Football - Le printemps des choix pour Servette

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FootballLe printemps des choix pour Servette

Les Grenat peuvent déjà penser à la prochaine saison. Plusieurs priorités se dessinent. Tour d’horizon.

par
Daniel Visentini
(Zurich)

Il y avait 2-2 dans ce match curieux quand le moment de grâce a soulevé les cœurs grenat. Une volée magique de Ronny Rodelin, le mal-aimé, le décrié, le critiqué. Le ressuscité. Il doublera la mise dans les arrêts de jeu, une autre lucarne, sur un service parfait de Stevanovic.

Servette a terrassé GC au Letzigrund, il est cinquième au classement avec 35 points, il dit vouloir viser plus haut, «chercher l’impossible», autrement dit l’Europe comme l’a souligné Alain Geiger. À moins d’un cataclysme inimaginable, les Genevois ne seront pas inquiétés par la queue du classement, ils auraient tort de regarder derrière.

Ambition et anticipation

Mais regarder devant, est-ce seulement grappiller des places et se persuader de la possibilité européenne? Ou est-ce penser à demain comme à un avenir à construire? Derrière la volée somptueuse de Rodelin, il y a désormais une ribambelle d’interrogations à lever, de priorités à définir, le tout étant compatible avec des ambitions légitimes pour cette fin de saison. Il faut juste voir comment.

«La différence, c’est Rodelin qui l’a faite quand il est entré», analysait Giorgio Contini, l’entraîneur de GC, après le match. «Un joueur qui a connu la Ligue 1, qui a la qualité technique, l’expérience, qui peut faire basculer un match, je n’ai pas ça à disposition sur mon banc.» C’est sans doute vrai, d’autant plus quand Rodelin prend la lumière de la sorte, lui qui était dans la pénombre jusque-là. Mais Rodelin, c’est l’un des questionnements du Servette FC. Il a 32 ans: quel rôle pour lui? Joker de luxe, qui aura retrouvé toute sa confiance (il faut le lui souhaiter) à partir de maintenant? Et quelles pistes devant?

À 26 ans, c’est Chris Bédia qui incarne l’avenir en attaque, dans le 4-3-3 actuellement en place. Il a un gros potentiel, il faut qu’il retrouve le rythme pour tenir plus qu’une heure de jeu, il faut aussi qu’il se montre régulièrement efficace devant le but. Mais dans le fond, ces questions en forme d’attente valent pour plusieurs postes et doivent trouver des réponses pour définir une politique.

Des choix à opérer

C’est le rôle de la commission sportive, donc notamment de Philippe Senderos, le directeur sportif, d’Alain Geiger, l’entraîneur, et de Massimo Lombardo, le patron du centre de formation. En filigrane, derrière les choix à opérer, cette volonté de former des jeunes (ce que fait très bien Servette) et cette nécessité de les intégrer en première équipe (ce qui se fait plus prudemment).

Ici, aucun jugement de valeur. L’intégration des jeunes est chose délicate, sauf à croire qu’il suffit de les jeter dans le bain. Il faut un encadrement sain, des joueurs d’expérience sont nécessaires pour l’accompagnement, l’apprentissage, la post-formation. On pourra toujours dire qu’il aurait fallu aller plus vite en besogne avec Kastriot Imeri ou avec Nicolas Vouilloz, qui se sont installés depuis, qu’il faudrait être plus courageux avec Alexis Antunes, voire Ricardo Alves. Sans savoir le vrai du faux.

Mais avec cette saison qui a dit déjà beaucoup pour Servette en le mettant à l’abri du pire et en lui laissant encore l’ambition du meilleur, l’Europe fût-elle difficilement accessible, il y a désormais la possibilité de pousser le curseur un peu plus loin, en vue du futur.

Des jeunes qui espèrent

Il y a par exemple dans le contingent servettien, issues de l’académie, deux jeunes pépites au potentiel remarquable: Roggerio Nyakossi et Diogo Monteiro. Le premier vient d’avoir 18 ans, le second vient de fêter ses 17 ans. Deux défenseurs très prometteurs. Nyakossi est en sélection M18 Suisse, Monteiro avec les M17 du Portugal, il en est même le capitaine.

Avec Servette, jusqu’à présent, ils n’ont eu que des miettes à se mettre sous la dent, en termes de temps de jeu. Avec une place européenne très incertaine, Servette pourrait profiter de cette fin de saison pour offrir de l’expérience à ses jeunes, dans le cadre d’une intégration réfléchie et programmée. Le club n’a plus l’excuse de figurer dans une ligue inférieure, ne pouvant pas lutter contre le départ de ses meilleurs éléments: c’est à lui de les intégrer, comme YB l’a fait par exemple avec Denis Zakaria. Et puis, la confrontation avec le haut niveau permettra de se faire une réelle idée des potentiels en jeu. Tout en faisant attention à ne pas «griller» le jeune joueur, évidemment.

Des joueurs en fin de contrat

Servette doit aussi définir rapidement ce qu’il compte faire avec plusieurs éléments en fin de contrat en juin. On pense à Sasso par exemple. Il aimerait bien rester, il est le patron actuel de la défense, mais son bail n’a pas encore été prolongé. Il y a aussi Schalk, également en fin de contrat, qui s’est signalé dimanche avec sa passe sur le penalty obtenu par Sasso et par un but. On peut rajouter à la liste Boris Cespedes, qui a vu son temps de jeu diminuer drastiquement avec l’arrivée en forme de Douline, mais aussi Diallo, Alves et l’indispensable Gaël Clichy malgré ses 36 ans.

En fait, Servette a déjà réussi sa saison, quoi qu’il arrive ou presque, à moins d’une catastrophe difficilement imaginable. Il est maintenant devant ses responsabilités pour la fin de l’exercice. Geiger aimerait bien, on le sent, décrocher une troisième fois de suite une place européenne: c’est la culture de la gagne et c’est nécessaire aussi. Cela passerait peut-être par une certaine forme de conservatisme dans ses choix, sans garantie de réussite, mais il y a également dans la balance la préparation de la saison prochaine qui doit peser.

Les Grenat sont à la croisée des chemins, ils ont le printemps pour faire leurs choix.

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