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Hong KongLe Parlement rejette la réforme électorale voulue par Pékin

Les députés prodémocratie se sont unis pour dire non au projet, ce qui a poussé la plupart des parlementaires pro-Pékin à prendre la porte en signe de protestation.

Le pouce dirigé vers le bas, pour dire non. Lee Cheuk-yan, député prodémocratie indique clairement le sens de son vote.

Le pouce dirigé vers le bas, pour dire non. Lee Cheuk-yan, député prodémocratie indique clairement le sens de son vote.

Reuters

Les députés prodémocratie de Hong Kong ont fait échec jeudi 18 juin à un projet controversé de réforme électorale, un acte spectaculaire de défiance à l'égard de Pékin qui avait mis en garde contre la menace de «chaos» si le texte était rejeté.

Seuls huit députés ont voté pour le texte, 28 votant contre, dont la totalité des 27 parlementaires prodémocrates.

Le projet devait recueillir la majorité des deux tiers des 70 voix au Conseil législatif (Legco, le Parlement local) pour avoir force de loi.

Des cris de joie

«Le message que nous envoyons au gouvernement central du peuple (le gouvernement chinois, NDLR) et au gouvernement de Hong Kong est que les Hongkongais n'acceptent pas la parodie de démocratie», a déclaré le président du Civic Party, Alan Leong.

A l'extérieur du Parlement, une centaine de militants prodémocratie ont accueilli la victoire du «non» par des cris de joie.

«Je suis super content!», s'écriait Ken Tsang, un informaticien de 30 ans, en fustigeant un texte «non démocratique» fait «pour ceux qui sont déjà au pouvoir».

Le texte devait recueillir la majorité des deux tiers des 70 voix au Conseil législatif (Legco, le Parlement local) pour avoir force de loi.

La colère d'une partie des parlementaires pro-Pékin

Comme ils l'avaient annoncé, les 27 députés prodémocratie ont voté contre, provoquant la colère d'une partie des parlementaires pro-Pékin qui ont aussitôt quitté l'hémicycle. Un député loyaliste a tourné casaque et également voté contre, seuls huit députés votant en faveur du texte.

«Ce texte n'a pas recueilli la majorité des deux-tiers des voix», a résumé Jasper Tsang, le président du Legco. «J'annonce que le texte a fait l'objet d'un véto».

Les députés pro-Pékin sont sortis lorsque le président du Parlement a décidé de rejeter leur demande de suspension de séance.

«Nous n'avons aucune idée de ce qui s'est passé avec le reste du groupe qui a décidé tout d'un coup de quitter l'enceinte» du Legco, a déploré James Tien, du Parti libéral progouvernemental. «Nous avons décidé de rester et voter contre».

Un suffrage universel

Le projet de réforme prévoyait pour la première fois d'instaurer le suffrage universel alors que le chef du gouvernement local est actuellement désigné par un collège de grands électeurs loyal à Pékin.

Mais le Parti communiste chinois (PCC) se réservait le contrôle du processus puisque seuls deux ou trois candidats adoubés par un comité aux ordres auraient été autorisés à se présenter.

Les divisions politiques ont éclaté au grand jour à l'automne 2014 lorsque des dizaines de milliers de militants prodémocratie ont paralysé une partie de la ville plus de deux mois durant, donnant naissance au désormais célèbre «Mouvement des parapluies».

Ils dénoncent un travestissement de la démocratie mais le gouvernement de Hong Kong a répété à maintes reprises que le projet était à prendre ou à laisser. Aucune nouvelle négociation n'étant envisagée à ce stade, l'impasse politique est totale.

Un risque calculé de la part des parlementaires prodémocratie.

Un facteur de déstabilisation

«Même si nous n'obtenons pas un véritable suffrage universel, tant que nous n'abandonnons pas le combat, nous n'avons pas perdu», déclarait ainsi le député Gary Fan du mouvement des Néo-Démocrates avant le vote.

Les députés pro-Pékin n'ont eu de cesse au contraire de faire valoir que ce projet représentait une avancée, que le rejeter priverait les Hongkongais de l'occasion de voter et serait un facteur de déstabilisation supplémentaire.

«Si ce projet fait l'objet d'un véto aujourd'hui, alors que se passera-t-il ensuite? Y aura-t-il un nouveau Occupy?», a demandé Elizabeth Quat, membre de l'Alliance démocratique pour l'avancement de Hong Kong, un mouvement pro-Pékin. Elle faisait référence à l'occupation par le mouvement prodémocratie à l'automne de quartiers entiers de la ville réputée être un haut lieu de la finance internationale. «Ou y aura-t-il d'autres bombes, d'autres armes destinées à concocter une révolte sanglante?».

Le vote s'est déroulé dans un climat troublé par l'annonce lundi de la mise en échec d'un complot présumé et l'arrestation de dix personnes dont l'une au moins, selon la police, revendiquait son appartenance à un «groupe radical local».

Inculpés de conspiration

Six d'entre elles ont été inculpées de conspiration en vue de la fabrication d'explosifs, dont cinq ont été placées en détention provisoire.

La presse a évoqué un obscure groupuscule, le Parti national indépendant (PNI), né en janvier dans la mouvance dite «localiste» qui veut prendre ses distances avec Pékin.

Ces arrestations suscitent méfiance et perplexité au sein du camp prodémocratie qui craint un coup monté pour discréditer son combat.

D'après le quotidien South China Morning Post, les suspects ont accusé les policiers de les avoir passés à tabac ou menacés, lors de leur comparution devant la justice mercredi.

(AFP)

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