10.04.2013 à 21:58

FranceLe procès de la collision d'Allinges se déplace sur les lieux du drame

Cinq ans après les faits, victimes, avocats et magistrats se sont rendus sur le passage à niveau d'Allinges, en Haute-Savoie, où sont morts sept collégiens dans une collision entre leur car et un train.

Les victimes et leurs proches se sont rendus avec les avocats et les magistrats du procès sur les lieux de la collision d'Allinges, en Haute-Savoie.

Les victimes et leurs proches se sont rendus avec les avocats et les magistrats du procès sur les lieux de la collision d'Allinges, en Haute-Savoie.

AFP

Victimes, avocats et magistrats se sont déplacés mercredi sur le passage à niveau d'Allinges (Haute-Savoie), où sont morts sept collégiens en 2008 dans une collision entre leur car et un TER. La dangerosité de ce passage à niveau est au coeur du procès à Thonon-les-Bains, avec le Réseau ferré de France (RFF) et la SNCF sur le banc des prévenus.

Durant plus d'une heure, le président du tribunal correctionnel, Benjamin Deparis, et les deux autres magistrats ont examiné le revêtement du sol, l'emplacement des signaux lumineux et la butée sur laquelle passe la voie ferrée, pour tenter de comprendre les circonstances du drame.

La cour était accompagnée des victimes et de leurs familles, ainsi que des trois prévenus: le chauffeur du car, Jean-Jacques Prost, et les représentants de la SNCF et de Réseau ferré de France (RFF), poursuivis pour homicides et blessures involontaires.

Ce déplacement a permis aux familles des victimes d'en savoir plus sur cet accident, cinq ans après les faits. Les parents de Léa Duchamp, morte de ses blessures à l'hôpital, ont ainsi appris de la bouche d'un autre parent que leur fille était encore vivante à l'arrivée des secours.«Le président a bien parcouru le terrain et nous a montré où étaient nos enfants» après la collision, a témoigné Edith Choukroun, mère de Timothée, mort dans l'accident.«Ça brasse, ça trouble un petit peu...», a-t-elle lâché. «On se rend bien compte que la voie de chemin de fer est pas si bien entretenue que ça».

Ce déplacement sur les lieux de l'accident avait été demandé par Me Denis Dreyfus, avocat de l'association de victimes «Le Sourire des Anges».«Il était important qu'on vienne au plus près de la manifestation de la vérité avant de passer à la phase des plaidoiries et des réquisitoires», a-t-il expliqué.«Ce sont des moments difficiles mais utiles, ce sont des moments où la justice rejoint l'humanité», a-t-il ajouté.

La dangerosité du passage à niveau

Selon l'avocat, cette visite avait aussi pour objet de montrer «la dangerosité extrême du passage à niveau».Il est reproché à RFF et à la SNCF d'avoir sous-estimé cette dangerosité de ce passage à niveau, situé sur un dos d'âne, dans un virage en épingle à cheveu, sur une route en pente forte et à proximité d'un carrefour. Il n'était d'ailleurs pas classé à l'époque dans la liste des 364 passages «préoccupants». Selon le rapport d'expertise, ce passage est difficile à traverser par des cars ou des poids lourds dans le délai de fermeture des barrières de sécurité.En outre, les trains n'ont qu'une visibilité de 125 mètres en arrivant à ce passage à niveau, alors qu'il leur faut 400 mètres pour s'arrêter.

Après la visite, Me François Pianta, avocat des parties civiles a aussi évoqué les «débris qui jonchaient le ballast, les boulons, les bouts de ferraille».«Il y a des dysfonctionnements», a estimé Eric Girard, père de Joanna, gravement blessée dans l'accident.«Il y a un feu qu'on ne voit pas. La SNCF vient de s'en rendre compte», a-t-il affirmé.Les représentants de la SNCF n'ont pas souhaité s'exprimer à l'issue de la visite.

«Rien n'a été fait»

Le 2 juin 2008, un TER assurant la liaison entre Evian-les-Bains et Genève avait percuté ce car scolaire à Allinges, tuant sept collégiens âgés de 11 à 13 ans et faisant 25 blessés. Le professeur qui avait organisé la sortie, s'était suicidé 45 jours plus tard.«Au-delà du drame, au terme des cinq années écoulées, la catastrophe n'a pas été prise en compte. Comment est-il possible de dire à ces familles que rien n'a été fait?», a lancé Me Dreyfus dans sa plaidoirie.

Le passage à niveau d'Allinges n'a été inscrit qu'en 2012 dans la liste des passages «préoccupants». Sa suppression est prévue à l'été 2015.Le procès doit se terminer vendredi.

(AFP)

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