Actualisé 15.10.2020 à 19:35

KirghizstanLe Premier ministre prend le pouvoir après dix jours de chaos

La démission du président Soroonbaï Jeenbekov et le refus du président du Parlement d’assurer l’intérim placent «de facto» le Premier ministre Sadyr Japarov à la tête du Kirghizstan.

Les manifestations ont eu raison du président Soroonbaï Jeenbekov.

Les manifestations ont eu raison du président Soroonbaï Jeenbekov.

KEYSTONE

Le Premier ministre du Kirghizstan a affirmé jeudi avoir pris le pouvoir après la démission plus tôt dans la journée du président. Ce développement ne met pas fin à la crise politique minant le pays depuis des élections contestées.

«Les pouvoirs du président et du Premier ministre m’ont été transférés», a affirmé Sadyr Japarov devant ses partisans. Il a expliqué que la démission du président Soroonbaï Jeenbekov et le refus du président du Parlement d’assurer l’intérim le plaçaient de facto à la tête du Kirghizstan.

Ce pays d’Asie centrale est plongé dans une profonde crise depuis les élections législatives du 4 octobre. Remportées par des formations proches du désormais ex-chef de l’Etat, elles ont déclenché une vague de manifestations violentes ayant fait un mort et 1200 blessés.

Peu après leur annonce et les premiers heurts, les résultats du scrutin, discrédités du fait de graves soupçons d’achats de voix, ont été annulés, ce qui n’a pas pour autant stabilisé le Kirghizstan et poussé M. Jeenbekov vers la sortie.

«Je ne m’accroche pas au pouvoir, je ne veux pas entrer dans l’Histoire du Kirghizstan comme le président qui a fait couler le sang en tirant sur ses concitoyens. C’est pourquoi j’ai décidé de démissionner», a-t-il déclaré jeudi, selon la présidence de cette ex-république soviétique frontalière de la Chine.

Réputation sulfureuse

Il avait promis la semaine dernière de se retirer du pouvoir une fois le calme revenu mais avait ajouté mercredi qu’il attendrait la tenue de nouvelles élections législatives. Il avait aussi reçu le soutien de la Russie, principale puissance de l’Asie centrale post-soviétique et qui dispose d’une base militaire au Kirghizstan.

Finalement, M. Jeenbekov a dû se résoudre à démissionner dès jeudi sous la pression de Sadyr Japarov, Premier ministre nouvellement élu par le Parlement et nationaliste à la réputation sulfureuse. Soroonbaï Jeenbekov a relevé que l’entrée en fonction du nouveau chef de gouvernement n’avait pas «fait baisser l’agressivité», ni «les appels à ma démission».

«Pour moi, la paix au Kirghizstan, l’intégrité de notre pays, l’unité de notre peuple et la paix dans la société sont le plus important», a-t-il relevé, appelant «Japarov et les autres politiques à retirer leurs partisans des rues».

Déjà deux révolutionsMême après l’annonce de cette démission, plusieurs centaines de manifestants fidèles de M. Japarov étaient dans la rue jeudi après-midi pour réclamer aussi le départ du président du Parlement.

Le Kirghizstan, pays le plus pluraliste mais aussi le plus instable d’Asie centrale, a déjà connu deux révolutions, en 2005 et 2010. Deux de ses ex-présidents sont en exil et un troisième, Almazbek Atambaïev, le prédécesseur de M. Jeenbekov, est emprisonné.

(ATS/NXP)

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