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PolitiqueLe président de la Jeunesse socialiste menacé de mort

Suite à la polémique qu'il avait lancée sur le drapeau suisse, Fabian Molina a reçu des menaces. «Le Matin» a pu lire ses courriers.

par
Cléa Favre
Fabian Molina ne s'attendait pas à être menacé de mort.

Fabian Molina ne s'attendait pas à être menacé de mort.

Bien sûr, il s'attendait à des réactions. C'est d'ailleurs sûrement pour ça qu'il a lancé l'idée de mettre de côté le drapeau suisse ce 1er août pour dénoncer un regain du nationalisme (lire «Le Matin» d'hier). Mais Fabian Molina, président de la Jeunesse socialiste suisse (JUSO), ne s'attendait pas à être menacé de mort. Pour une idée. Une simple participation au débat démocratique.

«Crétin» et «Porc»

«J'ai été pris de court par l'intensité de la polémique. J'ai reçu quelques échos positifs, mais surtout une avalanche de réactions négatives – dont beaucoup très violentes. Cela montre que le nationalisme n'est pas un sentiment propice à la paix», commente l'intéressé. Fabian Molina n'a «pas compté», mais a été visé selon ses dires à 10 reprises par des menaces de mort. «Le Matin» a pu prendre connaissance de six d'entre eux. La teneur des e-mails reçus par le président de la Jeunesse socialiste a de quoi glacer le sang. Les références nazies sont légion. Comme par exemple: «Souviens-toi de ce que Hitler a fait aux porcs comme toi.» L'inventivité des expéditeurs ferait sourire si les faits n'étaient pas aussi graves. Ainsi, l'un d'eux lui signale avoir fait appel à Dignitas pour se débarrasser de lui. Alors qu'un autre lui conseille de sauter par la fenêtre ou de rester caché avec sa «famille de bâtards».

Envoyées via les réseaux sociaux ou par voie électronique, ces intimidations ont également pu prendre une tournure xénophobe. «Certaines personnes m'ont écrit que je n'avais plus le droit d'être en Suisse. Que je n'avais qu'à aller au Chili. Et ce, parce que mon père est né là-bas. Comme si, à cause de mon sang, j'étais moins légitime qu'un autre pour m'exprimer», raconte-t-il. Fabian Molina avait déjà eu droit à ce genre de discours auparavant, mais pas d'une manière aussi agressive et haineuse. «C'est difficile à comprendre pour moi. Comment je peux toucher quelqu'un à ce point, juste en proposant de remplacer le drapeau suisse par le drapeau arc-en-ciel de la paix?»

Fabian Molina n'a pas porté plainte, mais réfléchit encore à cette possibilité. Il dit en tout cas ne pas avoir peur, faisant confiance à la tradition en Suisse qui veut que les politiciens soient proches du peuple et ne soient pas protégés. Voulant continuer à «se battre pour la liberté et la démocratie», il sera donc aujourd'hui à Bâle pour la marche «pacifiste et antinationaliste» de la JUSO.

Ce qu'il en pensent

«C'est totalement inacceptable! Malheureusement, on est tous confrontés à ça un jour quand on est exposé. Cela fait partie de l'ambiance que certains partis tentent d'installer en Suisse.» Christophe Darbellay, président du PDC

«Je fais moi-même l'objet de plusieurs menaces de mort par année. C'est regrettable que ce soit une personnalité de gauche ou de droite. On doit se battre pour des idées, et non contre des personnes.» Claude-Alain Voiblet, vice-président de l'UDC.

«Des menaces de mort contre un politicien, c'est très grave. C'est intolérable dans une démocratie. Et ce, quoi qu'il ait dit. Cela m'inquiète. D'autant qu'il y a eu un précédent à Zoug.» Jean Christophe Schwaab, conseiller national (PS/VD)

Du côté de la justice

Une personne à l'origine de menaces de mort risque jusqu'à 3 ans de prison.

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