Exclusif: Le pape ne veut plus de lui
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ExclusifLe pape ne veut plus de lui

Suite au témoignage choc d’une des nombreuses victimes du Père Allaz, le pape François vient de défroquer ce prêtre pédophile vaudois.

par
Laurent Grabet
Laurent Grabet

Le livre «Mon Père, je vous pardonne», publié en février, n’en finit pas de faire des vagues. Le Père Joël Allaz, pédophile multirécidiviste dont les agissements ont été mis en lumière dans un livre choc déjà écoulé à 6000 exemplaires en Suisse, vient d’être réduit à l’état laïc par le pape François. Le Saint-Père a fait part de sa décision à la hiérarchie de Joël Allaz début juin. Il prône de longue date la tolérance zéro avec les religieux pédophiles, et il avait signé la préface du livre qui, du coup, a été traduit en dix langues. Daniel Pittet, qui voulait libérer la parole avec ce livre, est satisfait. «L’Église aurait dû faire ça il y a 30 ans, sauf que la hiérarchie des capucins (ndlr: ordre auquel appartenait Joël Allaz) n’avait jamais annoncé son cas au Vatican!», tempère aussi le Fribourgeois de 57 ans qui a plusieurs fois rencontré le souverain pontife.

Quant à son bourreau, contacté hier, il n’a pas souhaité nous répondre. «Je ne suis pas en état de le faire», s’est borné à préciser le désormais ex-prêtre apparemment très atteint. Le Vaudois de 76 ans avait témoigné dans le livre de Daniel Pittet. Pour ce capucin, confessant avoir fait une quarantaine de victimes en quatre décennies, c’était «une manière de réparer un peu».

En Suisse, les actes pédophiles ne sont plus prescrits depuis janvier 2013, sauf que ce n’est pas rétroactif. Du coup, Joël Allaz ne risquait pas la prison. À moins que la commission d’enquête indépendante, lancée par le diocèse et qui se penchera sur son cas dès le 5 juillet, ne déterre des cas plus récents. La «réduction à l’état laïc» est une procédure du droit canon par laquelle un religieux est renvoyé de l’état clérical. C’est la sanction la plus grave qui pouvait frapper le septuagénaire, d’autant qu’il avait eu un ascendant moral, spirituel et intellectuel sur les autres grâce à sa fonction. «C’est une sacrée punition tout de même, et qui a été prise très rapidement après la sortie du livre sans lequel rien n’aurait bougé, ce qui est quand même scandaleux, relève Daniel Pittet. De son côté, Mgr Charles Morerod nous a dit ne pas avoir le droit de communiquer sur cette décision canonique. L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg avait soutenu Daniel Pittet jusqu’au Vatican dans son combat.

Il restera dans son couvent

Joël Allaz, interdit de tout travail pastoral depuis 2005, devra-t-il quitter le couvent alémanique où il a trouvé refuge depuis huit ans? «Non, c’est un homme âgé et malade se déplaçant à l’aide d’un rollator. Il sera désormais un simple hôte et non plus un frère à part entière», explique Agostino del Pietro. Le provincial des capucins de Suisse est surpris par la double sanction: «Joël avait demandé à être réduit à l’état laïc, mais il avait aussi demandé à pouvoir garder le statut de frère capucin, ce qui lui a été refusé.»

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