Consommation: Le PQ genevois qui plante des arbres
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ConsommationLe PQ genevois qui plante des arbres

Une start-up romande lance un abonnement en ligne de papier toilette recyclé qui contribue à la reforestation amazonienne.

par
Laura Juliano

Dans la série «Des idées pour demain», Le Matin vous présente des initiatives suisses novatrices qui proposent des modes de consommation plus écoresponsables pour prendre soin de notre environnement.

Laura Juliano – Le Matin

«AirPQ c’est le papier toilette qui plante des arbres, qui n’en coupe pas d’autres et qui vient tout seul chez vous», résume Noé Mage. C’est en visionnant un reportage sur l’impact écologique désastreux de la consommation de PQ que l’entrepreneur genevois de 30 ans a eu le déclic.

«La Suisse fait partie des plus grands consommateurs de papier toilette en Europe. En moyenne, 20 kg par personne chaque année. On ne s’en rend pas compte, mais l’impact sur l’environnement est colossal. En plus de la déforestation, le blanchiment et le traitement du papier consomment énormément d’eau. Et on le trouve habituellement dans les supermarchés, emballés dans du plastique. C’est un consommable incontournable qui est source de déchets.»

Pour proposer une alternative écoresponsable, Noé Mage s’est lancé dans la création de AirPQ. Le concept? Livrer à domicile du papier toilette 100% recyclé, non blanchi et sans emballage sur abonnement. Pour chaque colis de 45 rouleaux livré, un arbre est planté en Amazonie équatorienne, via l’ONG Ishpingo.

«Ils ont été emballés par le projet, et moi, par leur méthode de reforestation. Pour eux, il ne s’agit pas d’arriver, d’acheter un terrain et de planter une forêt. Ils vont impliquer les populations locales, planter chez les gens, faire de la sensibilisation», souligne le Genevois.

Peu après la réception du colis, le client reçoit un certificat lui indiquant la position GPS de l’arbre planté grâce à lui. Une façon pour la start-up de le remercier et de l’impliquer dans le processus. En somme, l’abonné aura déboursé 49 francs suisses pour le colis, la livraison et la plantation de l’arbre. «Cela revient à peu près à 1,10 CHF le rouleau, ce qui est équivalent à ce qu’on trouve en milieu de gamme au supermarché», note Noé Mage.

Affluence surprise

«Sans comprendre pourquoi, on avait soudainement beaucoup de gens qui s’abonnaient en février 2020, s’amuse Noé Mage. C’est là que j’ai découvert que c’était «Février sans supermarché», un mouvement écologique qui invite les Suisses à s’approvisionner durant un mois dans des petits commerces de proximités.»

Car s’il est possible de trouver une grande partie des denrées alimentaires sans passer par les grandes surfaces, pour le papier toilette, ce n’est pas si simple. «Les participants à ce défi ont trouvé la solution dans notre projet, sourit l’entrepreneur. Leïla Rölli, l’instigatrice du challenge m’a contacté et nous a aidés à nous faire connaître.»

Résultat: en près d’un an, la petite équipe a dépassé la barre des 600 abonnés.

L’initiative «Février sans supermarché» a conquis une grande communauté de Romands qui ont déserté les grandes surfaces durant un mois pour s’approvisionner chez de petits commerçants.

Laura Juliano – Le Matin

Les rouleaux écologiques sont réceptionnés par le trio de AirPQ et stockés dans un entrepôt à Vernier (GE). Mais le papier, lui, est produit dans le nord de l’Italie. «Nous aurions aimé qu’il soit fabriqué en Suisse, mais malheureusement je n’ai pas trouvé de producteur de papier toilette qui était d’accord de nous fournir du papier 100% recyclé, non blanchi et de qualité suffisante en si petite quantité, regrette Noé Mage. Car nous restons une toute petite entreprise par rapport aux géants de la distribution.»

Une solution «Covid-compatible»

Le lancement de AirPQ en février 2020 coïncide avec le début de la crise sanitaire et la ruée sur le papier toilette dans les supermarchés. Une ironie du sort qui n’a pas été source de profit pour l’entrepreneur.

«Je ne me serais jamais imaginé qu’un jour les gens se battraient pour du papier toilette, lance-t-il. On n’a pas bénéficié d’une vague et ce n’est pas ce qu’on cherche à faire. On veut surtout sensibiliser les consommateurs à leur impact environnemental. Mais il est vrai qu’aujourd’hui, notre offre se présente comme une solution pour certaines personnes à risque qui souhaitent éviter de s’exposer au virus sans pour autant faire appel aux géants de la livraison en ligne.»

À ce jour, 1800 arbres ont déjà été plantés par Ishpingo grâce aux abonnés. La start-up vise avec espoir les 5000 arbres d’ici à la fin de l’année. Elle compte étendre son réseau de clientèle aujourd’hui majoritairement romande à toute la Suisse.

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