Berne – Le Parti socialiste lance une initiative en faveur des crèches
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BerneLe Parti socialiste lance une initiative en faveur des crèches

Le texte, présenté mardi à Berne, réclame des structures d’accueil de qualité et abordables pour toutes les familles, le seul moyen d’améliorer la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle et de renforcer l’égalité homme-femme.

par
Christine Talos
Le choix d’une prise en charge extra-familiale des enfants se heurte actuellement souvent à un manque de places.

Le choix d’une prise en charge extra-familiale des enfants se heurte actuellement souvent à un manque de places.

Anna-Tia Buss/Tamedia

En cette Journée de la femme, un comité interpartis emmené par le PS, a lancé ce mardi, à Berne, une initiative populaire sur les crèches. Le texte demande que chaque enfant qui a besoin d’une place d’accueil extra-familiale doit y avoir droit. Ce principe doit être inscrit dans la Constitution. Les cantons doivent créer une offre suffisante, dont les coûts doivent être pris en charge jusqu’aux deux tiers par la Confédération. En outre, les parents ne devront pas consacrer plus de 10% du revenu familial à l’accueil extra-familial.

«Une garde d’enfants de qualité et abordable est une condition essentielle pour l’égalité, car elle contribue à une meilleure conciliation de la vie familiale et professionnelle», a relevé Mattea Meyer, coprésidente du PS Suisse. Aujourd’hui, les femmes assument la majeure partie de travail de «care» non rémunéré, avec pour conséquence qu’elles gagnent moins et qu’elles auront plus tard une retraite moins élevée, a expliqué Valérie Piller-Carrard (PS/FR). «Chaque année, elles gagnent 100 milliards de francs de moins que les hommes, alors qu’elles travaillent le même nombre d’heures», a ajouté la conseillère nationale et coprésidente des Femmes socialistes suisses, Tamara Funiciello (BE) .

Ce que réclame l’initiative

  • Chaque enfant qui a besoin d’une place d’accueil doit avoir droit à une telle place.

  • Les cantons sont tenus de mettre en place une offre d’accueil extra-familial suffisante et de qualité, tant dans le domaine de la petite enfance que dans celui de l’école.

  • Les frais de prise en charge ne doivent pas dépasser 10% du revenu des parents (indépendamment du nombre d’enfants). Les tarifs sont adaptés en fonction de leur capacité économique.

  • Les conditions de travail et les salaires du personnel dans le domaine de l’accueil doivent être améliorés.

Pour de nombreux parents, pouvoir concilier famille et travail est un souhait, voire une nécessité. «Or, le choix d’une prise en charge extra-familiale des enfants se heurte souvent à un manque de places, notamment dans les zones rurales et les agglomérations», a encore souligné Valérie Piller-Carrard.

«La crise du Covid a montré à quel point l’accueil extra-familial et parascolaire des enfants était important, et à quelle vitesse ces structures peuvent se retrouver menacées dans leur existence. Même en mode de télétravail, il n’est pas possible de prendre en charge des enfants tout en effectuant ses activités professionnelles», a relevé Katharina Prelicz-Huber (Verts/ZH).

Un service public gratuit

L’objectif est donc d’avoir un accueil extra-familial et parascolaire gratuit pour tous les enfants en tant que prestation de service public, dès la fin du congé maternité et jusqu’à la fin de l’école obligatoire, a-t-elle expliqué. Cet investissement serait refinancé grâce à une activité professionnelle accrue des parents, notamment des femmes, et grâce à une augmentation des recettes fiscales résultant de cette hausse des activités rémunérées.

L’initiative est aussi intéressante sur le plan économique, car elle permet de lutter contre la pénurie de personnel qualifié. «Il est effrayant de constater que nous nous permettons de renoncer à d’innombrables femmes qui souhaiteraient travailler davantage», a déclaré le conseiller national Martin Landolt (Centre/GL). L’élu a rappelé ainsi que le texte contribuerait à lutter contre la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Interrogé sur sa présence, mardi, à la table des initiants plutôt de gauche, il a répondu qu’il n’adhérait pas à la culture à Berne, qui consistait à rejeter des idées quand elles étaient bonnes…

La Suisse mauvaise élève

Les initiations ont également relevé que la Suisse occupe la queue du classement en matière de dépenses publiques pour l’éducation et l’accueil des plus jeunes enfants. Notre pays n’y consacre en effet que 0,1% de son PIB, soit bien moins que la moyenne des pays de l’OCDE (0,8%) et très très loin des leaders en la matière, soit les pays scandinaves (2%). «Pour un pays riche comme la Suisse et dont les ressources résident dans des personnes disposant d’une formation professionnelle de qualité, cet investissement dans l’accueil de l’enfance devrait être impératif, dans l’intérêt des enfants, de l’économie et de la paix sociale», a conclu Katharina Prelicz-Huber.

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