100 km que du reste de la Sicile (à plus de 200 km).

Le pape se rend à Lampedusa "pour pleurer les morts", a expliqué son secrétaire le père Alfred Xuereb, à propos du premier voyage de Jorge Bergoglio hors de Rome depuis son élection le 13 mars.

Une cinquantaine de migrants dont certains de religion musulmane ont demandé à s'entretenir avec le pape argentin, connu dans son pays pour son attention pour les plus déshérités.

"Le reste de l'Italie et l'Europe doivent nous aider", a plaidé Giusi Nicolini, maire de gauche de Lampedusa, à propos de l'afflux renouvelé de migrants et réfugiés à Lampedusa.

Messe célébrée dans le stade local

Le prêtre de Lampedusa, le père Stefano Nastasi, à l'origine de la venue du pape, a souligné que la messe serait célébrée dans le petit stade local où furent accueillis à un certain moment les migrants "dont personne ne voulait ni en Italie ni dans le reste de l'Europe".

En 2011, avec les printemps arabes, près de 50'000 migrants et réfugiés avait déferlé sur Lampedusa, pour moitié en provenance de Libye et pour l'autre de Tunisie. Les autorités locales et nationales s'étaient retrouvées complètement débordées par ces débarquements massifs.

Le pape rencontrera aussi la population locale, une tranquille communauté de 6000 habitants qui vit de la pêche et du tourisme, pour les encourager à continuer d'accueillir avec générosité les migrants épuisés.

Pour la logistique sur cette île de seulement 20 km2, un habitant a mis à disposition une vieille Fiat décapotable qui fera office de "papamobile".

Le Vatican a en revanche refusé que des représentants politiques, y compris le ministre de l'Intérieur qui en avait fait la requête, n'accompagnent le pape.

L'objectif de François est de sensibiliser les opinions au sort des milliers de migrants et d'encourager les pays d'accueil à leur fournir leur protection et à garantir leurs droits.

Nouvelle poussée de migrants

Ces dernières semaines, à la faveur de bonnes conditions météorologiques, le nombre de migrants a connu une nouvelle poussée à Lampedusa, portant le total à 4000 arrivées au premier semestre, trois fois plus que sur la même période de 2012.

Selon des estimations, depuis 1999, plus de 200'000 migrants ont transité par Lampedusa devenue avec la frontière gréco-turque le principal point d'entrée dans l'Union européenne.

Pour Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté caritative Saint-Egidio, la visite du pape montre que "l'Eglise des pauvres regarde vers le Sud". Alors que pour le quotidien Il Giornale (droite), appartenant à la famille Berlusconi, ce voyage "légitimise l'immigration illégale".

Selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), une quarantaine de personnes ont péri depuis le début de l'année, la plupart par noyade, en essayant de gagner l'Italie depuis l'Afrique du Nord, contre 500 l'année précédente.

Les migrants arrivant en Italie sont en majorité originaires d'Erythrée et Somalie mais viennent aussi d'Afghanistan, Egypte, Gambie, Mali, Pakistan et Syrie, selon le HCR.

A Lampedusa, ils sont initialement accueillis dans un petit centre, souvent critiqué comme surpeuplé et ne respectant pas des conditions minimales d'hygiène.

Ensuite, ils sont transférés par ferry soit vers un centre de rétention administrative avant leur rapatriement, soit vers un centre pour demandeurs d'asile.

(AFP)

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