Actualisé 13.01.2020 à 11:09

ÉgliseLe père abuseur Preynat devant la justice des hommes

Prévu lundi, le procès civil de l'ex-prêtre de Lyon, Bernard Preynat, accusé d'abus sur une centaine d'enfants, s'ouvrira mardi. Une histoire bien sordide pour l'Eglise catholique.

par
lematin.ch
Un scène du film «Grâce à Dieu» de François Ozon. Il raconte le combat de trois hommes pour faire éclater la vérité au sujet des abus du prêtre et aumônier scout Bernard Preynat.

Un scène du film «Grâce à Dieu» de François Ozon. Il raconte le combat de trois hommes pour faire éclater la vérité au sujet des abus du prêtre et aumônier scout Bernard Preynat.

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En quelques années, le prêtre Bernard Preynat, 74 ans, s'est fait un nom, mais pas dans le bon sens du terme. Il incarne aujourd'hui l’archétype de ce que l'Eglise catholique a de moins reluisant dans ses rangs en terme d'abuseurs. Après avoir perdu son statut de prêtre l'année dernière – sanction la plus grave prononcée par ses pairs – il sera dès mardi face à la justice des hommes devant le Tribunal de Lyon. Un procès qui devait s'ouvrir lundi mais repoussé à la demande de plusieurs avocats, dont certains grévistes. Il est accusé par une dizaine de personnes qui ont été autant d'enfants abusés dans les années 80. En tout, une centaine de victimes ont été identifiées dans cette affaire, mais bien des faits sont prescrits.

25 ans de silence

Bernard Preynat est une sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde. D'un côté c'est un prêtre avec une forte personnalité qui a la confiance des parents, grand, imposant et autoritaire. De l'autre, c'est un abuseur sournois, un diable qui joue avec les têtes blondes qu'on lui confie, sachant que leur parole contre la sienne ne pèse pas lourd. Même lorsque il a été dénoncé en 1991 par des parents, l'Eglise s'est contentée de le déplacer. Une attitude qui causera la chute du Cardinal Barbarin, le Primat des Gaules, accusé d'avoir gardé le silence. Pour cela, il a été condamné l'année dernière à six mois de prison avec sursis.

«Grâce à Dieu»

Pendant 25 ans, une omerta va entourer les agissements du père Preynat. Mais en 2015, des victimes se réunissent et veulent faire éclater la vérité, comme le raconte le film de François Ozon, «Grâce à Dieu», sorti l'année dernière non sans mal. Celui-ci retrace l'histoire, douloureuse souvent, de l'association «La parole libérée» et des hommes qui ont réussi à mettre Bernard Preynat face à ses actes, qu'il a finalement reconnus.

Jusqu'à dix ans de prison

Dans son procès, qui doit se tenir jusqu'à vendredi, le père déchu risque jusqu'à dix ans de prison. En décembre 2018, le tribunal de Saint-Etienne avait condamné le père Régis Peyrard à six mois de prison ferme pour le même type de faits. Pour certaines victimes, un sursis n'est pas envisageable. La miséricorde n'est plus de ce monde.

Eric Felley

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