Thaïlande: Le prince héritier, un militaire discret

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ThaïlandeLe prince héritier, un militaire discret

La popularité de Maha Vajiralongkorn est très éloignée de celle de son père.

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L'urne de bois précieux dans lequel les corps des rois sont traditionnellement conservés jusqu'à leur crémation est transportée du palais vers le crématorium grandiose construit pour l'occasion. (Jeudi 26 octobre 2017)

L'urne de bois précieux dans lequel les corps des rois sont traditionnellement conservés jusqu'à leur crémation est transportée du palais vers le crématorium grandiose construit pour l'occasion. (Jeudi 26 octobre 2017)

AFP
Des militaires se prosternent au passage de l'urne royale. (Jeudi 26 octobre 2017)

Des militaires se prosternent au passage de l'urne royale. (Jeudi 26 octobre 2017)

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La plupart des magasins devaient fermer jeudi après-midi, et le jour a été déclaré férié. (Jeudi 26 octobre 2017)

La plupart des magasins devaient fermer jeudi après-midi, et le jour a été déclaré férié. (Jeudi 26 octobre 2017)

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Le prince héritier de Thaïlande Maha Vajiralongkorn va devoir changer de statut. Ce militaire de formation n'est plus un héritier lointain, vivant la plupart du temps en Allemagne, mais va devoir devenir la nouvelle figure tutélaire du royaume.

Sa popularité est très éloignée de celle de son père, objet depuis des décennies d'un culte de la personnalité lui assurant un statut de demi-dieu. Quelques heures après la mort de son père, le prince a semé la confusion en demandant du temps avant d'être proclamé roi.

Les images distillées au fil des ans par le palais montrent cet homme maigre de 64 ans, sanglé dans un uniforme militaire blanc, présidant des cérémonies officielles, lors de ses brefs séjours en Thaïlande.

Divorce et purge

En décembre 2014, le divorce d'avec sa troisième femme, la princesse Srirasmi, épousée en secret en 2001, avait coïncidé avec un scandale sans précédent qui avait conduit de nombreux membres de la famille de cette roturière derrière les barreaux pour lèse-majesté.

Ils sont accusés d'avoir profité de leur statut de proches de «la plus haute institution» pour tirer des bénéfices financiers, ce qui a été largement interprété comme une opération de nettoyage de l'entourage du futur monarque.

Depuis son divorce, on l'a vu multiplier les séances photo, détendu, en pull rouge avec un jean troué ou déguisé en père Noël, jouant nonchalamment avec son fils cadet issu de son mariage avec Srirasmi, Dipangkorn Rasmijoti.

Prises de parole rares

Sa mise en avant médiatique par les autorités a débuté en août 2015, à un moment où les inquiétudes s'étaient multipliées concernant la santé de son père. Une grande course cycliste a été organisée à travers Bangkok, avec le prince en avant du peloton.

Mais ses prises de parole restent rarissimes et limitées à des discours officiels comme en 2011, à l'ouverture de la première session du Parlement, où il représentait son père malade. «Il est de votre responsabilité directe, en tant que députés, de travailler pour diriger le pays de manière démocratique», avait-il déclaré.

Lors du coup d'Etat de mai 2014 contre le gouvernement élu de Yingluck Shinawatra, soeur du milliardaire en exil Thaksin, il n'est pas en Thaïlande.

Pendant les manifestations de soutien aux Shinawatra, certains partisans ont brandi des portraits du prince suscitant des commentaires, toujours en coulisses, sur sa possible proximité avec Thaksin. Cet ancien Premier ministre, renversé en 2006, est la bête noire de l'élite royaliste traditionnelle, qui le voit comme une menace à l'institution royale.

Une image à contrôler

Les inquiétudes quant à la stature royale du prince ne s'expriment qu'à mots couverts dans le royaume en raison d'une loi de lèse-majesté draconienne. Mais si son père a pu longtemps contrôler son image, à une époque où les réseaux sociaux et internet n'existaient pas encore, la tâche sera plus rude pour son fils.

En juillet dernier, des photos peu flatteuses du prince ont été publiées par le journal allemand Bild, dont l'accès à l'article a été rapidement rendu inaccessible depuis la Thaïlande.

Père d'une enfant née en 1978 d'un premier mariage avec une cousine, il a eu plusieurs fils de sa relation avec sa deuxième femme, Sucharinee, une descendance non reconnue par le palais.

Par le passé déjà, les conseillers du palais l'ont assigné à des missions officielles comme de représenter la Thaïlande aux funérailles de HiroHito en 1989. Il a un grade honorifique de général au sein de l'armée, mais passe beaucoup de temps en Allemagne, où il vole aux manettes de son propre avion.

Après des études secondaires en Grande-Bretagne, il est inscrit en 1972 à l'Académie militaire de Duntroon, en Australie. Il rentre dans son pays peu avant la répression sanglante des manifestations étudiantes en 1976, avec des milices ultra royalistes au coeur des répressions.

(AFP)

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