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Ski alpinLe parallèle de la discorde

Souvent décriée pour son format parallèle, la FIS propose une nouvelle formule jeudi et vendredi à Lech-Zürs (Autriche). Mais son choix de raccourcir les distances entre les portes ne fait pas l’unanimité.

par
Sylvain Bolt
Le Genevois Tanguy Nef (à droite), ici lors du géant parallèle de Chamonix en février dernier, ne fait pas partie des adeptes de la nouvelle règle de la FIS qui a réduit la distance entre les portes.

Le Genevois Tanguy Nef (à droite), ici lors du géant parallèle de Chamonix en février dernier, ne fait pas partie des adeptes de la nouvelle règle de la FIS qui a réduit la distance entre les portes.

AFP

Pour «révolutionner» les compétitions classiques de ski, la FIS mise sur le parallèle. Le concept est simple et attrayant sur la piste: deux athlètes saffrontent en duel sur des parcours distincts (rouge et bleu). L’hiver passé, les femmes avaient eu droit au slalom parallèle (PS) et les hommes au géant parallèle (PGS). Sans que cela ne soit vraiment convaincant, puisque même Loïc Meillard, lauréat du globe de cristal de la spécialité (deux épreuves), avait avoué qu’il aurait préféré gagner un globe de géant ou de slalom.

Ce jeudi (dames) et ce vendredi (hommes) à Lech Zürs (Autriche), un format inédit est testé: le parallèle. Point positif: la phase finale (16 meilleurs) se disputera en mode aller-retour sur chacun des deux tracés (au lieu d’un tirage au sort). Afin d’éviter de tuer tout suspense puisqu’il semble impossible de réaliser deux parcours identiques et équitables.

Moins de place pour tourner

Mais c’est le point 6 du nouveau règlement qui crée une petite polémique: la distance entre les portes a été fortement réduite. De 26 mètres l’an passé (pour le PGS), elle a passé à un écart entre 16 et 20 mètres entre les piquets cette saison. Le tout alors que les skis de géants sont maintenus. Lors d’un géant classique, l’écart entre les portes est généralement de 25 à 32 mètres (contre 8 à 11 mètres pour un slalom).

«C’est plutôt un combat pour tourner les skis. Et ce n’est pas joli à voir: les virages sont hachés, il n’y a aucune fluidité.»

Camille Rast

«Un ski de géant a un rayon de 30 mètres, donc il faut théoriquement 60 mètres (diamètre) pour faire la boucle d’un virage à l’autre, explique Tanguy Nef. Là, on se retrouve avec une distance environ deux fois plus courte qu’un géant classique, donc ça complique sérieusement la manœuvre pour tourner. La porte suivante arrive vraiment vite!»

Loïc Meillard (à gauche) avait battu son compatriote Thomas Tumler en finale à Chamonix. À l’époque, la distance entre une porte et la suivante était de 26 mètres. Ce sera entre six et dix mètres de moins cette saison. 

Loïc Meillard (à gauche) avait battu son compatriote Thomas Tumler en finale à Chamonix. À l’époque, la distance entre une porte et la suivante était de 26 mètres. Ce sera entre six et dix mètres de moins cette saison.

AFP

La Valaisanne Camille Rast, qui a testé quelques manches dans ce format inédit à l’entraînement dans les Grisons, n’est pas franchement sous le charme. «Il n’y a aucun plaisir, c’est plutôt un combat pour tourner les skis, estime la skieuse de Vétroz. Et ce n’est pas joli à voir: les virages sont hachés, il n’y a aucune fluidité.»

À l’entraînement, en Suède, le slalomeur Tanguy Nef a lui galéré dans la version parallèle 2020-2021 (l’épreuve est au programme des Mondiaux de Cortina en février). «On skie un peu en mode old school, vu qu’à l’époque ils avaient des skis de plus de 2 mètres en slalom, illustre le Genevois. On ne peut pas vraiment utiliser la carre complète du ski, il faut mettre un petit drift (dérapage) pour tourner.»

Risque de blessures

«Je me suis senti comme un pilote automobile dans un bolide de quatre mètres de largeur, alors que la route ne faisait que deux mètres de large», s’était indigné récemment dans «Blick» Justin Murisier, absent en Autriche en raison d’un test positif au Covid-19.

