Algérie - Le pouvoir serre la vis à la veille des législatives
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AlgérieLe pouvoir serre la vis à la veille des législatives

Ce samedi, l’Algérie vivra à l’heure des législatives. Un scrutin sous haute tension, des membres du mouvement contestataire du Hirak ayant été placés en détention.

L’Algérie vit des heures mouvementées…

L’Algérie vit des heures mouvementées…

Reuters

La capitale Alger était bouclée, ce vendredi, jour de marche hebdomadaire du Hirak, après un coup de filet visant des figures du mouvement contestataire en Algérie, à la veille d’élections législatives censées apporter une nouvelle légitimité au pouvoir.

Selon Saïd Salhi, vice-président de la Ligue pour la défense des droits de l’homme (LADDH), les forces de sécurité ont procédé à sept arrestations et gardes à vue jeudi soir: cinq à Alger, une à Sétif (nord-est) et une à Oran (nord-ouest). Il a dit en ignorer les motifs.

«Climat de terreur»

Parmi les personnes interpellées à Alger figurent l’opposant Karim Tabbou, Ihsane El Kadi, directeur du site en ligne Maghreb Emergent et de Radio M, proches du Hirak, et le journaliste indépendant Khaled Drareni, qui collabore à cette station. «Ce climat de répression et les restrictions des libertés et des droits humains enlèvent toute caution démocratique et tout crédit aux élections», les premières depuis la naissance du Hirak, en février 2019, a ajouté Saïd Salhi.

A l’approche du scrutin, le régime a multiplié les arrestations et les poursuites judiciaires visant opposants politiques, militants hirakistes, avocats et journalistes indépendants. Les journalistes de Radio M et de Maghreb Emergent se disent «indignés par le climat de terreur» qu’ils subissent et exigent la libération «immédiate» d’Ihsane El Kadi et de Khaled Drareni.

Dans une caserne

Ce dernier se trouvait, vendredi, au centre Antar, une caserne de la périphérie d’Alger connue pour être un lieu d’interrogatoire des services de sécurité. Après avoir couvert une manifestation du Hirak, en mars 2020, Khaled Drareni avait été condamné à deux ans de prison pour «incitation à attroupement non armé» et «atteinte à l’unité nationale».

Directeur du site d’information Casbah Tribune et correspondant en Algérie pour la chaîne francophone TV5 Monde et pour Reporters sans frontières (RSF), il avait été remis en liberté provisoire en février, et attend depuis un nouveau procès.

Figure très populaire

Karim Tabbou et Ihsane El Kadi sont également détenus à la caserne militaire Antar, selon des avocats. Le premier avait été libéré le 29 avril, sous contrôle judiciaire, après une altercation avec Bouzid Lazhari, le président du Conseil national des droits de l’homme (CNDH), un organisme officiel. Emprisonné de septembre 2019 à juillet 2020, Karim Tabbou est une figure très populaire du Hirak.

Quant à Ihsane El Kadi, il a été placé sous contrôle judiciaire le 18 mai. Il est accusé, notamment, de «diffusion de fausses informations à même de porter atteinte à l’unité nationale» et de «perturbations des élections».

Code pénal modifié

Le «Journal officiel» a publié, jeudi, une ordonnance présidentielle qui modifie le Code pénal en redéfinissant les actes terroristes et en établissant une liste nationale de «personnes et entités terroristes» qui, selon les défenseurs des droits humains, pourrait servir à emprisonner de nombreux opposants, militants ou journalistes.

Jeudi, «le président Abdelmadjid Tebboune a élargi la notion de terrorisme par ordonnance pour faciliter la répression», a dénoncé, sur Twitter, le secrétaire général de RSF Christophe Deloire. Les arrestations de jeudi, qui coïncident avec le début de l’application de l’ordonnance présidentielle, ont eu lieu à 48 heures des législatives anticipées qui sont rejetées par le Hirak et une partie de l’opposition.

Affiches déchirées

Comme chaque vendredi, désormais, la police était largement déployée dans le centre d’Alger pour empêcher toute marche du Hirak, un mouvement qui réclame un changement radical du «système» politique en place depuis l’indépendance (1962).

Peu d’Algérois circulaient dans les rues et seuls les panneaux d’affichags électoraux, dont la majorité des affiches étaient déchirées, rappelaient la tenue imminente du scrutin. En revanche, plusieurs centaines de manifestants ont défilé à Tizi Ouzou et à Bejaïa, en Kabylie (nord-est), en dénonçant un «vote organisé par la clique au pouvoir».

«Les promesses se fracassent…»

Sous sa forme originelle des marches protestataires, le Hirak ne survit plus qu’en Kabylie, région berbérophone traditionnellement frondeuse. Au moins 222 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le Hirak ou les libertés individuelles, selon le CNLD.

«Les vagues promesses d’ouverture et de dialogue du président Tebboune se fracassent contre la réalité de la répression en Algérie», a déploré, vendredi, Human Rights Watch, qui dénonce une «effrayante escalade répressive».

(AFP)

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