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FranceLe procès Cahuzac aborde la fraude «familiale»

La cour va entendre dès lundi l'ex-épouse du ministre, elle aussi détentrice de comptes cachés à l'étranger.

Jérôme Cahuzac, escorté par un policier lors de l'ouverture de son procès, à Paris, lundi dernier.

Jérôme Cahuzac, escorté par un policier lors de l'ouverture de son procès, à Paris, lundi dernier.

AP, Keystone

Désir de «confidentialité» ou «opacité organisée»? L'ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac,et son ex-épouse Patricia, jugés à Paris pour fraude fiscale et blanchiment, vont devoir s'expliquer cette semaine sur ce que les juges ont appelé une fraude «familiale» et «obstinée».

D'emblée, le président de la chambre correctionnelle a fixé le cadre: le procès, qui s'est ouvert lundi, doit déterminer avec précision les mouvements de l'argent autant que s'attacher à comprendre ce qui a poussé un homme public, chargé du redressement budgétaire de la France, à détenir un compte caché à l'étranger.

Le premier jour, Jérôme Cahuzac, 64 ans, a pour sa part choisi une nouvelle ligne de défense. A la surprise générale, il a annoncé avoir ouvert, en 1992, un premier compte à l'Union des banques suisses (UBS) de Genève par l'intermédiaire d'un ami pour «financer les activités politiques» de feu Michel Rocard.

Une affirmation inédite pour l'ancien élu socialiste, et une piste qui avait été écartée par les juges d'instruction, mais qui explique, pour le prévenu Cahuzac, l'ouverture d'un compte en Suisse. Et toute l'aventure «folle» qui en découle.

Une stratégie risquée au procès du mensonge, celui d'un homme aux multiples visages enferré dans ses secrets et dont la «vérité» sera jugée «sur pièces», comme l'a prévenu le président du tribunal, Peimane Ghaleh-Marzban.

Nom de code «Birdie»

L'ancien chirurgien capillaire a expliqué avoir ensuite, dès 1993, ouvert un compte en son nom propre à l'UBS, nom de code «Birdie». Ce compte est très vite géré par la banque genevoise Reyl qui organise en 2009 le transfert de tous les avoirs, soit environ 600'000 euros (660'000 fr.), à Singapour, via des sociétés offshore enregistrées au Panama et aux Seychelles.

A la barre, l'ancien ministre et le banquier suisse se sont opposés frontalement sur la paternité du choix de Singapour. Alors que le secret bancaire suisse se fissure, Cahuzac, à ce moment-là député, a «peur» et veut une «confidentialité accrue», peu importent les moyens. François Reyl assure pour sa part n'avoir fait que mettre sa «technicité» au service d'un client souhaitant «s'éloigner de la Suisse».

Madame Cahuzac à la barre

Et si Singapour n'était pas destiné à échapper au fisc français, alors que dire des chèques des patients anglais de la florissante clinique des ex-époux Cahuzac déposés sur les comptes de la mère de l'ancien élu, ou du compte caché dès 1997 sur l'île de Man?

Lundi, Patricia Cahuzac devrait commencer à s'expliquer sur son compte du petit archipel de la mer d'Irlande, à la Royal Bank of Scotland, et sur ceux ouverts plus tard à Genève sur fond de brouille avec son époux.

Tout cet argent a servi à acheter des appartements aux enfants à Londres, à payer des vacances aux Seychelles, à acheter des tableaux. «Birdie» s'est même fait livrer 10'000 euros cash dans la rue à Paris, pour des «dépenses familiales».

Lourdes sanctions encourues

Une fraude «sophistiquée», «obstinée» et «familiale», pour les juges, qui ont instruit ce dossier, le plus retentissant scandale du quinquennat.

L'affaire, qui éclate en décembre 2012 avec la révélation du compte en Suisse du ministre et conduira à sa démission en mars 2013, avait fait tanguer le gouvernement et écorné la «République exemplaire» voulue par François Hollande.

A la barre, Jérôme Cahuzac a plusieurs fois regretté une «faute impardonnable», des larmes dans la voix quand il évoquait «le naufrage conjugal», les amis à qui il a fait «tant de mal» ou les électeurs trahis.

L'ancien ministre, qui est aussi jugé pour avoir «minoré» sa déclaration de patrimoine en entrant au gouvernement en 2012, son ex-épouse et leurs anciens conseillers encourent jusqu'à sept ans de prison et un million d'euros d'amende.

Les réquisitions sont attendues mercredi et les plaidoiries de la défense jeudi.

(AFP)

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