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ComparaisonLe prix d'un café dans les gares de Suisse romande fait débat

À Lausanne, le petit noir à 4 fr. 40 de Caffè Spettacolo a provoqué la colère de nombreux clients. Mais le café est-il moins cher dans les autres gares? Nous avons pris le train pour le savoir…

par
Fabiano Citroni

«C’est trop la honte», «c’est du vol», «il ne faut pas y aller». Des internautes se sont lâchés après avoir découvert la semaine dernière dans nos colonnes que l’enseigne Caffè Spettacolo proposait le petit noir à 4 fr. 40 à la gare de Lausanne. Mais ce prix est-il vraiment plus élevé que ceux pratiqués dans les autres gares romandes? Une seule façon de le savoir: sauter dans le train et faire la tournée des bars.

Nous avons sélectionné douze gares, visitées entre mercredi et jeudi. La première, Genève, la dernière, Lausanne. Entre deux? Yverdon, Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds, Bienne, Delémont, Porrentruy, Fribourg, Bulle, Sion et Martigny.

Que ressort-il de ces heures passées à sillonner la Suisse romande? Sur 43 établissements offrant des places assises testés, quatre, seulement, facturent le café plus de 4 francs: Caffè Spettacolo (Lausanne et Bienne) et Starbucks (Genève et Fribourg). À l’opposé, deux enseignes le proposent à moins de 3 francs. Ce sont Subway (Genève, Lausanne, Bulle et Martigny) et Burger King (Fribourg). Dans la majeure partie des troquets, le petit noir est facturé entre 3 fr. 20 et 3 fr. 90. On a la réponse à notre première question. Les prix de Caffè Spettacolo Lausanne sont plus élevés que ceux de ses concurrents, à l’exception de Starbucks.

Une autre question se pose: les estaminets situés dans les gares ou à proximité ont-ils des prix plus élevés que la moyenne? Il est difficile d’y répondre parce que les cantons romands ne tiennent pas tous des statistiques. Sur la base des données transmises par les associations de cafetiers, restaurateurs et hôteliers, on peut malgré tout dire que les cafés présents dans les gares se situent dans la moyenne supérieure.

Prenons la gare Cornavin, à Genève. Cinq de ses sept bistrots proposent le café à 3 fr. 70 ou plus. Or, selon Laurent Terlinchamp, président de la Société des cafetiers restaurateurs hôteliers de Genève, le prix moyen du café dans le canton se situe dans une fourchette allant de 3 francs à 3 fr. 80. On est donc ici dans la fourchette haute. On peut dresser ce même constat pour les cantons de Neuchâtel et du Jura.

Le chiffre de la discorde

Si on reprend tous nos chiffres, on constate qu’il y a 1 fr. 80 d’écart entre le café le moins cher (2 fr. 90) et le plus cher (4 fr. 70). Comment qualifier cette différence? D’énorme, répondent les plus de trente buveurs de café avec lesquels nous avons discuté entre mercredi et jeudi dans les douze gares sélectionnées. Il faut dire que pour la majorité de ces consommateurs, et cela nous a frappé, même une augmentation de vingt centimes est dérangeante. On pense à Delphine, 31 ans, croisée sur la terrasse du Café-Restaurant Le Centre, à deux pas de la gare de Fribourg alors qu’elle boit un café payé 3 fr. 80. «Si je devais payer 4 francs, ce serait un gros gros maximum, confie-t-elle. J’hésiterais presque à rajouter quatre autres francs pour m’acheter un paquet de café soluble à 8 francs qui me permettrait de me faire 200 cafés à la maison.»

Quatre francs, le chiffre de la discorde, le point de bascule. Les consommateurs sont prêts à payer 3 fr. 60, 3 fr. 70, 3 fr. 80 ou 3 fr. 90, mais 4 francs, c’est trop. Ifraim, 28 ans, qui savoure un petit noir à 3 fr. 30 sur la terrasse de l’Hôtel des Alpes, à Bulle, le confirme. «Lorsque je me rends à Lausanne pour le travail, je prends parfois un café à 4 fr. 10. Mais ça reste une exception. D’habitude, j’achète un Red Bull dans un kiosque, ça me revient moins cher.»

Pierrette, 70 ans, ne s’autorise même pas à prendre un café à 4 fr. de temps en temps. Assise à l’intérieur du restaurant Le Suisse, à Delémont, où le café est à 3 fr. 60, elle s’explique: «Un café ne devrait pas coûter plus de 3 francs. Mais aujourd’hui, pour ce montant, on n’a plus rien. De là à payer 4 francs, je dis non. Je suis à la retraite, mon mari est décédé, je dois surveiller mes dépenses.»

«Il ne faut pas pinailler»

Et dépenser 4 fr. 40 pour un petit noir, qui est prêt à le faire? Il y a Claude-Michel, 68 ans, qui discute avec un copain sur la terrasse du Café-bar Terminus, à Martigny. «Un café devrait coûter entre 3 et 4 francs. Mais il ne faut pas pinailler pour quatre sous non plus», assène-t-il. Il y a aussi Samaritana, 59 ans, qui lit le journal mis à disposition par Coffee & Friends, dans la gare de Fribourg. «Je ne veux sembler snob, mais ce qui compte, c’est de prendre du plaisir en buvant son café. Alors, oui, je peux mettre ce montant.» Alain, 70 ans, croisé au bar Chez Don Pasquale, à Martigny, ne prendra pas un café avec Samaritana… «Il est hors de question de payer 4 fr. 40. À ce prix-là, je commande un ballon de Gamay, même s’il est 9 h 30 du matin.»

Selon Laurence Veya, vice-présidente de Gastro Neuchâtel, la réticence des gens à dépenser plus de 4 francs pour un café viendrait de leur méconnaissance des coûts de production. «Ils ne savent pas qu’une machine professionnelle peut coûter jusqu’à 45 000 francs.» Cette information ne fait pas changer d’avis Jérôme, 48 ans, client du Fourmil de Pierre, à La Chaux-de-Fonds. «Si je dois débourser 4 fr. 40, autant préparer mon café à la maison, le mettre dans le thermos et le boire dans la rue.»

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