Hockey sur glace: Le power-play suisse, analyse d'un problème
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Hockey sur glaceLe power-play suisse, analyse d'un problème

Depuis le début du tournoi, les supériorités numériques causent la perte de la Suisse. Mais il y a du mieux avant le quart de finale de ce jeudi contre le Canada (16h15).

par
Grégory Beaud
Kosice
Vivra-t-on le réveil du power-play suisse à Kosice?

Vivra-t-on le réveil du power-play suisse à Kosice?

Keystone

De 33% à 11,43%. Ce n'est pas un krach boursier qu'a vécu Patrick Fischer, mais l'effondrement du jeu de puissance de l'équipe nationale. L'an dernier, la Suisse a parfaitement su profiter des supériorités numériques pour avoir du succès lors d'un tournoi danois ponctué par une médaille d'argent à Copenhague. Pour faire simple, chaque situation était au pire très dangereuse et au mieux synonyme d'un but. Un contraste énorme avec ce que livre la sélection à croix blanche depuis son arrivée sur sol slovaque. «Et pourtant, nous faisons plus ou moins la même chose qu'en 2018, a remarqué le technicien en quête de solutions. J'ai l'impression que beaucoup de choses se jouent dans la tête.»

L'équipe le plus souvent en power-play

Pour faire simple, lorsque la Suisse marque en supériorité numérique, on est en droit d'invoquer beaucoup de choses, mais rarement le jeu parfait. Pourtant, depuis le début du tournoi, aucune autre équipe n'a généré autant de périodes de supériorité numérique (35 contre 19 pour le Canada, son adversaire du jour). Aucune formation n'a joué autant de minutes avec un homme de plus sur la glace (60'58 contre 26'31 pour le Canada). Le problème est que le taux de réussite est plus proche de la température moyenne en Slovaquie depuis le début du tournoi (il a fait froid) que d'une efficacité en supériorité numérique. A l'heure actuelle, la Suisse en est à une réussite de 11,43%. Seules trois nations - dont deux relégués - parviennent à faire pire.

Avec l'aide de deux joueurs, Lino Martschini et Gaëtan Haas, ainsi que du sélectionneur national, «Le Matin» a tenté de comprendre les maux du jeu en supériorité numérique et de se projeter sur le quart de finale de ce jeudi (16h15) contre le Canada. Analyse.

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Ce qui ne va pas

Les entrées en zone

Cette action ci-dessus l'illustre à merveille. L'équipe de Suisse perd fréquemment un temps fou à installer son jeu de puissance. Lorsque l'unité de Raphael Diaz est sur la glace, cette phase est encore plus compliquée que lorsqu'il s'agit de celle de Roman Josi. Ce dernier est tout de même plus solide dans cette exercice. Chacune de ces secondes égarées engendre un stress et une urgence supplémentaires sous les casques de l'équipe de Suisse. Un sentiment que partage Lino Martschini, membre d'une des deux unités spéciales. «Il s'agit là d'un des points-clés, analyse-t-il. Nous devons absolument éviter de trop réfléchir et de vouloir trop bien faire. Nous devons avoir confiance dans notre système et notre jeu, qu'importe ce qui arrive. Ces moments de flottement déstabilisent tout le monde et notre efficacité s'en ressent fort logiquement.»

Imprécisions et précipitation

Une bête passe paraît parfois d'une complexité incroyable à voir cette équipe de Suisse évoluer avec la boule au ventre. Sur la séquence ci-dessus, plusieurs imprécisions à la passe ou à la réception font à chaque fois perdre de précieux dixièmes dans l'exécution d'un jeu. Dès lors, toute la mécanique mise en place s'en retrouve perturbée et la défense peut systématiquement se remettre en position pour bloquer les lignes de shoot. «Nous sommes actuellement dans une spirale négative, a été obligé de concéder Patrick Fischer, le sélectionneur national. Nous parlons trop de ce problème et y pensons également trop. J'essaie de garder un état d'esprit positif malgré cela et nous travaillons beaucoup à l'aide de vidéos pour corriger nos erreurs.»

