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IndeLe père de l'étudiante violée veut révéler son nom

Pour donner du courage à toutes les femmes, le père de la victime du viol collectif qui a bouleversé l'Inde souhaite que le nom de sa fille soit rendu public.

Un mouvement de soutien et de défense des femmes victimes d'agressions sexuelles a émergé en Inde après le décès de la jeune étudiante.

Un mouvement de soutien et de défense des femmes victimes d'agressions sexuelles a émergé en Inde après le décès de la jeune étudiante.

Keystone

Le père de la jeune étudiante indienne décédée des suites d'un viol en réunion à New Delhi veut que le nom de sa fille soit rendu public dans un entretien publié par le journal britannique Sunday People. Il souhaite aider les victimes d'agressions.

L'agression et le viol collectif dans un bus le 16 décembre de cette étudiante en médecine de 23 ans ont soulevé une vague d'indignation sans précédent et ouvert un débat national sur les violences faites aux femmes en Inde, où un viol est signalé aux autorités toutes les vingt minutes en moyenne. La jeune femme est décédée le 29 décembre dans un hôpital de Singapour.

«Nous voulons que le monde connaisse son véritable nom», a déclaré le père de la jeune femme. «Ma fille n'a rien fait de mal, elle est morte en essayant de se protéger. Je suis fier d'elle. La révélation de son nom donnera du courage aux femmes qui ont survécu à ce type d'agression», a-t-il ajouté.

Le Sunday People publie l'identité du père et de sa fille, en précisant que le père l'a autorisé à le faire, mais ajoute qu'il ne publiera pas de photo de la jeune fille à la demande de la famille.

Demande d'une loi

Le père de la jeune étudiante a déclaré qu'il n'avait pas d'objection à l'utilisation du nom de sa fille par les médias

Le père de l'étudiante s'est déjà exprimé auprès de la presse indienne. Il a souhaité cette semaine que les auteurs de l'agression soient condamnés à la pendaison et qu'une nouvelle loi sur les crimes sexuels porte le nom de sa fille.

La révélation de l'identité des victimes d'agressions sexuelles est en principe interdite en Inde dans un but de protection de leur vie privée, notamment vis-à-vis des médias, dans une société où la stigmatisation liée au viol peut être dévastatrice.

Mais des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour demander la révélation du nom des victimes. La semaine dernière, le ministre pour le Développement des ressources humaines Shashi Tharoor s'est interrogé sur l'intérêt de maintenir l'anonymat dans cette affaire et a suggéré une modification de la législation en matière de viol.

Vêtements évoqués

En s'appuyant sur la loi, la police indienne a entamé des poursuites contre la chaîne de télévision Zee News après une interview avec l'ami de la victime qui se trouvait avec elle pendant son agression.

L'un des procureurs chargés de l'affaire, Rajiv Mohan, a fait savoir que l'ADN du sang de la jeune femme correspondait à celui recueilli sur les vêtements des suspects. L'un d'eux aurait tenté de brûler ses habits pour faire disparaître les traces d'ADN.

Le magistrat a indiqué à Reuters que la police et le parquet n'avaient nullement l'intention de révéler l'identité de la victime.

Accusation

Six hommes, dont un mineur, ont été arrêtés dans le cadre de l'enquête. Les cinq agresseurs majeurs ont été formellement inculpés jeudi de viol et de meurtre. Le sixième sera jugé par un tribunal pour enfants.

L'affaire de viol collectif a de nouveau été examinée samedi par la justice et les cinq agresseurs majeurs devront comparaître lundi.

Le petit ami de la victime, 28 ans, grièvement blessé alors qu'il tentait d'empêcher l'agression qui a profondément choqué le pays, est pour la première fois sorti de son silence vendredi, dénonçant sur Zee News le temps perdu par la police et l'indifférence des passants.

La police se défend

Pendant une trentaine de minutes, les passants ont tout simplement ignoré le couple, en sang, qui venait d'être jeté de l'autobus après un calvaire de près d'une heure, a-t-il dit.

Il a aussi critiqué le temps perdu par la police pour savoir qui était compétent pour se saisir de l'affaire. Selon lui, il a fallu 90 minutes pour que le couple arrive à l'hôpital. «Pour quelqu'un en train de mourir, chaque minute compte», a-t-il insisté.

Un policier du quartier où le couple a été retrouvé, Vivek Gogia, a assuré que les ordinateurs de contrôle montraient qu'une équipe était arrivée sur les lieux six minutes après avoir reçu un appel d'urgence et que le couple était arrivé à l'hôpital 28 minutes plus tard.

(ats)

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