France – Le rapport Sauvé bouscule l’assemblée des évêques à Lourdes
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FranceLe rapport Sauvé bouscule l’assemblée des évêques à Lourdes

Une journée d’ouverture portant uniquement sur le thème de «la lutte contre les violences et les agressions sexuelles sur mineur» a été ajoutée au programme de la réunion annuelle.

Le rapport Sauvé avait été remis le 5 octobre dernier,

Le rapport Sauvé avait été remis le 5 octobre dernier,

AFP

Quatre semaines après la remise du rapport sur la pédocriminalité dans l’Église catholique en France, la réunion annuelle des évêques de France qui va se tenir à partir de mardi à Lourdes est bousculée par l’onde de choc des révélations sur l’ampleur de ces crimes. Les quelque 120 évêques réunis pendant sept jours consacreront près de la moitié de leurs travaux à «la lutte contre les violences et les agressions sexuelles sur mineur», selon le programme remis à la presse.

L’assemblée, initialement prévue sur six jours, a été allongée avec une journée d’ouverture qui porte entièrement sur le thème. Jean-Marc Sauvé, président de la Commission sur la pédocriminalité qui a publié le rapport portant son nom, n’a pas été invité.

Les évêques ont pour objectif de «donner du temps à la réception, au travail, à la lecture» du rapport publié le 5 octobre et qui a révélé l’ampleur de la pédocriminalité dans l’Église catholique depuis 1950.

Réaction attendue

Les chiffres sont effrayants. Quelque 216’000 adultes ont fait l’objet de violences ou d’agressions sexuelles alors qu’ils étaient enfants ou adolescents, de la part de clercs (prêtres ou diacres) ou de religieux et religieuses depuis 1950. Le rapport chiffre à environ 3000 le nombre de prédateurs impliqués en 70 ans.

La réaction de l’épiscopat est attendue par les catholiques: 76% d’entre eux estiment qu’elle n’a pas été à la hauteur jusqu’à présent, selon un sondage Ifop pour le journal La Croix publié jeudi.

Des victimes seront invitées à s’exprimer en assemblée plénière vendredi, avec des membres de la Corref (Conférence des religieux et religieuse de France), des laïcs et clercs ayant participé à des groupes de travail, des membres de cellules d’écoute et des responsables de l’enseignement catholique.

Samedi matin, un «geste mémoriel», symbolique est prévu en direction des victimes. Parallèlement, un rassemblement de laïcs, de collectifs de victimes sera organisé à 14 h 00 à Lourdes et à Paris devant le siège de la Conférence des évêques, avec un ruban violet symbolisant l’appel à la reconnaissance de la responsabilité de l’Église, la réparation et un programme de réformes.

Collectifs et associations pas à Lourdes

Si quelques victimes ont été invitées à Lourdes, aucun des collectifs et associations ne fera le déplacement, regrettant que le rapport Sauvé ne soit pas le sujet unique de l’assemblée. «Nous ne voulons pas être la caution d’un processus a minima. Ce qu’on attend, c’est une application pure et simple des recommandations de la commission Sauvé (…) Cette thématique devrait être uniquement le centre de cette assemblée plénière. C’est une semaine pour communiquer, montrer que la CEF veut faire mais ne s’en donne pas les moyens», déplore auprès de l’AFP Olivier Savignac, du collectif Parler et revivre.

Pour François Devaux, cofondateur de l’association La parole libérée, il est «impératif» que les évêques prononcent le 7 novembre la «reconnaissance de la responsabilité de l’Église et engagent un processus de réparation».

Les questions de «responsabilité» mais aussi du dispositif financier permettant de verser, à l’avenir, une contribution aux victimes, seront à l’étude pendant cette semaine, et même parmi «les priorités» de cette rencontre, selon l’épiscopat.

La question de l’indemnisation

Après une semaine de travaux, plusieurs sujets – dont on ignore encore la teneur – seront soumis au vote des évêques lors de la clôture, le 8 novembre. Parmi ses 45 recommandations, la commission Sauvé a proposé de reconnaître la responsabilité civile et sociale de l’Église «indépendamment de toute faute personnelle de ses responsables».

Elle a aussi préconisé d’individualiser le calcul de l’indemnisation due à chaque personne victime en fonction des «préjudices subis». Pour financer le fonds d’indemnisation, elle écarte la piste d’un appel aux dons des fidèles, préconisant de financer les indemnités versées aux victimes «à partir du patrimoine des agresseurs et de l’Église de France».

Cette dernière recommandation contredit les intentions de la CEF. En mars, l’épiscopat a en effet annoncé le versement aux victimes, à partir de 2022, d’une «contribution financière», mais qui n’est selon elle pas une indemnisation. Elle a en outre annoncé un «fonds de dotation» qui pourra être abondé par «les dons des évêques, des prêtres, des fidèles et de toute personne qui voudra y participer». Les statuts de ce fonds ont été «déposés» l’été dernier, assurent les évêques qui ont commencé à contribuer.

(AFP)

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