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EnquêteLe parcours des «caïds»

Des témoins racontent la dérive minable et violente du gang de dealers d'herbe démantelé dans les Montagnes neuchâteloises.

par
Ludovic Rocchi
Lieu de rencontre et non de trafic, le petit café de l'Univers était assidûment fréquenté par les minables caïds des Montagnes.

Lieu de rencontre et non de trafic, le petit café de l'Univers était assidûment fréquenté par les minables caïds des Montagnes.

Sandro Campardo

Les langues se délient à La Chaux-de-Fonds et au Locle depuis que la justice a rendu publique l'opération «Bars» la semaine dernière. Derrière le nom de code de cette vaste enquête sur un trafic de marijuana, on sait désormais que se cache un gang ultraviolent qui a terrorisé des dizaines de petits fumeurs-revendeurs pendant plusieurs années. Le noyau dur de ces minables caïds des Montagnes s'est constitué autour de I., ressortissant de Tchétchénie. «Le Matin» a recoupé des témoignages qui permettent de mieux cerner la dérive de ce petit groupe n'hésitant pas à frapper et à racketter pour régner sur la vente d'herbe dans la région. Voilà leur histoire.

Arrivé à 9 ans en Suisse

I. a fumé son premier joint vers l'âge de 15 ans. Il vit à La Chaux-de-Fonds depuis l'âge de 9 ans, admis comme réfugié avec sa mère tchétchène. «Il n'a pas vraiment vécu la guerre, mais il aimait se la péter en parlant de Grozny, de la violence et du Coran, même si sa famille n'était pas pratiquante», raconte un ancien camarade. Adolescent, I. prend donc goût à l'herbe mais aussi au rap, écrivant des textes faisant l'apologie de la vie de voyou, qui finira par devenir réellement la sienne. Ces textes de jeunesse finiront par être enregistrés en 2009 sous le nom du groupe Jamahat.

A cette époque, le Tchétchène est déjà devenu un trafiquant notoire. Décrit comme assez «intelligent et calculateur», il a vite compris qu'en Suisse la vente de marijuana n'est pas trop risquée pénalement. Le problème, c'est que I. ne se contente pas de dealer de l'herbe par kilos. Il se met assez rapidement à user de méthodes violentes contre les paumés qui travaillent pour lui. «En 2008, il a aligné une dizaine de petits revendeurs dans une cour et il en a fracassé certains, disant que cela devait servir d'exemple à ceux qui ne se soumettraient pas à lui. Une autre fois, il a torturé à la cigarette un comparse», raconte un témoin.

Vagues références au Coran

Pour finir d'asseoir sa réputation d'invincible caïd, le jeune Tchétchène teinte son discours de références au Coran et au djihad. «Il se la jouait banlieue française, indique un camarade. Mais son attachement à l'islam, c'était du bla-bla!» Il n'empêche que quelques «amis» de I. finiront par se convertir à l'islam, croyant naïvement être mieux vus du chef de bande.

Un malade psychique

L'intensité du trafic et de la violence est montée d'un cran en 2011, lorsque H., un réfugié afghan, est entré en scène. Aidé par D., jeune Suisse d'origine bosniaque, il est chargé de contrôler principalement le marché de l'herbe au Locle. Mais H., qui est soigné pour des troubles psychiques, part rapidement en vrille. Il grille l'argent du trafic à mesure qu'il rentre. Engrenage fatal: de petits fumeurs-revendeurs se font terroriser et sont obligés de s'endetter pour permettre à H. de se renflouer. Aux enquêteurs, l'Afghan aurait dit avoir agi ainsi sur les ordres de I., alors que le Tchétchène tente au contraire de lui faire porter le chapeau. Le rôle de D. est moins clair, mais il est associé à plusieurs expéditions punitives.

Le trio se trouve toujours en prison préventive. Un des grossistes du gang, ressortissant turc, est recherché. De même, la police tente toujours de localiser une cave où aurait eu lieu un grave passage à tabac. Et, déjà, des menaces de vengeance circulent parmi les derniers admirateurs de ces caïds décidément tout petits.

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