Capture d’écran Instagram Justin Murisier

«Le format slalom n’était pas très esthétique, car certains boxaient les piquets, souligne Tanguy Nef. Le géant parallèle a lui été vivement critiqué après les nombreuses blessures la saison passée. On n’était pas passé loin d’un choc qui aurait pu être dramatique entre Tumler et Ford à Chamonix. La distance entre les deux parcours, mais aussi avec les panneaux publicitaires sur les côtés, doit aussi être suffisamment grande»

À Chamonix, lors du dernier «PGS» en février dernier, l’Américain Tommy Ford avait failli percuter Thomas Tumler.

À Chamonix, lors du dernier «PGS» en février dernier, l’Américain Tommy Ford avait failli percuter Thomas Tumler.

Capture d’écran Eurosport.

«Franchement, si on avait voulu nous comparer en face-à-face, on aurait opté pour le skicross plutôt que l’alpin»

Camille Rast

La question sécuritaire, justement, est au cœur du débat car il faut une certaine vitesse pour faire tourner les skis de géant plus longs. «Franchement, si on avait voulu nous comparer en face-à-face, on aurait opté pour le skicross plutôt que l’alpin, sénerve Camille Rast, qui est de retour sur le circuit après des années de galère et ne peut pas vraiment renoncer à une sélection en Coupe du monde. C’est dommage, on n’a pas eu notre mot à dire concernant cette décision de réduire l’écart entre les portes. J’espère que la FIS n’attend pas des blessures pour réagir!»

La FIS convaincue de sa formule

Du côté de la FIS justement, on semble convaincu par ce changement de règlement. «La distance entre 16 et 20 mètres est intéressante, c’est un bon compromis entre une vitesse plus mesurée mais suffisamment quand même pour assurer un beau show, confie Peter Gerdol, directeur de course de la Coupe du monde féminine. L’idée, c’était vraiment d’avoir une discipline appelée parallèle, pas un géant parallèle ni un slalom parallèle.»

«Il va y avoir des surprises, ça parle en faveur d’outsiders comme moi»

Tanguy Nef

Tanguy Nef, lui, adapterait volontiers l’épreuve en deux véritables slaloms piquetés côte à côte. «Et un format du type Masters en tennis, avec les trente meilleurs mondiaux qualifiés par exemple, rajoute le slalomeur. C’est pratique car la piste ne doit pas être trop longue.»

Vendredi, il tentera de retirer le meilleur de cette expérience, malgré les réticences. «Il va y avoir des surprises, ça parle en faveur doutsiders comme moi, sourit le Genevois. Il faut un bon départ, être explosif et bénéficier aussi d’un peu de chance.»

Loïc Meillard, vainqueur du globe de parallèle l’an passé, sera absent en Autriche. Il a été testé positif au Covid-19, comme ses coéquipiers Justin Murisier et Marco Odermatt. 

Loïc Meillard, vainqueur du globe de parallèle l’an passé, sera absent en Autriche. Il a été testé positif au Covid-19, comme ses coéquipiers Justin Murisier et Marco Odermatt.

AFP

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3 commentaires
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27.11.2020 à 06:20

C'est une situation vraiment dommage, je suis d'accord de moderniser le ski avec des courses parallèles, mais il faut respecter les genoux des participants et la fluidité logique du matériel, si c'est pour voir des courbes hachées et pas propre, c'est pas joli à regarder et le risque principal c'est la blessure. Franchement, si moi je joue le globe de cristal d'une discipline classique, je ferai pas les parallèles... Conclusion : (1) c'est extrêmement contraignant pour les articulations (2) c'est pas joli à l'œil, pour ceux qui connaissent vraiment. (3) les concurrents eux-mêmes ne prennent pas de plaisir. (4) le seul but de la FIS est d'engendrer le plus de vues à la télévision, lorsqu'il y a un duel parallèle. L'idée était bonne (à la base) et avec le soutien de la plupart des acteurs,mais plus maintenant.

matin

26.11.2020 à 09:54

la coupe du monde et déjà fausser du grand n'importe quoi

Info de la FIS

26.11.2020 à 08:23

Pas en Autriche ce Lech là, MAIS EN POLOGNE !