Jura bernois: Le patriarche horloger devient citoyen d’honneur

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Jura bernoisLe patriarche horloger devient citoyen d’honneur

Avec ses 29 passeports, l’ancien directeur de la marque horlogère Longines a été remercié jeudi soir dans sa commune pour l’avoir fait rayonner dans le monde entier.

par
Vincent Donzé
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Walter von Känel aura-t-il son buste à côté de celui d’Ernest Francillon, fondateur de Longines? «On travaille; on n’est pas dans l’Histoire!» a-t-il dit un jour au matin.ch.

Walter von Känel aura-t-il son buste à côté de celui d’Ernest Francillon, fondateur de Longines? «On travaille; on n’est pas dans l’Histoire!» a-t-il dit un jour au matin.ch.

lematin.ch/Vincent Donzé
Les officialités se sont déroulées à la salle de spectacle de St-Imier, en présence des autorités politiques, militaires et culturelles.

Les officialités se sont déroulées à la salle de spectacle de St-Imier, en présence des autorités politiques, militaires et culturelles.

lematin.ch/Vincent Donzé
Walter von Känel en homme-orchestre. «Qu’est-ce que j’ai dit comme connerie?» demandera-t-il lors de son allocution.

Walter von Känel en homme-orchestre. «Qu’est-ce que j’ai dit comme connerie?» demandera-t-il lors de son allocution.

lematin.ch/Vincent Donzé

Retraité depuis deux ans, l’ancien directeur de la marque horlogère Longines a été nommé jeudi soir à St-Imier citoyen d’honneur de sa commune pour l’avoir fait «rayonner dans le monde entier». Celui qu’on appelle le chef, von K., le colonel ou Walter avait prévenu les autorités communales: «Pas de rue ni de place à mon nom de mon vivant!».

À 81 ans, cet ancien horloger qui incarne la marque au sablier ailé vit désormais dans sa villa, avec son épouse Yvette qui était… sa téléphoniste, rencontrée sur les bancs d’école. Elle était à ses côtés, jeudi soir à la salle de spectacle, pour la remise du diplôme de citoyen d’honneur, une première dans cette commune de 5100 habitants.

Sourcils en bataille

Fin connaisseur des marchés, infatigable voyageur, Walter von Känel a quitté son poste à 78 ans, après 51 ans passés au sein de l’entreprise horlogère. Le patriarche semblait inusable et cette impression s’est confirmée ce jeudi soir, sourcils toujours en bataille.

On le décrivait «paternaliste, chaleureux, hypnotique» et c’est toujours le cas. Dans l’annuaire téléphonique, il est resté «employé de commerce», une profession qu’il a notamment exercée à l’Office fédéral des douanes. Que de chemin parcouru depuis sa naissance sur sol allemand en 1941!

Camp du Mail

Le petit Walter a été rapatrié à la fin de la guerre à Renan, d’où venaient ses parents. Le «Dictionnaire du Jura» rapporte que sa famille a été mise en quarantaine au camp du Mail à Neuchâtel, pour s’établir ensuite dans une ferme à Renan que son grand-père paysan avait quitté en 1926 pour un travail de chef vacher à Mecklenburg (D).

Dans son habit d’apprenti de commerce, à La Chaux-de-Fonds (NE), son salaire mensuel était de 47 fr. 65. Assistant au service des ventes de Longines en 1969, grâce à son épouse, il en est devenu le directeur en 1988. Au sein d’une compagnie qui pesait un milliard de francs par an, dans une gamme de prix compris entre 1000 et 3000 francs, son expérience était inégalable.

Vodka ou saké

L’homme aux 29 passeports s’est rendu 400 fois en Chine dès 1971 et 120 fois en Russie en 1974. Dernier couché et premier debout, il a traversé les crises horlogères en concluant un contrat par une vodka ou un saké. Son universalité l’a conduit à appeler ses enfants Dave et Peggy.

Walter von Känel est un colonel d’infanterie qui répond «Présent!» quand on prononce son nom. C’était encore le cas ce jeudi soir. Sa passion pour l’histoire régionale a fait de ce colonel l’instigateur d’un projet de Musée militaire à Saint-Imier consacré aux troupes jurassiennes, autour du régiment d’infanterie 9 qu’il a commandé.

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Le marché des montres est confronté à la concurrence américaine, des usines s’installent et les ouvriers s’associent, les machines modifient les conditions du travail à domicile traditionnel; la mobilité de la main-d’œuvre en témoigne.

Le marché des montres est confronté à la concurrence américaine, des usines s’installent et les ouvriers s’associent, les machines modifient les conditions du travail à domicile traditionnel; la mobilité de la main-d’œuvre en témoigne.

Intervalles
Le train arrive à St-Imier en 1874, reliant petit à petit La Chaux-de-Fonds à Bienne et aux grandes lignes de chemin de fer.

Le train arrive à St-Imier en 1874, reliant petit à petit La Chaux-de-Fonds à Bienne et aux grandes lignes de chemin de fer.

Intervalles
Déballage du 123e numéro de la revue «Intervalles», jeudi à 17 h 30, à St-Imier.

Déballage du 123e numéro de la revue «Intervalles», jeudi à 17 h 30, à St-Imier.

lematin.ch/Vincent Donzé

Longines ayant été créé en 1867, cette compagnie s’est développée en même temps que l’anarchisme, dans le vallon de St-Imier. Futur conseiller national radical, le patron de Longines Ernest Francillon ne tolérait pas la présence du mouvement ouvrier au sein de son usine: il a interdit à ses employés d’être membres de l’Internationale.

Hasard du calendrier, une cérémonie organisée à St-Imier s’est déroulée 150 ans exactement après la naissance dans la même cité du mouvement anarchiste. Le 15 septembre 1872, 15 dissidents de l’Association internationale des travailleurs dirigée par Karl Marx fondaient «l’Internationale antiautoritaire». L’historien Florian Eitel a publié une vaste recherche à cette occasion, dans la revue «Intervalles».

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