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SrebrenicaLe président serbe déclare qu'il n'y a pas eu de génocide

Le président serbe Tomislav Nikolic a nié vendredi l'existence d'un génocide en 1995 à Srebrenica, à l'est de la Bosnie.

Après ses déclarations choquantes, Tomislav Nikolic va devoir à présent rassurer ses voisins régionaux.

Après ses déclarations choquantes, Tomislav Nikolic va devoir à présent rassurer ses voisins régionaux.

AFP

La déclaration choc du président serbe, niant les massacres de Srebrenica, remet en cause son abandon de l'ultranationalisme et va dégrader les relations dans la région toujours profondément marquées par les guerres des années 1990.

«Il n'y a pas eu de génocide à Srebrenica. Il est très difficile d'inculper et prouver devant un tribunal qu'un événement avait la forme d'un génocide», a déclaré le nouveau président serbe, un nationaliste populiste, qui a prêté serment jeudi.

«Un grand crime s'est produit à Srebrenica commis par des Serbes, des membres du peuple serbe, il faut les trouver, les juger et les punir», a néanmoins dit Tomislav Nikolic.

A Sarajevo, le membre musulman de la présidence de Bosnie, Bakir Izetbegovic, a estimé que le déni du génocide de Srebrenica est une «source de nouvelles tensions» qui «jette une ombre et met sérieusement en cause» le discours pro-européen de Tomislav Nikolic et son engagement en faveur de relations apaisées dans la région.

«Nier le génocide de Srebrenica, qui a été prouvé par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), n'est pas la voie de la coopération et du rétablissement de la confiance, mais justement le contraire - c'est la source de nouveaux malentendus et de tensions» dans la région, a affirme Bakir Izetbegovic dans un communiqué.

Le nouveau président serbe va devoir à présent rassurer ses voisins régionaux, mais aussi les responsables de l'Union européenne lors de sa première visite officielle à l'étranger, prévue à Bruxelles vers la mi-juin.

Belgrade s'est vu octroyer en mars le statut de candidat à l'adhésion à l'UE mais attend une date pour ouvrir les négociations. Bruxelles a toutefois clairement signifié que l'amélioration des relations de la Serbie avec les pays voisins était un élément décisif pour son adhésion éventuelle à l'UE.

Tuerie qualifiée de génocide par la CIJ

En juillet 1995, vers la fin du conflit intercommunautaire en Bosnie (1992-95), les forces serbes de Bosnie ont massacré environ 8000 musulmans à Srebrenica, tuerie qualifiée de génocide notamment par la Cour internationale de justice (CIJ) en 2007.

Les anciens chefs politique et militaire des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et Ratko Mladic sont actuellement jugés pour génocide par le TPIY pour leur rôle dans le massacre de Srebrenica.

Plusieurs hauts responsables de l'armée des Serbes de Bosnie, mais aussi des soldats ont déjà été condamnés par la justice internationale pour leur rôle dans ce massacre, considéré comme la pire tuerie en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.

L'ancien homme fort de la Serbie, Slobodan Milosevic avait lui aussi été inculpé par le TPIY pour les évènements à Srebrenica, mais il est décédé en 2006 à La Haye avant la fin de son procès.

Elu à la surprise générale

Tomislav Nikolic, un ancien ultra-nationaliste qui sans abandonner la rhétorique populiste a retourné sa veste pour prôner l'intégration européenne, a été élu à la surprise générale président de la Serbie le 20 mai au deuxième tour de l'élection présidentielle qui l'opposait au pro-européen Boris Tadic.

Interrogé sur l'éventualité d'une prochaine visite à Srebrenica, Tomislav Nikolic a répondu: «cessez de demander tout le temps, tous les mois ou deux au président serbe quand il se rendra à Srebrenica». «Mon prédécesseur s'y est rendu et a présenté ses hommages (...) pourquoi chaque président devrait-il le faire», a-t-il déclaré.

L'ancien président Boris Tadic a été le premier président de Serbie à se rendre à Srebrenica, le 11 juillet 2005, à l'occasion du dixième anniversaire du massacre. Il s'y est rendu une deuxième fois en 2010.

Les propos de Tomislav Nikolic sur Srebrenica font planer le doute sur la sincérité de son revirement politique et l'abandon de l'ultranationalisme.

(ats/afp)

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