Le public sous-estime l’autonomie des voitures électriques
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MobilitéLe public sous-estime l’autonomie des voitures électriques

Une étude de l’Université de Genève montre que la crainte, infondée, que les batteries actuelles ne suffisent pas à ses déplacements est un frein majeur pour passer à l’électrique.

par
Michel Pralong
30% des trajets que les personnes sondées ont estimé ne pas pouvoir faire s’ils passent à l’électrique sont en fait tout à fait réalisables avec les technologies actuelles.

30% des trajets que les personnes sondées ont estimé ne pas pouvoir faire s’ils passent à l’électrique sont en fait tout à fait réalisables avec les technologies actuelles.

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Les achats de voitures électriques ne cessent d’augmenter. Elles représentaient, hybrides compris, plus de 20% des véhicules neufs mis sur le marché en Suisse en 2021. Mais cela ne suffit pas à remplacer rapidement le parc automobile actuel. En 2020, dans le monde, les véhicules électriques, dont les hybrides, ne constituaient que le 1% de tous ceux en circulation. Or, pour atteindre les objectifs climatiques de 2030 (sachant que les véhicules routiers fonctionnant aux énergies fossiles représentent 18% des émissions de CO₂), il devrait y avoir un minimum de 12% d’engins totalement électriques, sans compter les hybrides.

Comment accélérer le passage des conducteurs à l’électrique? Il faut déjà bien sûr des raisons objectives, comme la baisse du prix des véhicules, des incitations financières ainsi qu’un réseau de bornes de recharge suffisamment étendu. Par rapport il y a quelques années, de gros progrès ont été faits sur tous ces points. Mais existe-t-il des obstacles psychologiques qui empêchent de s’acheter un véhicule électrique? Oui, ont découvert des chercheurs de l’Université de Genève: une méconnaissance des capacités de ces engins, comme ils le montrent dans une étude publiée ce 19 mai dans «Nature Energy».

«Jusqu’à présent, les initiatives liées à la transition énergétique se concentraient généralement sur les barrières technologiques et financières à leur concrétisation. Les facteurs psychologiques étaient très peu pris en compte. Pourtant, de nombreuses études montrent que l’individu n’adopte pas automatiquement les meilleurs comportements pour lui-même ou pour la collectivité, notamment par manque d’accès à une information complète», explique Mario Herberz, premier auteur de l’étude et chercheur au Laboratoire de décision du consommateur et de comportement durable du Département de psychologie de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’UNIGE.

Enquête en Allemagne et aux États-Unis

Pour découvrir ces lacunes, les chercheurs ont interrogé plus de 2000 conducteurs d’âge et d’horizons différents aux États-Unis et en Allemagne. Pourquoi ces deux pays? «Parce qu’ils sont très différents, nous répond Mario Herberz. L’Allemagne est très densément peuplée ce qui n’est pas le cas de vastes régions aux États-Unis. La longueur des trajets et la manière d’utiliser son véhicule peuvent donc ne pas être les mêmes. L’idée était de voir si l’on trouvait tout de même des points communs».

Et il y en a un. Dans les deux pays, «nous avons observé que les participants sous-estiment systématiquement la compatibilité des batteries disponibles sur le marché avec leurs besoins réels», indique Tobias Brosch, directeur du Laboratoire de décision du consommateur et de comportement durable et dernier auteur de la recherche. Autrement dit, ils estiment qu’un véhicule électrique ne leur permettrait pas de faire de nombreux trajets qu’ils ont l’habitude de faire. Les chercheurs ont analysé, avec la majorité des batteries actuelles, les trajets réalisables. Ils ont demandé aux sondés d’estimer ceux qu’eux imaginaient impossibles. La différence est considérable: les personnes interrogées ont jugé que pour 30% des trajets objectivement réalisables, l’autonomie des batteries ne suffirait pas.

Inutile d’avoir de plus grosses batteries

En fait, plus de 90% des trajets que les conducteurs font peuvent être réalisés avec des batteries d’une autonomie de 200 km. Or, la grande majorité des batteries atteint aisément cet objectif à l’heure actuelle. «La tendance est à l’augmentation des performances mais nous avons pu observer qu’une autonomie plus importante, au-delà de 300 km par exemple, ne répond pas à un besoin quotidien. Cela n’aurait qu’un impact minime sur le nombre de trajets supplémentaires réalisables avec une charge électrique. Augmenter la taille des batteries n’est donc pas un élément clé dans le cadre de la transition énergétique», indique Mario Herberz.

Ceci d’autant plus que l’un des problèmes des véhicules électriques est que la construction de batteries nécessite des ressources rares comme le lithium et le cobalt. L’idée serait donc plutôt d’essayer de diminuer leur taille pour moins en utiliser et non pas de l’augmenter. «Il restera évidemment des trajets qui seront impossibles voire compliqués à faire avec des véhicules électriques» explique Mario Herberz. Mais ils sont moins nombreux que ce l’on imagine. En fait, l’autonomie idéale d’un véhicule électrique serait en moyenne de 250 km, selon l’étude.

«Pour rassurer les automobilistes, la solution ne réside donc pas seulement dans la densification des réseaux de bornes de recharge ou dans l’augmentation de la taille des batteries. C’est la mise à disposition d’informations adaptées aux besoins concrets des automobilistes qui permettrait de réduire leur préoccupation et d’augmenter leur volonté d’adopter un véhicule électrique», conclut le chercheur.

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