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Les notes positives

Depuis l'arrivée de Nino Niederreiter avant le dernier match face à la République tchèque, les cartes ont été redistribuées. Cette ultime rencontre, même si elle n'a pas été marquée par une amélioration statistique, a vu la Suisse être globalement mieux en place. «J'ai également ce sentiment, a admis Lino Martschini, membre de la première unité spéciale et spécialiste pur et dur du power-play. J'ai senti une plus grande simplicité dans notre façon de jouer. Ce n'était certes pas parfait, mais il y a du mieux. J'ai toujours bon espoir que nous nous trouvions pour ce quart de finale. Car le talent est là, cela ne fait aucun doute.»

Lors de ce match face aux Tchèques, Lino Martschini s'est retrouvé sur la même ligne que Nino Niederreiter. Le joueur des Carolina Hurricanes a immédiatement eu un impact positif. «Il amène cette envie d'être plus direct sur le but, concède le Zougois. Nous devons tous nous en inspirer.» Une action (vidéo ci-dessous) a vu le trio Martschini-Niederreiter-Hischier parfaitement combiner pour un petit jeu en bas de zone travaillé à l'entraînement. En a résulté une action dangereuse qui avait le poids d'un goal.

«C'est l'exemple parfait, remarque Lino Martschini. Parfois tu as des occasions comme celle-ci et tu marques sans même savoir comment le puck a terminé au fond du but. Là, cela termine sur le gardien. Mais je crois vraiment qu'il peut y avoir un effet domino si nous parvenons à trouver la solution ne serait-ce qu'une fois. A nous de tirer davantage et, surtout, de rester simple.»

La seconde unité avec notamment Kevin Fiala n'est pas en reste. L'ailier buteur s'est davantage retrouvé en bonne position lors du match face à la République tchèque qu'auparavant. A voir l'équipe s'entraîner mercredi, il y a fort à parier que la Suisse se produira selon la même composition que face aux Tchèques. Sur l'aile droite du power-play, Kevin Fiala est davantage en lumière avec, notamment, un jeu dessiné entre lui et Sven Andrighetto à travers l'enclave devant le gardien (vidéo ci-dessous). Habitués à exécuter leurs mouvement à haute vitesse en NHL, les deux hommes ont le talent nécessaire pour dynamiter n'importe quelle défense, même si le début de tournoi n'a pour l'heure pas été franchement emballant à ce niveau.

Toujours est-il que l'importance du power-play n'est plus à démontrer au moment de préparer ce match face au Canada. En cas de supériorité numérique bien maîtrisée, la Suisse aura une chance de se qualifier pour les demi-finales. Dans le cas contraire, il y a fort à parier qu'elle devra conjuguer à l'imparfait son expédition en Slovaquie. Parfois, le hockey est (presque) aussi simple que cela.

Gaëtan Haas, joueur de l'équipe de Suisse

«En club, c'est parfois la même chose. Il y a des périodes où le power-play fonctionne parfaitement durant cinq ou dix matches et puis plus rien durant cinq autres. Et pourtant tout le monde sait qu'il ne manque pas grand-chose. C'est exactement ce qui nous arrive en ce moment. Les occasions sont bel et bien là mais nous ne parvenons pas à marquer. Nous nous sommes qualifiés pour les quarts de finale sans le power-play. J'avoue que je serais très heureux si cela pouvait fonctionner maintenant contre le Canada. Face aux Tchèques, nous avons eu une ou deux grosses actions, mais il a à chaque fois manqué un petit quelque chose à la finition ou au moment de donner la dernière passe. Entre nous, il est évident que nous parlons de ce problème. Mais je ne ressens pas de panique. C'est bête à dire, mais si nous n'avions aucune action dangereuse, il faudrait probablement se poser d'autres questions. Nous ne devons pas tout remettre en question sous prétexte que cela n'a pas fonctionné sur quelques matches. Ce serait bête. Il ne faut pas paniquer et attendre le déclic. Je suis convaincu que si il se produit, nous serons dangereux.»

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