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JusticeLe procureur est allé trop loin: la perquisition était illégale

Le Tribunal cantonal neuchâtelois admet un recours du «Matin» dans l'opération conduite au domicile de l'enquêteur Ludovic Rocchi. Le procureur Nicolas Aubert prend une volée de bois vert.

par
Vincent Donzé
Le recours du «Matin», déposé par l'avocat Yves Burnand, après la perquisition ordonnée par le procureur Nicolas Aubert (photo), a fait mouche.

Le recours du «Matin», déposé par l'avocat Yves Burnand, après la perquisition ordonnée par le procureur Nicolas Aubert (photo), a fait mouche.

Christian Galley

Un non-sens. Voilà comment le Tribunal cantonal neuchâtelois qualifie la perquisition menée le 13 août dernier au domicile conjugal de notre journaliste Ludovic Rocchi, ainsi que dans sa chambre d'hôtel à Locarno. Le procureur Nicolas Aubert prend une volée de bois vert.

Pourquoi avoir séquestré le matériel informatique de Ludovic Rocchi? Pour donner suite à une plainte pour diffamation et violation du secret de fonction déposée par un professeur accusé de plagiat à l'Université de Neuchâtel. Or les juges qui ont statué sur le recours du «Matin» ont ordonné la restitution immédiate et sans levée des scellés de tout le matériel saisis, soit cinq carnets de notes et les copies de 14 supports informatiques: la double perquisition était illégale!

Griefs trop légers

Dans son arrêt de 24 pages, le Tribunal cantonal critique les moyens disproportionnés déployés par le procureur: les perquisitions reposaient sur des griefs trop légers pour passer outre la protection des sources et la liberté de la presse.

Pour l'autorité de recours, les arguments invoqués relèvent du «non-sens»: «Une mesure de perquisition peut en elle-même constituer un moyen de pression contre les journalistes qui, dans un Etat de droit, doivent évidemment être protégés contre de tels actes.» Pis: c'est sur la seule plainte du Pr Sam Blili, sans le moindre acte d'enquête préalable, que la perquisition a été ordonnée. Non seulement la liberté de la presse a été bafouée, mais l'intimité du journaliste a été violée: une perquisition par un procureur, quatre inspecteurs et un expert représente une atteinte «sérieuse» aux droits fondamentaux du citoyen.

L'arrêt souligne qu'«on ne saurait partager l'avis du procureur selon lequel l'intervention au domicile privé était pour ainsi dire indolore pour l'épouse». Cette dernière a subi une mesure de «contrainte invasive», traitée en suspecte pendant deux heures de fouille, sans que ses droits lui soient expliqués.

«Le Matin» ne peut que se réjouir de la décision de la justice neuchâteloise: «C'est une victoire importante pour la liberté de la presse en Suisse», souligne la rédactrice en chef Sandra Jean. Hier soir, Ludovic Rocchi attendait la restitution du matériel saisi.  

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