Football: Le plan de CC pour sauver le foot suisse

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FootballLe plan de CC pour sauver le foot suisse

Partisan d'une annulation de la saison, Christian Constantin milite pour une potentielle reprise en 2021. Pour le patron du FC Sion, il y aurait aussi lieu de protéger le patrimoine des clubs.

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Sport-Center
Le plan de CC est simple: ne pas rejouer avant l'année prochaine.

Le plan de CC est simple: ne pas rejouer avant l'année prochaine.

Keystone

Pourra-t-on encore rejouer au football en Suisse, espérer terminer la saison et si oui, à partir de quand et comment? Dans notre pays comme partout ailleurs, on esquisse des plans de reprise, on échafaude des scénarios, on imagine des solutions de sortie de crise... Tout cela reste suspendu aux décisions du Conseil Fédéral, qui pourrait annoncer ce jeudi la levée de quelque-unes des restrictions actuelles sans que l'on sache si ce déconfinement partiel concernera aussi le monde du sport.

Suffisamment pour voir le ballon rouler à nouveau? Christian Constantin n'y croit pas un seul instant. «La saison est morte, assène-t-il. Comme une course de ski annulée à cause du brouillard. Et s'il faut désigner un champion, validons le classement actuel, et basta. Au-delà de l'exercice actuel, l'année entière est bousillée. Il faut arrêter de rêvasser, mais affronter la réalité sanitaire en face.»

Rejouer à tout prix coûte trop cher

Hostile à la tenue de matches à huis clos - donc sans recettes parce que sans spectateurs -, le patron du FC Sion exclut une telle perspective. «Jouer sans public, ça veut dire ne pas jouer, estime notre interlocuteur. Or, chaque mois supplémentaire coûte une rallonge de 25 millions au football suisse. Vouloir rejouer à tout prix coûte trop cher. Personne ne fait d'heures supplémentaires gratuitement. Au lieu d'inciter les Fédérations à reprendre les championnats par tous les moyens en accentuant la pression, l'UEFA serait plus inspirée de sauvegarder le bilan économique de ses clubs. Compte tenu des enjeux colossaux liés aux droits TV, pourquoi ni les dirigeants de l'instance européenne ni ceux de la Swiss Football League n'ont-ils d'ailleurs souscrit d'assurances par rapport à une pandémie? Wimbledon l'a fait, le CIO l'a fait, les Mondiaux de hockey en Suisse l'ont fait.»

Dans son argumentaire, Constantin met en avant le risque sanitaire. «Le football a tout pour aider le virus à se propager. Alors que l'on exhorte les gens à ne pas se rapprocher les uns des autres, comment imaginer maintenir une distance sociale de 2 mètres dans un sport où le duel physique fait partie de la composante? Je ne suis pas certain non plus que les joueurs aient une monstre envie de mettre leur vie en danger.»

Pas de vaccin, pas de sport...

Pour le boss de Tourbillon, adepte de la théorie du vaccin, il n'y a plus lieu de tergiverser. «Tant que l'on n'aura pas un vaccin à disposition, on ne pourra pas envisager de reprendre sérieusement n'importe quelle activité événementielle, et aucun plan concret ne pourra voir le jour, y compris dans le sport.»

Aussi l'intéressé préfère-t-il se projeter sur 2021 plutôt que de bricoler des scénarios improbables pour les mois à venir. «Mon plan théorique, ce serait de viser une reprise pour le début de l'année prochaine, et d'aligner ensuite les championnats durant au moins deux ans sur le calendrier civil, afin d'être en phase avec le Mondial 2022 au Qatar. Cela suppose aussi de réinventer les Coupes européennes.»

Comme on évoque le cas de ces équipes ayant déjà parcimonieusement repris l'entraînement (c'est notamment le cas en Allemagne, avec des mesures d'hygiène drastiques), Constantin coupe court: «Moi aussi, je m'entraîne en solitaire, dans mon coin. De là à faire une équipe de foot… On joue toujours à 11 contre 11 ou le règlement a changé?»

Pour le président de Tourbillon, la priorité doit consister à assurer la survie des clubs eux-mêmes. «Dans les transferts, on devrait revenir à la situation qui prévalait avant l'arrêt Bosman, sinon c'est la faillite du foot. A moins d'instaurer le retour au semi-professionnalisme, avec des joueurs qui travailleraient à côté. (…) Aujourd'hui, trop de joueurs partent libres, sans indemnités reversées aux clubs. En raison du flou entourant ce qui se passera au-delà du 30 juin, la crainte existe de voir nombre de clubs perdre leur patrimoine, qui consiste dans la valeur des joueurs. Avec une économie à terre, c'est tout le football qui se retrouve aux soins intensifs. Si les dirigeants de l'UEFA veulent sauver le foot, ils doivent faire en sorte de protéger le patrimoine des clubs.»

Voilà qui ,pour l'heure, ressemble à un vœu pieux. «Si l'on veut tuer le produit foot, il n'y a qu'à continuer comme ça, sans rien changer.»

Nicolas Jacquier

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