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JusticeLe pirate de l'air reste en Suisse

La Suisse a refusé d'extrader le copilote qui avait détourné son avion. Il pourrait même devenir un réfugié.

par
Renaud Michiels

Pour H. A., c'est une bonne nouvelle. Le copilote éthiopien qui a détourné son avion sur Genève en février dernier ne sera pas renvoyé vers son pays. Les médias éthiopiens rapportent que la Suisse a rejeté la demande d'extradition venue d'Ethiopie. Une information que nous confirme Folco Galli, responsable de la communication de l'Office fédéral de la justice (OFJ). «Nous avons informé les autorités éthiopiennes qu'une procédure pénale est actuellement ouverte en Suisse contre le copilote de l'aéronef d'Ethiopian Airlines pour les mêmes faits que ceux mentionnés dans la demande d'extradition. Par conséquent, l'OFJ a refusé la demande d'extradition éthiopienne.»

Quel sort après le procès?

Le cas du pirate de l'air de 30 ans est entre les mains du Ministère public de la Confédération. L'homme sera donc bien jugé en Suisse. Et purgera sa peine ici. Et après? Le résultat pourrait être plutôt surprenant. Après avoir détourné son propre avion, H. A. s'était posé à Genève. Il était descendu du cockpit à l'aide d'une corde et avait immédiatement lancé: «Je demande l'asile politique en Suisse.» Au final, il a peu de chances de l'obtenir. Mais pourrait pourtant bien rester en Suisse. «On peut imaginer qu'il a probablement déjà déposé une demande d'asile auprès de l'Office fédéral des migrations», note Michael Pfeiffer, juriste à l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR). Une demande qui sera normalement évaluée au terme de la peine de prison du pirate.

Sans préjuger du futur, voilà ce qui pourrait ensuite se passer. Pour le spécialiste, il est probable que la demande soit rejetée du fait de l'article 8 de la loi sur l'asile, qui précise qu'il n'est pas accordé «à l'étranger qui en paraît indigne en raison d'actes répréhensibles». Or détourner un Boeing avec près de 200 passagers à bord est manifestement répréhensible…

Pas d'asile, mais pas expulsé non plus. Au nom de la Convention européenne des droits de l'homme, la Suisse ne peut pas renvoyer le copilote s'il risque des mauvais traitements dans son pays. Or le gouvernement éthiopien n'offre actuellement que peu de garanties du respect des droits de l'homme. Surtout, il a publiquement taxé le copilote de «traître» et semble vouloir le traîner en justice même en son absence. Le Ministère public éthiopien l'a récemment inculpé pour «détournement d'un avion en vol» et «mise en danger d'un avion en vol». De quoi l'envoyer en prison pour des décennies. Si la situation ne change pas, le copilote pourrait donc ne pas être expulsable. Le pirate obtiendrait alors une admission provisoire et un statut de réfugié.

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