Justice: Le père du garçon tué dans un lave-linge a tout oublié
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JusticeLe père du garçon tué dans un lave-linge a tout oublié

A l'ouverture de son procès devant les assises, le père du petit Bastien, accusé d'avoir tué son fils en l'enfermant dans un lave-linge, a affirmé ne se souvenir de rien.

La Cour d'Assises à Melun où sont exposées les preuves liées à la mort de Bastien, 3 ans.

La Cour d'Assises à Melun où sont exposées les preuves liées à la mort de Bastien, 3 ans.

AFP

Amnésie ou stratégie de défense? «Pour le moment, je ne me souviens de rien du tout de la journée du 25» novembre 2011, a répondu C. C., 37 ans, à la présidente de la cour, Catherine Katz, qui lui demandait de préciser son «positionnement» par rapport à ce crime.

Car le principal accusé a beaucoup varié dans ses dépositions au cours de l'enquête, affirmant d'abord que son fils était tombé dans l'escalier, puis accusant sa compagne de l'avoir mis dans la machine à laver avant d'admettre qu'il était «possible» qu'il l'ait fait et de plaider enfin la «surdose» médicamenteuse.

Poursuivie pour complicité de meurtre et violences, la mère de l'enfant décédé, 29 ans, qui comparaît libre, s'est contentée d'affirmer: «Pour moi, il n'y a pas de complicité».

Le 28 novembre 2011 en fin de journée, le Samu de Seine-et-Marne reçoit un appel de du père de l'enfant, habitant à Germigny-l'Evêque, qui explique qu'il a un «petit souci» car son fils de 3 ans est tombé dans les escaliers. Il ajoute qu'il lui a donné un bain pour le rafraîchir et qu'il a dû se noyer car de l'eau sort de sa bouche.

La sœur aînée de la victime, âgée de 5 ans, déclare au médecin que «Papa a mis Bastien dans la machine à laver car il fait des bêtises à l'école», une version qu'elle maintiendra tout au long de l'enquête.

Essorage puis lavage

Quant à la mère, elle soutient pendant sa garde à vue avoir vu son compagnon placer le petit dans la machine - une 5-6 kg dont le chargement se faisait par le haut - puis avoir mis la machine en route, d'abord en mode essorage, puis en mode lavage.

Pendant ce temps, tandis que C. C. surfait sur internet, elle avait fait un puzzle avec sa fille, avait-elle raconté aux enquêteurs, ajoutant qu'elle avait entendu son fils crier pendant 5 minutes jusqu'à ce que son compagnon le sorte de la machine et déclare, en constatant qu'il ne respirait plus: «Comme ça, il ne nous emmerdera plus».

«Je suis là pour défendre quelqu'un qui passe pour avoir commis un acte monstrueux mais qui n'est pas un monstre, qui est une personne qui appartient à notre communauté à tous», a affirmé son avocat Me Jean-Christophe Ramadier avant l'ouverture du procès, dont le verdict est attendu vendredi.

Quant à la mère du petit Bastien, c'est une «femme brisée, qui a perdu un enfant qu'elle aimait» mais qu'elle n'a pas été capable de protéger en raison de la «peur» que lui inspirait son conjoint, a indiqué Gérard Zbili, son avocat.

Du quart monde

C'est «un dossier qui relève selon l'expression consacrée du quart monde», a-t-il ajouté.

Plusieurs associations de protection des droits de l'enfant se sont constituées partie civile.

La famille de Bastien était suivie depuis 2006 par les services sociaux dont la responsabilité sera également examinée car trois «signalements de mineur en danger» et neuf «informations préoccupantes» avait été effectués par divers intervenants avant le drame.

«Ce n'est pas un acte isolé, ce n'est pas un ras-le-bol, ce n'est pas un coup de sang, ce n'est pas un coup de folie, c'est l'ultime acte de violence sur un enfant qui a toujours été maltraité», a dénoncé Isabelle Steyer, avocate de La Voix de l'enfant, s'étonnant que Bastien soit «passé entre toutes les mailles du filet».

L'instruction a permis d'établir que le garçonnet aux boucles blondes était régulièrement battu par son père, gros consommateur de cannabis et d'alcool, qui avait aussi pour habitude de l'enfermer dans un placard et menaçait de le «balancer par la fenêtre» du 2e étage.

(AFP)

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